AU SECOURS ! Je n'en peux plus ! Je suis si fatiguée... Tout est si sombre.. Je craque .. Me sens tellement seule.... Je n'en peux plus de ce moi-même si fragile !!
Je me suis menti pendant si longtemps... Mais en fait, c'est carrément évident. Il faut voir les choses en face : je me suis enterrée dans une profonde dépression.
Je ne suis pas bien sûre de comment cela a commencé. Tout est un brouillard opaque qui m’obscurcit l'esprit. C’est le chaos. Toutes ces petites voix qui me lacèrent tandis que j’aspire au silence. Mon cœur est meurtri d’une blessure enfouie qui s'est réveillée et me brûle. J’étouffe. Je n'arrive plus à respirer. J’ai si peur, j’ai si peur !!
Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à vivre? Pourquoi est ce que je n'arrive pas à être heureuse?
Je me sens tellement seule. Je pleure tous les jours. Je n'arrive plus à me laver. Je n'arrive plus à manger. Je n'arrive plus à parler aux gens.
Hier, j’ai fait une crise de panique. Je subissais mille torpeurs qui durèrent mille années. Je souhaitais dormir mais c’était impossible. Je souhaitais que l’on abrège mes souffrances, mais la mort me hantait dans des boucles insolvables. Mes peurs étaient si vivaces, qu'elles se manifestaient en douleur dans mon corps. Je deviens fou.
Qu’est ce qui cloche chez ma personne ? Ça fait si longtemps que j'ai mal .. tous les jours ces torrents de larmes… il faut que cela cesse, il faut que cela cesse, il faut que cela cesse.
[[- Tu ne fais aucun effort aussi |histoire2 ]]
[[- C’est la société capitaliste actuelle, c’est un mal être global|histoire3 ]]
- Quoi ? Qui est là ?
[[ Ho calmos ! Je suis… euh.. ta conscience !|conscience]]
Ce sont les autres qui te font souffrir?
Ça y'est j'entends des voix dans ma tête... T'es là pour te payer ma tronche c'est ça? Tu trouves ça marrant?
[[- Je suis là pour t'aider espèce de buggé du système ! | aidebug]]
[[- T'as tout pigé je suis la pour me marrer sur ton dos|surtondos]]C'est exactement ça !!! C'est exactement ça !!! C'est à cause de la technologie ! C’est elle qui a biaisé mon rapport aux gens, mon rapport au monde. C’est à cause d’elle qu’il y a cette adoration de la déesse productivité et la folie perverse de la comptabilisation frénétique de son temps. Être toujours connecté, c'est éperdument stressant. Cela fait perdre à la vie sa saveur, sa lenteur, sa douceur. Nous sommes connectés au net et déconnectés du monde ! Dans cette marée noire de notifications, mails, images en pagailles, user accounts, avatars et plateformes de divertissement, je ne sais plus qui je suis moi ! Je ne m'entends plus !
Qui es-tu, toi qui m'a si bien comprise ?
[[- Je suis ta conscience|maconscience]]
- Qu'est ce que ça veut dire, faire des efforts, au juste? J'essaye à fond purée, sinon je serais pas là ! Je m'accroche grave !
[[ - Tu vas te secouer. Essaye de te trouver une place dans la société où tu vis. Saisis les outils qui sont à ta disposition. |outils]]Il est une heure du matin, je me suis mise à mon bureau pour cogiter. J’ai la tête secouée, mais cette vérité s'installe en moi et me force à prendre de nouvelles bouffées d’air.
Il faut que je change tout. Il faut que j'agisse. Je vais élaborer un plan.
C’est ma faute si je souffre. Ça n'a pas de sens. J’ai la chance d’être née en France, où je puis me nourrir aisément, avoir un chez moi, trouver du travail, rencontrer des gens, voyager .. Attends... en fait c'est quoi mon problème?
En fait, il faut que je l’accepte entièrement :
Je me sens TERRIBLEMENT, incroyablement seule. Un truc abominable.
Voilà, c'est ça mon problème.
Ok, et après?
Peut être que t'as raison. Il faut que je trouve ma place dans la société, il faut que je fasse ce qu’on attende de moi, il faut que je me fonde dans ce moule où chacun à l’air de trouver sa place. Pour un temps au moins. Pour comprendre. Pour pouvoir vivre avec les autres en harmonie. Il faut au moins que j'essaye ! Il faut que je commence maintenant.
[[-Élaborons un plan | plan ]]
J'allume l'ordinateur. J'ouvre internet et sur la barre de recherche google je tape " How to change my life". Il y a toujours de meilleurs résultats en anglais. Une petite collection de vidéos apparait sur ce sujet. Je me laisse tenter par une vidéo d'une jeune femme du nom de Dottie James. Blonde, jolie, de grands yeux tristes.
Elle suggère de procéder au listage de tout ce qu’on peut faire pour changer notre existence. Les trucs à long terme, ceux à faire chaque semaine, ceux à faire tout les jours, et ceux à faire maintenant. C'est un peu trop strict, mais on pourrait brainstormer, noter des idées sur une feuille.
BIG PLANS DAY 1 ! Nous allons vaincre cette solitude !
Pour vaincre la solitude, il faut se faire plein d'amis. Je me suis définitivement trop isolée.
Pour rencontrer des gens, on va dire oui à tout ce qui nous est proposé.
On va tout abandonner, on va tout recommencer. Les actions possibles?
Trouver du travail, quitter notre petit studio solitaire, trouver une colocation, se mettre au sport, télécharger des applis de rencontre, regarder des tutos pour apprendre à être plus social, avoir plus de charisme.
Par quoi je commence?
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[[ - Apprends à draguer sur internet |drague]]
[[ - Achète des fringues à la mode |mode]]
[[ - Envoie un message à ton ex |ex]]Un semaine s'est écoulée depuis ma prise de conscience, j'ai pu en ce lapse de temps écumer les vidéos pour apprendre à socialiser en général, et plus spécifiquement pour séduire. J'ai trouvé un premier apprentissage généreux en la personne de Matthew Hussey, qui synthétise son savoir dans un programme en ligne intitulé "Get the guy", une littérature destinée à la gente féminine, ponctuée de nombreuses vidéos démonstratives, et de propositions d'exercice. Le gars répond aussi à des questions précises lors de ses passages à la radio. Il a ce sourire rassurant qui te promet la réussite.
L'autre découverte c'est cet homme appelé Elise Wayne. Si ses écrits sont notamment destinés aux hommes, en présentant sa manière de vivre comme celle d'un "Pick-up artiste" autrement dit, magicien de la séduction, ses méthodes peuvent s'appliquer aussi aux amitiés. Il s'agit plus d'un état d'esprit, celui de cesser de voir l'autre sexe comme une nécessité, un besoin qu'il faut à tout prix remplir, mais comme une possibilité de jeu, libre et sans pression, sans obligation d'aboutissement spécial.
Les deux coachs finissent toujours par préciser qu'il n'existe pas "le seul et unique". C'est une déformation de l'esprit que d'avoir l'impression de rater la chance de sa vie. Les poissons sont nombreux dans l'eau, il faut juste savoir ou aller nager.
Ils conseillent de s'ouvrir aux propositions, en devenant un genre de YES-MAN, tel Jim Carrey dans le film de 2008.
Ils soulignent également l'importance de l'habit et du look, de fait j'ai entrepris de changer intégralement ma garde robe, et de m'offrir un changement drastique de coupe chez le coiffeur. J'arbore à présent le carré blond platine, affublée constamment de la jupe taille mini.
Mes autres apprentissages, en plus de la méthode et de l'état d'esprit, c'est aussi des méthodes de sophrologie pour faire grandir ma confiance en moi.
Matthew Hussey dit que la confiance en soi est une des caractéristiques les plus séduisantes à ce jour. J'ai trouvé cette méthode sur un blog d'auto-hypnose : à l'heure du coucher, on se relaxe en contractant les muscles pendant un temps donné, quelques secondes, puis on les relâche. Ensuite on compte lentement jusqu'à 10 en se dégoisant à chaque chiffre une phrase comme " Je suis de plus en plus lourd " " Je vais de plus en plus profond ", tout en s'imaginant descendre un escalier. À 10 on serait alors dans cet état d'hypnose, et c'est là qu'on pourrait se glisser des affirmations positives du style :
"Je suis absolument formidable"
"J'ai confiance en moi
"Je suis carrément irrésistible"
Avant de s'endormir tel le nourrisson.
Oh, Laura m'appelle.
[[- Réponds !|laura]] Huit jours sont passés. Je me suis acheté pléthore d'habits craquants sur Vinted, Asos et Zalando, des sites de shopping en ligne. Sur internet, ils conseillent de s'habiller avec de la couleur pour avoir l'air plus sympa.
Note : Il faut savoir doser la couleur pour ne pas avoir l'air d'un patchwork ambulant. J'ai pris des jupes sexy, quelques robes tapageuses, et des croquenots de princesse. Il n'est pas dans mon habitude de m'accoutrer de la sorte, aussi mon corps est tout à fait contrit dans ces étoffes moulantes. Je me sens très mal à l'aise et cela se ressent dans ma démarche gauche. Il faut assumer l'accoutrement, ce qui n'est pas une mince affaire. Je me suis aussi offert une séance de coiffeur/visagiste, coiffeur qui a entrepris de me tailler les cheveux dans un espèce de carré pas plus bas que mon menton, qu'il a ensuite décoloré jusqu'au blond platine. Au début j'avais un peu l'impression que ma vie prenait fin, cela dit force m'est de constater que la dite coupe me donne un bonus beauté non négligeable. Même si parfois je me demande si je n'ai pas l'air d'une ancienne mannequin boulimique en fin de carrière.
L'internet conseille également la beauté corporelle. Je me suis donc mise au sport sur YouTube. Il y a florilège d'exercices de musculation et perte de poids pour débutant. L'entrainement fait maintenant partie de ma routine matinale. En fait c'est une vidéo sur la chaine YouTube " Prendre sa vie en main " qui m'a donnée l'idée d'une routine matinale enrichissante. Ça s'appelle le miracle morning, ça provient d'un livre écrit par Hal Elrod.
https://www.youtube.com/watch?v=_Ad_hfG8iRM.
L'idée de l'auteur, c'est que pour changer sa vie il suffirait de se lever hyper tôt le matin pour effectuer des activités axées sur le bien être avant d'aller au travail. Ce postulat viens donc blâmer le principe du réveil de dernière minute, café à tout allure et tête dans les choux. Il s'agit de créer son propre rituel, d'environ 1h30 à 2h avant le départ au travail. Je te livre le mien :
Dès que le réveil sonne, je me lève du lit d'un seul coup, accompagnée d'un son de black métal grésillant sur mon téléphone. Ensuite je bois un thé vert en écoutant une vidéo YouTube qui donne des conseils pour la socialisation. Après quoi je commence ma routine d'exercice selon une autre vidéo YouTube , environ 30 minutes. Ensuite je vais dans la salle de bain, et regarde intensément mon visage suant dans le miroir, comme le conseille les vidéos d'amélioration de confiance en soi, puis me répète
Je suis belle, je suis forte, je suis géniale.
Puis je prends une douche froide rapide. Je m'enduis ensuite de crème hydratante à l'Aloe Vera, et un masque à l'argile pour le visage. Ensuite je me pare du plus pimpant attirail vestimentaire, et enduit mon faciès de diverses couches colorées. La femme dans cette société possède la routine d'éveil la plus longue de l'histoire du règne animal.
Enfin bref, je ne sais pas si je me sens bien. Pour l'instant je suis en phase d'effort. Je ne réfléchis pas, j'agis. Je me suis rendu compte aussi d'une autre émotion : je crois que j'attends
DRING DRING DRING *chanson du nyant cat qui émane du téléphone*
Oh c'est Laura qui m'appelle..
[[- Réponds ! |laura]]
En voulant saisir le téléphone, j'ai glissé sur un vieil emballage de mozzarella. Ma tête a rencontré un coin de table dans ma chute. Je meurs sur le coup.
GAME OVERLaura me propose d'aller en soirée avec les potes. Il y a un genre de soirée Cumbia au Rex, et elle veut faire un petit apéro au centre ville avant. J'ai dit que je disais oui à tout, mais j'ignore si je suis déjà prête à me lancer dans le monde.
Je ressens une pression dans le coeur. Une peur de rater qui me confronterait à nouveau à l'échec. Mais qu'est-ce qui pourrait se passer de mal au juste? J'ai l'impression d'en attendre trop déjà... J'espère trouver en cette fête une preuve de mon avancée, une forme de validation quelconque, qu'elle me sorte de ma boucle infernale de malheur...
Avec cet espoir d'amélioration, surgit aussi comme son fidèle compagnon, la peur d'une inacceptable déception.
[[- ON DIT OUI À TOUT, PAS D'EMBROUILLES !|OUI]]
Je rejoins Laura au bar " L'impro ". Arrivée là j'aperçois aussi d'autres amis à nous, Lucas, Mich et Élo. Laura m'expectore quelques compliments sur ma vêture. Aucun ne se doute de ce qui se trame au fond de moi ces derniers jours et m'accueillent comme à l'accoutumée. Je n'ose point me confier à eux car d'une part, j'ai bien trop peur de constater qu'ils s'en contre-tamponnent, voir même, qu'ils m'évincent de la bande pour crime contre la bonne humeur. D'une autre, j'ignore honnêtement ce qu'ils pourraient bien faire pour me porter secours. Ma noirceur est si abyssale, j'ai la sensation empoisonnée que leur révéler ma pensée pourrait les entrainer à ma suite dans ma chute.
Allez hop ! Chasse aux mauvaises pensées !
Je répète : J'ai confiance en moi !
Je dis oui à tout ! J'expérimente !
Je suis forte ! Je suis forte !
Quelques mantras puis je commande une bière brune, et ainsi que la science de l'alcool le permet, je m'évade, je parle, je ris.
La soirée continue et le peuple parle de plus en plus fort. Moi même je m'enivre fortement, et magie magie, les pensées sombres se taisent. Lucas sort subitement de son veston un sachet de poudre blanche, qu'il verse sur l'écran de son téléphone et arrange en petites traces distinctes. Il se tourne vers moi et me sonde :
- T'en veux une ?
[[- ALLEZ VIVE LA TEUF !|coke]]
[[- Mauvaise idée.|horreur]]
Je me rend sur facebook et scrute ce qui constitue ma page. Peut être vaudrait il mieux mettre de l'ordre dans ce bazar et me concevoir une identité sociale plus abordable. J'efface petit à petit toute mes vieilles photos du collège, celles ou je suis pas hyper jolie.. Il ne reste que quelques photos de profil, une ou j'ai l'air belle et mystérieuse, merci photoshop, une ou je rigole avec un déguisement sur la tronche ( invitez moi je serais l'élément fun indispensable à toutes vos soirées !), une avec un groupe de personne, pour assurer que je possède bien des amis..HOP LÀ ! J'accepte l'offre, le gus me tend son smartphone, et j'aspire la substance avec ma narine droite.
Promptement un feu se met à chatoyer dans ma poitrine. Mon corps est pris d'une étrange frénésie. Dès qu'on m'interroge, un flot de paroles gicle de ma bouche indépendamment de ma volonté, des bassines de mots improbables.
Lucas se met à hurler :
- TOUS AU REX LES POULETS !
On se lève séance tenante, et on traverse la ville, transpercés par cette fièvre propre à la cocaïne. Arrivés là bas, Lucas nous en propose à nouveau. Je suis à présent une pile électrique affublée de la jupe. Sans plus attendre, nous achetons des tickets et pénétrons à l'intérieur. Sous l'emprise bien extrême de la drogue, une partie de l'équipe va directement s'accouder au bar pour vomir tout un tas de choses à d'inattentives et ivres oreilles, et commander quelques breuvages mousseux à prix exorbitant. Je délaisse ce type d'activité et préfère disparaitre sur le dancefloor, désireuse de laisser le rythme des basses m'enivrer les particules. Je m'enfonce au cœur de la foule jusqu'à y trouver une place qui me sied, un peu devant, un peu au centre, où je puis abandonner mon corps au déhanchement incontrôlable du bassin. La salle est remplie, il y fait chaud et humide comme un soir d'été. Il y fait aussi bien sombre, bien que parfois l'ambiance s'éclaire grâce à des spots violacés qui se baladent au rythme du son.
Dans un éclair de couleur, j'aperçois au loin un homme au visage qui me parait familier. Il me semble le connaître. Une autre lumière lui caresse le faciès, et force m'est de constater qu'il est carrément sublime.
[[- Va draguer ! |parler]]
[[- T'es pas encore prête ! |pasprete]]
Tout le monde en prend sauf moi. Un vieux sentiment d’abandon reprend possession de mon esprit. Je m’éclipse de la soirée, et titube pour rentrer chez moi. L'inattention que me cause l'alcool m'amène à traverser sans regarder la route. Le chauffeur de la voiture qui m'écrase n'avait pas l'air tout à fait net non plus à vrai dire. Je meurs sur le coup.
GAME OVEROn a dit qu'il fallait tenter de nouvelles expériences !
Aie l'air naturel.
Aie l'air naturel.
PAS DE PRESSION ! On est là pour s'amuser !
Je me répète ces mantras en traversant la foule pour aller à sa rencontre. Tout ces efforts pour esquiver les gestes exubérants des uns et des autres me font sentir gauche et maladroite. J'arrive derrière lui et me rappelle à ce moment, instinct de survie, son prénom.
//- Hey Tom ! //
Le gus se retourne et a l'air de me reconnaître. Il arbore un sourire que l'on pourrait qualifier de maxi fondant. Il a des cheveux assez longs pour un garçon, qu'il attache en chignon à l'arrière, et de grand yeux bleus qui ne manquent pas de m'absorber l'esprit. Tellement fort pour ainsi dire que dans ma hâte je glisse sur une flaque de bière et vais pour m'étaler au sol. Mais l'intéressé m'attrape au vol, et son sourire se faire plus grand encore. Alors qu'il me tient encore par les bras, je reste abasourdie à lui fixer les mirettes. Il me demande :
//- Ça va ?//
Mes joues se couvrent de rouge. Grâce à la drogue, je reprends rapidement contact avec ma cervelle, et commence à palabrer avec lui sans ressentir trop de cette anxieuse timidité qui m'ôte généralement les mots de la bouche quand un gus me plait. Je tchatche avec aisance, sur la soirée où on s'est rencontré la première fois, puis de la musique, puis de sa famille. Je saute d'un sujet à l'autre avec empressement. J'ai du mal à me contenir, mais il a l'air amusé et patient. Alors qu'on bavarde encore, Laura réapparait et se joint à nous. Elle agrippe soudain ma main et expectore au visage de Tom, avec un air faussement jaloux :
//- Eh me la pique pas !//
Puis elle m'attire de force avec elle pour aller danser ailleurs. J'adresse un signe d'adieu à Tom de la main.
Alors bien éloignées de sa personne, Laura m'empoigne par les épaules, la mine sévère.
//- Tu l'aimes bien ce mec ? //
[[- Dis lui oui !|ouioui]]
[[- Dis lui non !|nonnon]]
Mais je me sens prête ! Allons lui parler ! Il est si beau !
[[ - Bon, vas lui parler||parler]]
//- Han... Je crois ouais ! Enfin je le trouve mignon.
- Ça te ferais du bien d'avoir un copain, mais Tom il a déjà une copine meuf.//
Flûte ! La malédiction continue. Je suis abonnée aux mecs impossibles.
Et que veux dire au juste "ça te ferait du bien d'avoir un copain" ? La solitude transpirerait-elle de mon faciès ? Le copain est-il un élément qui résoudrait ce type de problème?
J'encaisse la nouvelle en respirant profondément.
Cessons d'avoir des attachements exclusifs.
Il y a plein d'autres exemplaires de la gente masculine dans cette pièce, que diable. J'ai une tendance à l'obsession qui pourrait me porter préjudice si les événements ne tournent pas en ma faveur.
Je me calme en dansant avec Laura. On se déhanche tranquille en fermant les yeux.
J'ai soudain une envie pressante. J'annonce à Laura devoir recourir aux toilettes de façon immédiate et m'esquive. Arrivée là bas je constate la présence de la bien connue queue-aux-chiottes-spéciale-femelle. Dix ans plus tard, je suis sur le trône. Je sens toujours mon cœur battre à mille à l'heure, et il est quasi impossible de me concentrer pour réussir à évacuer l'urine. C'est la cocaïne qui prend fin. Ça me procure toujours une sensation de doute effroyable quand je suis en descente. C'est une sensation abominable. Je me sens faible. Je regrette tout.
TOUT VA BIEN
TOUT VA BIEN
TOUT VA BIEN
Je sors des cabinets pour me diriger vers le bar afin de commander une pinte, un met rassurant qui me débarrassera peut être de mes idées noires pendant un temps encore. Munie de la bière, je reviens à l'endroit où j'ai laissé Laura, mais elle ne s'y trouve plus.
[[- Rentre chez toi|chez sois]]
[[- Envoie lui un message|texto]]- Non.
- Tu mens, j'aime pas quand tu me mens.
[[- Bon, dit lui oui. |ouioui]] À cette seule pensée, je trébuche sur une marche invisible et m'explose le crâne contre un coin de table. Je décède dans ma propre flaque de sang.
GAME OVER//- T'es où?//
L'intéressée répond du tac au tac :
//- J'ai pécho, sorry.//
Fichtre. La descente continue, les effets de la drogue qui s'effacent me ramène à une timidité plus insistante, et il me semble de plus en plus impossible d'adresser la parole à des inconnus. Ma présence soudain semble même être indésirable. J'ai l'impression que tout un chacun se figure que je n'ai rien à faire ici. Je me sens à nouveau seule au milieu de ces autres inatteignables, insaisissables.
J'ai la sensation que c'est écrit sur mon visage. Le malaise se répand en moi et mon corps semble dire " Oh je ne sais pas où me mettre". Ces pensées sont affreuses et je m’emmêle dedans.
J'essaye de prendre les choses en main en tournant ces sentiments en apprentissage : Il faudra que j'apprenne sur internet à socialiser mieux. Si j'apprends, ça ira mieux plus tard. Et j'apprends petit à petit, j'ai tout mon temps.
[[- Sors prendre l'air |air]]
[[- Rentre chez toi !|chez sois]]
Je file au coin fumeur, espace aménagé hors de la boite où l'air se fait respirable, et aperçois Tom avec un pote à lui assis à l'écart. Il me voit et me fait signe de les rejoindre.
Ma descente s'assouplit un peu grâce à la bière, l'air frais, et l'intérêt que porte Tom à ma personne. Je m'approche d'eux et leur propose un peu de mon breuvage qu'ils acceptent avec joie. J'en profite pour rouler une cancerette qui m'apaise encore davantage. Son collègue s'appelle Antoine. Il a une coupe de cheveux un peu émo qui lui dissimule les traits du visage et porte un baggy qui lui tombe sur les baskets. Je suis en joie de rencontrer un proche de Tom.
Antoine propose un jeu où l'un d'entre nous ferme les yeux, se reçoit une gifle et doit deviner lequel des deux autres lui a administré. L'idée est hilarante et nous procédons à la chose pendant un temps. Cet amusement trivial me fait reprendre du poil de la bête. Tom déclare ensuite de manière très raisonnable la fin des hostilités et propose de retourner danser. Nous nous dirigeons alors tout les trois à l'intérieur, Antoine menant, Charles en deuxième et bibi derrière. Arrivés devant la porte, je me rend compte que j'ai oublié ma bière.
[[- Retournons la chercher|bieredehors]]
[[- Peu importe, suivons nos nouveaux potes !|noueaupotes]]
Je sors récupérer mon verre tristement abandonné sur le trottoir. Quand je m'apprête à rerentrer, le vigile me barre la route avec son air de c'est-moi-le-patron.
- Après 4 heures, toute sortie est définitive.
- Oui désolée j'avais juste oublié mon verre dehors.
- Désolée madame, mais je ne peux pas vous laisser rentrer.
Après une demi douzaine de suppliques, je renonce à rentrer dans le club. Une frustration intense m'envahit, j'ai vraiment la sensation d'avoir louper l'occasion d'une nouvelle amitié. Je rentre chez moi tandis que les larmes me brouillent les yeux. J'ai encore cette satanée bière dans la paluche. Dans un élan de rage, je la jette sur la route. Le verre explose au sol, et s'éparpille partout en petits morceaux. Je continue à marcher tandis que je vois double. Il (y) fait si sombre dans ma tête, je ne vois pas la voiture qui me fonce dessus alors que je traverse la route. Elle freine surement un peu, mais je n'en sais trop rien, à vrai dire elle me tape dans les jambes à vive allure, puis mon flan vient s'écraser dans le pare-brise.
Je meurs.
GAME OVER
On rentre à l’intérieur, et dès lors qu'on se trouve à nouveau dans la pénombre, Tom se retourne prestement et me choppe les épaules et m'embrasse sur le champ. La surprise m'envahit, mais ce sentiment est rapidement remplacé par un autre. Alors qu'il glisse ses mains sur mon cou, dans mon cœur résonne un soulagement énorme, comme une main géante qui viendrait enfin me tapoter la tête, une attente interminable qui serait enfin comblée par des promesses de cajoleries infinies et des consolations éternelles. Oui, je me sens soudain telle une enfant qui avait été longtemps oubliée à la garderie, et qu'on viendrait enfin chercher, après de nombreuses années.
Ah ! Tout va bien aller à présent.
Ensuite le baiser cesse et je zieute Tom dans les yeux. Il sourit et son regard se pose sur moi avec douceur. Je me sens chaudement rassurée, comme si je pouvais lui confier immédiatement mon existence. Il m'emmène dans un coin de la boite, et on continue à se couvrir de bisous.
Puis, fébrile encore mais n'y tenant plus, je lui quémande :
//- Mais Tom, t'as pas une copine?//
L'intéressé me réponds :
//- Si... j'ai une copine depuis 5 ans.. mais elle habite à Lille.. On vient de décider la semaine dernière d'essayer de se mettre en relation libre..//
Arg !!! Ma sensation de soulagement se teinte furieusement d'une angoisse d'un nouveau genre. En réalité ma peine n'est point terminée. Mon espoir retombe.
Du calme jeune cervelle ! En quoi la présence de ce garçon dans ma vie pourrait mettre fin à mes ténèbres? Je me soupçonne être un chouia timbrée pour avoir imaginé une telle chose. Je suis trop dans le besoin et l'attente envers les gens. Dans l'espoir qu'ils me changent mon existence.
Tom me fait d'une voix douce:
//- Est-ce que ça te va quand même?//
Drôle de question.
[[- DIS OUI ! Ça fait trop belle lurette qu'on attend la tendresse!|tendresse]]
[[- Laisse tomber c'est vraiment le pire plan que j'ai jamais entendu de ma vie|pireplan]]//- Euh ..Bon. Tom, je suis ivre, alors pour l'instant ça me va.//
À vrai dire, j'ai surtout un besoin immense de tendresse, et je vendrais volontiers mon âme pour un simulacre d'amour.
L'homme semble ravi et nous trainons encore ensemble pour un temps, serrés l'un contre l'autre, jusqu'à ce que la soirée prenne fin au petit matin. Il me ramène alors chez lui sur son fidèle destrier. Je m'accroche à son dos en cogitant tandis qu'il fournit l'effort. C'est véritablement la première fois que je me laisse traîner chez un quidam inconnu au bataillon. Les conséquences de ma dépression m'ont amenée entre autres à revoir certaines valeurs auxquelles je m'étais agrippée, à tort sûrement. En quoi serais-je une mauvaise personne, à suivre cet inconnu dans le but d'obtenir quelques caresses?
Alors qu'il m'entraine dans sa chambre, j'entends dans ma tête des tonnes de petites voix effrayées, effarouchées à l'idée d'offrir mon corps à cette personne. Comme si il me trompait déjà car aimant une autre, et la gêne immense d'être nue, que mon corps soit sujet de raillerie, ajoutée à cela la peur de ne plus savoir comment faire, ou qu'il n'apprécie pas vraiment cet échange, et qu'il me trouve indésirable et...STOP !! STOP LES VOIIIIIX !!!
Tout compte fait, l'homme n'est que douceur et soin. On passe un agréable moment bien que je n'ai de cesse de devoir me rappeler à moi même de me laisser aller. Sinon ça dérape et les voix reprennent leurs ritournelles infernales.
Après une partie de jambe en l'air très affectueuse, il s'enroule autour de moi et on s'endort, bercés chacun par la chaleur de l'autre.
Le lendemain je me réveille, non sans cette étrangeté de la situation qui m'habite. Il se lève et nous fabrique à déjeuner dans la cuisine. Attablé, il décide d'engager la discussion pour éclaircir les faits.
En réalité, il ne sait pas trop ce que veut dire "relation libre" pour lui et son amoureuse, des modalités précises n'ont pas été établies dans ce contrat entre eux. Il y a simplement la promesse de communication très honnête, et dans tout les cas, leur couple prime sur les autres possibles relations.
Je tente d'accepter la chose sans trop réfléchir. À vrai dire, je pense que je pourrais accepter n'importe quoi. Je suis dans un état tellement fort de besoin affectif que mes capacités cognitives sont tout embrumées. Ma voix se coince dans ma gorge. J'ai peur de dire quelque chose de travers et je ne souhaite engager aucun débat.
Je veux juste m'engouffrer dans un câlin chaud et confortable, et avoir une main douce pour balayer les cheveux sur mon front. Après cette discussion, on se cale sur son canapé pour une sieste, non contente de grappiller encore un peu de tendresse. Vers 19h, je me dis qu'il est sûrement temps de déguerpir. J'annonce mon départ et il me souhaite la bonne nuit. Je rentre à pattes, chancelante et fragile, pleine d'émotions contradictoires. Arrivée à bon port, un fatigue ultime me couche immédiatement et je m'endors comme un animal blessé.
[[ - Réfléchissons |reflechir]]
C'est vrai que j'ai toujours rêvé d'avoir le statut "en couple" sur facebook. Le statut "plan cul" ou "bouche-trou" n'a évidemment pas été inventé, dommage, ça m'aurait donné l'impression d'avancer dans la vie.
Je le regarde avec énervement, ce renégat qui m'a séduite et qui me laisse ensuite choir. Je me sens entourloupée comme si j'avais acheté du faux cuir au prix d'un vrai.
//- Euh non merci.//
Il ne s'attendait pas à cette réponse. Je lui scrute la mirette, qui se met à cligner généreusement, pour cause d'embarras sûrement. Même moi j'ignore où j'ai tiré la force de pouvoir répondre de la sorte. Il a vraiment une bouille adorable. Les secondes s'écoulent, puis ne sachant que faire, il s'excuse platement. Il faut que je file avant de changer d'avis.
//- Bon allez, à plus !//
Je me retourne et trace ma route jusqu'à chez moi, avec une sensation de dignité incroyable. Je m'endors telle la princesse.
[[- Bien joué girl !|laisser tomber cet individu]] J’ai rêvé d’une chose étrange.
Je ne m’en rappelle pas très bien.
Il y avait une créature.
Elle tuait des gens. C’était surement un mâle.
Elle était superbe. La peau blanche, un genre de dragon tout lisse.
Un long museau, la langue rose et épaisse.
Je me réveille dans la forêt alors qu’elle me caresse et me lèche le visage et le corps de sa douce langue.
Je comprends que cette créature m’aime et me protège. Je décide alors que cela m'importe peu qu'elle ai tué des gens. Je veux vivre avec la créature, dont la présence me réchauffe le cœur. J’imagine pouvoir m'enfouir dans un câlin avec cette créature pour l'éternité.
Que faire avec Tom?
C'est la question qui est venu s'abattre sur ma personne dès que j'ai ouvert les mirettes. J'avoue qu'il me plait un peu trop. Je sens dans mes profondeurs qu'il éveille en moi ce désir d'être protégée et aimée. Ça me fait archi peur : vraisemblablement cette place est réservée à une autre.
[[- Continuons à expérimenter avec cet individu|continuer avec cet individu]]
[[- Laisse choir cet individu qui ne te mérite guère et allons conter fleurette à autrui|laisser tomber cet individu]]Personne peut m'aider ! J'ai besoin de personne ! En fait t'as raison, c'est ça, c'est les autres qui me font souffrir ! Je sais pas pourquoi je me suis embettée si longtemps avec ces fichus autres, à essayer de me connecter à eux, à essayer de les comprendre. J'ai essayé de combattre mes anxiétés, d'aller dehors, de me frotter au monde. Mais y'a personne qui n'écoute rien, tout le monde se regarde le nombril, c'est tous des ingrats imbut d'eux même qui s'arretent aux apparences. Maintenant j'ai juste le coeur brisé en mille. Je vais arreter d'essayer maintenant, je vais faire des trucs qui me font du bien tout de suite. J'ai pas besoin du monde extérieur. Dehors c'est dégueulasse, les immeubles sont gris, la pollution englue ma gorge, les gens font la gueule, les pubs me rappellent que mon corps n'est qu'imperfection. Il n'y a rien qui vaille la peine. C'est si fatiguant. Jouons aux jeux vidéos. Je me suis tellement retenue de jouer à ces choses si addictives, je ne vois plus de raison de m'en priver.
[[- Joue à League of Legends | LOLLOL]]
[[- Joue à Horizon Zero Dawn | HZD ]]
[[- Joue à Dark Souls| DS ]]
{
(track: 'beep', 'loop', true)
(track: 'beep', 'playwhenpossible')
}LEAGUE OF LEGENDS ! Meilleur choix ! En fait, si tu sais pas, League of Legends c'est ce qu'on appelle un jeu d'arène en ligne : on incarne un héro faisant partie d'une équipe, devant combattre l'équipe adverse dans une arène. La victoire s'obtient lorsqu'une des équipes a détruit la base ennemie. Chaque partie dure environ 45 minutes, et le héros séléctionné récupère des compétences au cours de la partie, et recommence à zéro à chaque partie. Il y'a un total aujourd'hui de 145 héros différents, et chacun a ses pouvoirs propres. C'est un jeu réputé pour être hyper addictif. Je pourrais sûrement y noyer mon temps et mon mental.
[[- Noyons nous alors | noyons ]]
Horizon Zero Dawn est ce qu'on appelle un jeu d'action en "monde ouvert", ça veut dire qu'on peut parcourir librement un monde virtuel, avec la possibilité d'agir sur certains éléments du décor. Ici on incarne une guerrière dans un monde apocalyptique qui part comprendre qui elle est dans un univers post apocalyptique envahi par des créatures robotiques. C'est un jeu au design splendide et un monde si riche qui contribuera d'autant plus à l'oubli de ma personne dans cet univers autre
[[suite HZD]]Double-click this passage to edit it.Ça fait maintenant trois semaines que je joue à LOL. Au départ ça a super bien fonctionné : je ne pensais plus à rien. J'ai complètement arrêté de travailler. Ordinairement je joue jusqu'à 4 ou 5 heure du mat', puis je m'endormais. Quand je me reveillais j'avais envie, en fait même plus, j'avais besoin de jouer. Je me lève, je met mes lunettes, je me fais un café et j'allume l'ordinateur. En fait j'éteinds même plus l'ordinateur maintenant.
Après les premiers jours à pas décoller de chez moi, que je vous informe, un mini studio tout sombre parce que les seules fenêtres donnent sur une court minuscule, ma vieille peur de sortir dehors s'était reveillée à nouveau. Impossible complet de mettre le peton dehors. Après oscultation attentive de mon faciès dans le miroire de la salle de bain, cheveux emmelés, teint blafare, cernes immondes creusant le dessous de mes yeux, j'en ai conclu rapidement qu'il fallait trouver un moyen de se sustenter sans sortir.
Depuis un livreur de casino viens chaque semaine me livrer une liste de course parfaitement identique, des plats tout près, ravioles, pizza, cordon bleu, nuggets, dessert glacés. C'est mon seul contact humain restant. Quelques amis on essayé de me voir mais après avoir enchainé les excuses bidon plus personne ne m'a contacté. J'ai atteint un niveau assez respectable, dans le top 500 de France. Mais desfois je sens que.. je sens que ma tête se remet à penser. Ce jeu est finalement assez répétitif. J'ai reçu un message d'un autre joueur super bien classé. Il me propose de faire partie de leur team.
[[- Acceptes, c'est pas comme si c'était un effort social extraordinaire.|noneffort]]
Vlad289, c'est pas fameux comme pseudo. Mais il est mieux classé que moi. J'accepte la proposition et rejoint le chat de leur groupe. Ils sont une dizaine et me souhaite la bienvenue. C'est mon premier contact amical, à part le livreur de Super U, depuis pas mal de jours. Derrière le lettrage en blanc sur fond noir que compose leur pseudo se cache une personne dont j'ignore tout. C'est comme si il n'y avait absolument aucun enjeux. C'est anonyme. Je me livre donc au chat avec une forme d'interêt qui se reveille. Ils me posent des questions sur qui je suis, je leur répond honnêtement puisque il n'y pas de risque.
*Sadwarrior-I'm a 24 years old girl, i live in france, i'm currently unemployed. I started playing only 3 weeks ago*
La plupart sont des garçons, un peu de tout âge. On lance une partie. Le chat continue pendant le jeu.
*Agurin - So what are you guys watching?*
*KRK Unit - im watchin The office, best serie ever!! Currently watching again season 2 EP2.*
*Mimiko467 - Game of thrones again, S1EP4.*
*Sadwarrior - Wait, u guys are watching a serie and playing this game at the same time? *
*Vlad289 - Yeah, u dont? On another computer screen. U know it keeps u from thinking too much ^^*
*Mimiko467 - So true hahaaa*
Hmm... En voilà une information intéressante. Un deuxième écran pour regarder un truc à coté. Pour manger ce petit espace d'esprit qui s'est ouvert.
[[- Achetons un écran en plus| conclusion]]J'ai acheté un écran en plus que j'ai positionné à la gauche du premier. J'ai aussi améliorer mon assise pour plus de confort. Mon bureau est devenue un vrai petit cockpit de vaisseau, comme la tête du vaisseau qu'est ma chambre. Je passe mes journées dans le noir, éclairé seulement par les lumières bleutées de mon ordinateur. Grâce à cette config je me suis mise à regarder une série sur le second écran en jouant en simultané sur le premier. C'est cette série the Office, blablabla, gens plus naze que nous. En même temps j'enchainais de violentes parties avec la team de Vlad. Après quelques temps j'ai sentis que encore une petite place de cerveau s'était libérée, et se mettais à penser à nouveau. J'ajoutais alors un troisième jeu qui me permettais de combler les trous d'attente, style lorsque le jeu charge, ou qu'il n'y a pas d'action nécessaire à faire lors d'un combat. C'est clash royal sur mon téléphone, un petit jeu de guerre au tour à tour, et gestion de royaume. Rapide, gratifiant. J'ai lancé aussi un peu farmville. Mon compte facebook se résume à des propositions d'échange de nourriture. Parfois au lieu de the Office, je regarde un streamer de jeu vidéo. Tu connais le principe? Un type avec une forte personnalité joue à des jeux vidéos et se filme en train d'y jouer. Ça ajoute un filtre au jeu vidéo, puisqu'on écoute ses commentaires, tantôt humoristique, tantôt qui répond à un internaute qui lui pose des questions sur le chat, tantôt des réactions face aux jeux vidéos. Il s'appelle Mister MV, il a une voix rassurante et fun, dans ma chambre il a une présence apaisante, c'est comme un ami, et un dieu à la fois. Il raconte parfois des histoires de sa vie, et explique certaines techniques. Il y'a un petit coté neurone miroire, ses réactions aux jeux, en les regardant transparaitre sur son visage, il semblerait qu'elles sont notre aussi.
En bref mon existence est devenue virtuelle. Le numérique me proposait somme toutes un panel de différents stimulis et émotion qui partageait certaines caracteristique avec celles de la réalité mais aussi d'autres sensations qui semblaient nouvelles. Il y'avait une nouvelle volonté qui naissait en moi : force de ces différents mondes dans lesquelles j'apprenait, et de cette rencontre avec ma team, je voulais échanger avec des gens sur ma situation. Voir comment c'est de leur coté. Vlad m'a vivement conseiller d'aller sur un forum nommé Reddit. Là bas on y parle de tout et de rien, de façon anonyme. C'est social sans tout les cotés anxiogène du social. Certes il s'agit de gens, mais on ne les verra jamais, on ne les rencontreras pas. C'est du simple echange d'informations.
[[- Testons reddit|reddit]]
[[- On a dit qu'on essayerais plus de se connecter aux gens|gens]]
[[- Changeons de jeu|changer jeu]]Il faut qu'on s'échappe de tout ça ! Il faut qu'on revienne à une nature plus intuitive, plus consciente, qu'on cesse de s'échapper via ces trappes numériques qui nous happent l'attention, qui remplissent le vide ! On est addict à la sur-stimulation, dans l'attente perpétuelle de la reconnaissance sur les réseaux, dans la peur de rater une info !!! Mais dans quel but finalement ? Pourquoi je ne m'en suis pas rendu compte plus tôt ? Pourquoi je gaspille tout mon temps et mon cerveau pour ces choses sans importance ? Pour ne pas rater un seul événement ? Dans l'attente d'une satisfaction ? D'une rencontre ? Pour être sûre de ne pas perdre le contact avec mes amis? Mais sont-ils vraiment mes amis ces 768 amis sur Facebook ? Ai-je vraiment besoin de ne rater aucune information? Tous ces symptômes découlent-ils naturellement de cette société de consommation?
Toute nos connections émotionnelles sont fondées sur le numérique : je me sens seule ? Je vais sur Facebook. J'ai des doutes sur une information ? Je vais sur Google. Je m'ennuie à mourir ? Je vais mater des vidéos sur Youtube. JE SUIS DANS LA MATRICE ! Je ne suis plus un humain, je suis un USER !
Je n'arrive pas à bien comprendre comment je suis devenue esclave de ça. Je ne sais pas jusqu’où est-ce que ça va : est-ce que le bruit d'une réception de message me fait réagir comme les chiens dans l'expérience de Pavlov ? Est-ce que j'arriverai à penser sans le net ? Suis-je libre de me défaire de tout ça ? Il faut que je me débarrasse de cette chose diabolique qu'est le numérique, il faut que je le fasse étape par étape, jusqu'à ce qu'enfin je me sente mieux.
[[- Jette ton ordinateur|ordinateur]]
[[- Allons prendre l'air à la campagne|campagne]]Je jette mon ordinateur par la fenêtre. La fenêtre était fermée, il rebondit donc sur la vitre et me rentre dans la tête. Je meurs.
GAME OVERAller à la campagne...J'ai bien un ami à la campagne. En ce moment il s'affaire à la reconstruction de son atelier, situé en plein de cœur de l'Ariège. Son atelier s'est écroulé il y a un peu moins d'une semaine suite à une pluie torrentielle. Le terre-plein naturel près duquel il a été construit s'est affaissé sur un des murs porteurs. Une énorme coulée de terre a transpercé le bâtiment de brique durant le terrible orage. Je me dis que l'activité manuelle en territoire de campagne, loin du réseau internet, pourrait peut être me faire retrouver une sensation d'être au monde, quelque chose d'un peu plus substantiel. La double perspective de l'aider et de m'aider par la même occasion semble doucement salvatrice.
[[- Allons l'aider !|cemec]]
Je pars chez Florian mon ami d'Ariège, tout près de la montagne noire. Je me suis levée fort tôt ce matin pour y aller. D’abord par le train, puis arrivée dans la gare la plus proche, je fais de l’auto-stop et un quidam inconnu m'enjoint de grimper dans son carrosse. Nous nous enfonçons dans la verdoyante campagne du sud de Toulouse, dans un camion aménagé dont les breloques suspendues cliquettent à chaque bosse. Le cœur si meurtri par ce dragon que j’ai éveillé et qui m'étouffe en ville chaque seconde, se tut soudain, et je demeure alors de plus en plus tranquille. La tête n’affabule plus. Le vert est partout, les arbres, les montagnes au loin, les chemins de terre, les animaux dans les champs, les lacs comme des miroirs au sol. La vie reprend sens, et mes plaies glaciales cessent de saigner, comme recouvertes d’un pansage doux, une cire chaude protectrice qui m’apaise. Nous arrivons là-bas et après d’assez joyeuses retrouvailles, je découvre l’étendue des dégâts. L'atelier est recouvert de terre, les outils sont noyés, sans parler de la salle de stockage des œuvres dans laquelle tout est détruit. Cette dernière est envahie de terre, qui monte presque jusqu’au toit. Nous devons nous mettre à la tâche pour enlever la terre, petit à petit, avec pelle pioche et brouette. Ce job éreintant est l’activité la plus salvatrice que je rencontrais depuis fort longtemps. Je souffle fort, usant de toute mon énergie pour enlever cette terre infinie, tandis que mes soucis se diluent dans l'effort. Il semble même que cette terre fait figure des peines contenues dans mon esprit, et que d’une pelletée à l’autre, je les arrache à moi et m’en débarrasse.
Je songe alors à mon chaos intérieur. Je suis sans cesse habitée par une confusion intolérable, un tintamarre de pensées incessantes, épouvantée par l’évidente absence de sens de l’existence. Pourtant, c’est subitement au milieu de cet atelier détruit par la nature que le chaos et l’absurdité indifférente de la vie prennent enfin toute leur réalité, se matérialisent réellement à mes yeux.
Je vois un chaos à la fois terrifiant et splendide, un chaos qui incarne l'ordre des choses. Je le vois dans ces décombres, ce fatras d’arbres et de terre. Je le vois dans ces jeunes pousses qui s’en dégagent, s’extirpant des briques brisées. Il est soudainement très clair que le chaos est naturel et vital, puisque je le constatais soudain aussi dans ce creux de verdure. La destruction, force intrinsèque au cycle de la vie, au renouveau perpétuel. Selon Alan Watts, dans son livre “Le Bouddhisme Zen”, 1957, les hommes cherchent perpétuellement à conserver, à séparer par convention, la vie et la mort, l’harmonie et le chaos. Pourtant, l’existence n'est pas duelle. Si nous abandonnons les conventions, nous nous apercevrons que la mort fait partie de la vie, de même que l’objet existe en même temps que sa destruction, et qu’il est vain de retenir son souffle, car c’est précisément lorsqu’on le retient que l’on meurt.
J’accepte soudain l'idée de la fin, l’échec, la mort des choses, puisque c’est ainsi aussi qu’elles peuvent enfin renaître. Je suis prise alors d’une splendide mélancolie, à penser que l’on ne peut rien véritablement saisir dans sa main, que tout nous échappe, et que c’est faire preuve de bien plus de sagesse que d’observer calmement l’eau du ruisseau couler, sans chercher à la retenir. Dans ma tête s’engendrent des images, un chaos magnifique, où je jette au feu tous mes attachements terrestres, et je renais dans une paix infinie.
Vers midi on sonne la pause et le début de l’apéro. Dans le jardin une planche est déposée sur une brouette en guise de table, et nous, Sonia, la compagne de Florian, et moi, découpons sur celle-ci des tranches de saucisson sec. Florian ouvre de la bière brune. On profite de ces mets sous le soleil qui doucement nous réchauffe. Puis on rentre chez eux pour dévorer des spaghettis au chevreuil et laurier et quelques tartines de poivron à l’huile que Sonia a préparées.
Après un café, on se remet à travailler jusqu’à ce que la nuit tombe.
On rentre vers 21h, le corps harassé par le froid et l’effort. On me propose une douche, que j'accepte, et les sensations du ruissellement de l'eau chaude sur mes muscles endoloris me font oublier, encore, la souffrance de ma tête. On dîne. Je ne suis point bavarde ce soir, mais lorsque je parle, ils m’écoutent avec attention. Je ressens entre nous une amitié spéciale. Un genre d’amour juste humain, qui existe de manière inconventionnelle, douce et pure, sans apparat. On s’est tous mis autour de la table, près de la cheminée ou grillent les champignons frais saupoudrés de fines herbes. On boit encore, en grignotant des graines, des fruits secs et des tranches de saucissons. Sonia apporte une pintade à la japonaise avec du riz et des légumes marinés. Une douceur infinie s’empare de moi. Je ressens tellement de bien-être à partager ce repas, sur le canapé tout prêt du feu, mon corps fraîchement lavé et emmitouflé dans de grandes couvertures.
On continue à boire, puis Sonia amène le dessert. Plus tard, la décision d’aller se coucher est soudain prise, ce qui me ravit. Je dors dans le canapé déplié au bord de la cheminée, pour une chaleur optimale. Le lendemain vers 9h, dans la maison ensoleillée, le crâne un peu embrouillé par l'alcool, je me lève l’esprit vide, et me dirige en louvoyant vers les effluves de café. Florian et Sonia partent déjà travailler sur le chantier, et je m’empresse de me préparer pour les rejoindre. Nous nous mettons à couper des arbres, car une grosse quantité de ceux-ci avaient chuté sur la maison, emportés eux aussi par la coulée de terre, affalés désormais sur les murs brisés. Il faut enlever les branches du tronc avec une machette ou une hache, couper en bûche les grands morceaux. J’apprends à manier les différents outils. Je prends moult plaisir à évider ma conscience en frappant sur ces objets morts et tranquilles. Je tape avec rage sur les morceaux de bois, tout en éprouvant dans le même temps, au loin, comme un écho une certaine peine à l’idée de produire ces blessures sur ces entités végétales si fraîchement arrachées à la terre. Je me console en pensant au chaos nécessaire au renouveau. On met ensuite les bûches dans la remorque pour la remplir. Lorsqu’elle est pleine, Florian décide qu’il est l’heure d’aller déposer les bûches le long de son nouvel atelier pour les mettre à sécher. Vers midi, il accroche la remorque pleine de bois à sa voiture, puis me propose de m’asseoir sur le bois, pour apprécier le voyage en plein air. Je saute dessus. Il démarre et on pars. J'ai plein de pensées pendant le voyage, qui ne dure guère plus de 3 minutes. Je repense à ma première expérience du ridicule : J’avais 6 ans, au cirque, un clown m’avait promenée partout dans le chapiteau dans une brouette, m'ayant au préalablement affublée d'un casque de pompier. Il nous faisait faire des tours tandis que je rebondissais stupidement. Tout les enfants riaient, et mes joues gonflaient de rouge. À présent, encore trimballée dans une chariote, mes fesses qui cognent en rythme, comme sur un cheval au trot, je réalise que ma peur d’être jugée s’est évaporée. L’expérience de l’air qui s’engouffre dans mon nez et ma bouche, et viens fouetter mes joues est bien plus important que les éventuelles moqueries que je pourrais subir si l’on me voyait ainsi, toute sale du travail, à rebondir sur les bûches. Tout à coup, rien d’autre n’a d’importance pour moi que cet amusement que Florian m'a proposé de vivre, et mes muscles à son service pour l’aider. Enfin arrivés, nous mettons le bois devant l’atelier, nous repartons au chantier. Je grimpe aux arbres pour accrocher les cordes qui permettent de les faire tomber dans le bon sens lorsqu’on les abattra. Grimper aux arbres, c'est vraiment une de mes activités favorites. Plus tard, Flo conduira pour me ramener. J’ai le corps éreinté et endolori. Il me dépose non loin de chez moi et je titube en rentrant. La vie était douce là-bas mais je me sens mieux soudain. Rien d’autre n’existe que cet effort du corps, ce tiraillement dans mes muscles, la sensation de mes lèvres gercées par le froid, et ainsi je rentre en ne pensant à rien.
[[- Les choses vont s'arranger|arranger]]Aujourd'hui grâce à ce weekend, je me réveille avec plus d'énergie que je n'en ai eue depuis très longtemps. Mes pensées ne s'emballent pas trop et je ressens à nouveau un peu d'espoir. HOP HOP ! Jour d'effort numéro 1 : Pas de refuge dans les fantasmes ou dans la nourriture pour tenter d'éviter la la souffrance et le chaos lié à l'existence. Bien que je sois de meilleure humeur, j'ai peur de me remettre au travail. Je décide de mettre tout cela de côté, et passe la journée à lire mon livre sur le Bouddhisme Zen d'Alan Watts, 1957.
Je parle de refuge dans les fantasmes car j'ignore si tu le sais conscience, mais depuis longtemps je "fantasmatise"*. J'appelle ça comme ça. C'est pour désigner la façon bien particulière qu'a mon mental de s'échapper de la réalité. Au moindre vide, à la moindre menace de l'ennui, il m'emmène dans des scénarios passionnels, rythmés par des thèmes récurrents : tantôt je vis un amour incroyable avec le prince charmant à la plastique merveilleuse et qui m'est totalement dévoué à tel point qu'il me vénère telle la déesse vivante, tantôt j'incarne le héros sauvage se découvrant des pouvoirs sensationnels type X-Men, venu sauver avec classe des personnes de mon réel quotidien. D'autres fois encore, je me sacrifie pour sauver un être humain que je chéris dans la réalité (et bien souvent, secrètement). Baignant alors dans mon sang et celui plus translucide de mes larmes, je rends mon dernier souffle en caressant une dernière fois le visage de mon bien aimé, logée dramatiquement dans ses bras, pendant que la foule pleure. Une fin alternative consiste à me réveiller à l’hôpital alors qu'il est à mon chevet. Nous nous embrassons langoureusement, puis s'ensuit une autre histoire d'ébats langoureux, dans d'autres lieux et de différentes manières.
Bien entendu plusieurs questions se sont imposées à moi puisque je grandissais avec ces mêmes rêveries : pourquoi ces thèmes là ? Dans chacun de ces thèmes, il semble que je suis le centre du monde. De plus, dans chaque scénario, il y a comme une prise de conscience de la part des autres personnages que mon cerveau anime : ils se rendent tous compte que je suis une personne formidable, adorable, désirable.
N'est-ce pas là un moyen de calmer la souffrance qui provient de cette basse estime de moi-même?
L'effet secondaire, c'est que tout ce processus s'accentue avec la déprime. Les scénarios se font plus fort, et se métamorphosent en véritable espoir. J'en viens à désirer qu'ils adviennent ! Je finis inévitablement plus déprimée encore, puisque tu t'en doutes, il est tout à fait impossible que ces scénarios se réalisent. C'est donc un cercle vicieux qui se crée.
Avec ce weekend, ce type de pensées s'est enfin apaisé. Pas disparues cela dit.
Oh ! Un SMS de Laura. Elle me propose de boire un coup avec des amis. Elle est déjà au bar et m'invite à la rejoindre.
[[- Toujours bon d'aller dehors, sortir de chez soi le plus possible|sortirdechezsois]]
[[- T'as encore ton putain de téléphone? | telephone]]Je trouve facilement le bar, "L'impro" à l'aide du GPS sur mon portable. À priori si je ne fais que des usages pratiques d'une telle technologie, peut être pourrais-je tout de même la conserver ? Il n'est pas très facile de survivre dans la ville sans internet. J'ai supprimé de mon portable tous les réseaux sociaux, les jeux, les messageries. Seul reste le strict nécessaire, le GPS, les SMS et les appels. Arrivée au bar, tous les copains sont là. Je décide de me concentrer sur l'instant présent et range le téléphone loin de mes mains, afin de rentrer dans une discussion avec Laura, Pierre et Macha. Au début, j'éprouve une étrange sensation de malaise. Chaque moment de vide dans les conversations me font chercher d'une main hasardeuse le fameux objet en tapotant frénétiquement mes poches. Un besoin étrange m’envahit parfois : quelqu'un m'aurait-il envoyé un message ? Parfois, je sens même ma poche vibrer, alors mon téléphone n'y est pas. Quel est cet étrange maléfice ?
Au bout de quelques verres et un temps d'adaptation, je finis par lâcher un peu prise. Les silences sont de plus en plus assumés, ils ne représentent plus de gêne. J'apprends à me détendre et à apprécier les moments de vide comme une sorte de contemplation. Je constate soudain que tout le monde remplit ces moments de vide. Près de chaque main posée sur la table ou dans une poche près du cœur, le portable n'est jamais bien loin, présence rassurante, doudou anti stress. On se met à le tripoter dès lors qu'il n'y a plus rien à dire. Parfois même on le regarde pour y voir les nouvelles actus des autres. Parfois il y a une mouvance globale sur la table : tout le monde regarde son portable et personne ne parle. Ça peut durer 5 minutes. Certains en reviennent avec des émotions. Par exemple quelqu'un rigole parce qu'il a reçu une image amusante sur son feed. Peut être le fera-t-il partager aux autres en tendant son écran vers nous. Un autre semble mal à l'aise parce que les réponses qu'il reçoit ne semblent pas satisfaisantes. Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle.
Chacun est là et chacun est ailleurs. À chaque instant quelqu'un peut se dire qu'il se passe quelque chose de mieux autre part, et décider de quitter ce lieu pour se rendre à l'autre. La soirée continue et il y a toujours ces rituels de connexion/déconnexion quasi invisibles. Invisible parce que personne n'y prête attention. Mais dès lors qu'on y participe pas, ils se révèlent enfin, étrange réalité. Ils sont dans leurs bulles. Ah ça recommence encore : Laura, Macha et Pierre saisissent leurs portables, pour voir surement si untel ou untel va venir les rejoindre, ou s'ils ont reçu quelque chose, puis hop ! Ils se laissent emporter. Pourquoi ne pas vérifier si j'ai de nouveaux mails ? Ah j'ai oublié de répondre à telle personne... Tout un fascinant processus.
Tiens, Pierre revient sur Terre et pose son téléphone.
[[- Fais lui part de tes observations existentielles|observations]]
[[- Rentres chez toi c'est relou|reloupromnade]]
La transition, chère conscience, est une étape qu'il ne faut point ménager, ni négliger. Chaque mauvaise habitude que l'on chasse doit avoir un remplaçant plus sain que l'on prévoit. Maintenant si tu penses que jeter mon téléphone dès maintenant me permettra de trouver la paix intérieur, n'hésite pas.
[[- Jette le tel!]]
[[- Non ça vas, vas à la soirée|sortirdechezsois]]
//- Hey, t'as vu comme de temps à autre les gens s'échappent dans leur téléphone. Comme s'ils n'arrivaient pas à embrasser le vide ? Ou comme s'il fallait rester constamment informé d'un ailleurs?//
À mon grand étonnement l’intéressé s'ouvre à la discussion sans se sentir reproché de quoique ce soit. Il est même assez ouvert et reconnait sa propre addiction. On embraye sur d'autres sujets, notamment le capitalisme et je constate que lui et moi sommes complétement sur la même longueur d'onde. Je trouve ce quidam drôlement agréable. Son humour et son ouverture d'esprit me remontent le moral. Je songe soudain : Oui, j'ai peut-être besoin de me déconnecter du numérique pour me reconnecter au vrai monde. Pour créer des liens plus profonds avec les gens. Apprendre à les connaitre sans un outil qui retrace leurs existences via quelques albums photos. Leur demander de vive voix, échanger des choses plus précieuses.
//- Tu viens à la manif' demain?// Me demande Pierre.
[[ - Quelle manif ?|quellemanif]]
[[ - Dis oui ! | ouimanif]]
Je prétexte un rendez-vous galant et m'échappe. En rentrant je vois tout ces gens ivres déambulant dans les rues. En titubant vers chez moi, j'observe d'un oeil lasse les dérives humaines, les fêtards assoiffés, les dragueurs mysogines, les gourmands avec leurs frites, les isolés dans leur portable. Cela est évident pour moi qu'il n'y a rien de beau dans le monde. Mes pieds m'amènenent naturellement sur le pont, d'où je me jette.
GAME OVER//- La manif' des gilets jaunes bien sûr ! Les taxes sur l'essence, les riches qui nous malmènent ! Tu hibernais ?//
[[- Ah oui, bien sûr ! J'y vais pour sûr !| ouimanif]]
[[- M'intéresse pas ce machin de prolo !|prolo]]//- OUAIS GRAVE ! Bien sûr !
- Bête de cool, on se retrouvera là bas alors !//
On trinque ensemble, joyeux, festifs. Finalement Eloïse propose d'aller danser dans un autre bar non loin d'ici. Mon humeur d'ordinaire très basse se trouve ragaillardie par la conversation avec Pierre. Lui aussi a l'air d'avoir apprécié. Nous surfons tous sur une bonne énergie, agrémentée d'une légère ébriété, qui nous fait accepter cette proposition. Nous partons de l'Impro, une dizaine de personnages, la blague à la lippe, à vanner sans cesse et à danser dans les ruelles animées d'un weekend toulousain. Arrivés au bar, Le Moloko, on s'engouffre tous au sous sol, espace du bar destiné à la gigue. Pierre et moi échangeons un regard complice, puis nous mettons à nous déhancher en mimant tour à tour un geste de danse impromptu. Il imite le singe, je fais la pieuvre, il fait la meuf sexy, je fais le plongeur... Je ne cesse jamais de rire, tandis que nous sautons au rythme des basses, que de la sueur coule sur nos tempes et que nous exécutons nos meilleures grimaces. Des sonorités percussives viennent envahir la pièce, et pris par le jeu nous nous mettons à faire des cris d'animaux. Les heures passent sans que l'on montre un signe de fatigue, et une affection naissante gronde librement dans ma poitrine. Je me dis qu'il pourrait être un super ami. La soirée se termine aux alentours de 4 heures. Je suis exténuée mais je suis aussi joie. Pour me dire au revoir, Pierre me serre dans ses bras. Je songe que peut être lui aussi se sent seul et a trouvé du réconfort dans cette soirée si douce.
[[ - Allons dormir maintenant|dormirmaint]]
Je me réveille avec le cœur un peu plus chaud, la tête un peu sonnée par la tize. Au fur et à mesure que reviennent les souvenirs d'hier soir, un sourire se dessine sur mon visage. J'ignore ce qu'il veut dire, je sais juste que cette nouvelle amitié me donne un genre d'espoir et de courage, comme une lumière sur le chemin de l'apaisement et de la guérison. Quelque chose qui me dit que c'est bien par là qu'il faut aller..
[[ - C'est l'heure de la manif ! |manifmanif]]Je me lève et prépare mon attirail pour la manif, où j'ai rendez-vous avec Pierre.
Moi je n’ai que peu de volonté politique, ou plutôt d’espoir, mais mon intuition me chuchote qu’il ne s’agissait plus là d’une revendication parmi d’autres.
Il s’agissait de l’ultime : mon malaise capitalistique, l’horreur qui me vient à regarder les pubs et les vitrines, cet enfer dans lequel tout le monde s’est persuadé qu’il faut travailler et produire. Une vie de méritants et de mérites, de losers et d’exclus, une vie de cases et d’interdits, de restrictions et de contraintes. Là où j’étouffe, noyée dans ma solitude technocratique, tout cela semblait être représenté dans le mouvement des gilets jaunes, au travers de leur hargne et de leur violence. Comme dans le film de Slavoj Zizek, The Pervert Guide to Ideology : quand quelque chose va mal, il est impossible de dire d’où ce mal vient. Alors la violence surgit, comme un dragon que l'on aurait gardé captif trop longtemps, haineux et plein de vieilles rancunes, comme s'il avait compté chaque pas qui s’était écrasé sur sa face, toutes les semelles qu’avaient rencontré sa bouche, et métamorphosé cette énergie noire en courant de révolte et de liberté.
Oui, je sentais la révolution, causée par un malheur identique au mien, soudain muée en espoir, en force.
Enfin je n’avais pas tant que cela d’espoir, mais cela me plaisait bien de faire régner le chaos dehors, en image au chaos véritable qu’est l’existence, bien plus beau que cette atroce ordre de la vie moderne.
Alors avec Pierre, Laura, et tout plein de copains, on s’est fondus dans le cortège. On a marché avec eux. On était plus que jamais ??. Et on a vu les méchants. On a vu les lacrymos, les matraques, les pétards, les flashs. On a marché, repoussés sans cesse par les forces de l’ordre. D'une place à l'autre, d'un bout de la ville à l'autre. Les hommes bleus ne voulaient pas qu'on atteigne le centre ville, où régnaient les joies de l’achat compulsif du week-end, et à ce titre ils nous repoussaient dans des chemins que les gilets jaunes n'avaient point programmé. Ils coupèrent en deux le cortège une fois près d'un pont. Nous nous sentions malmenés, il n’y avait pas de violence de notre part, et nous étions menés comme un troupeau docile.
Puis il firent l’erreur de nous mener devant un musée juste après le pont. En face de celui-ci s’étalait un chantier Vinci énorme, un immeuble de plus de 10 étages, rempli de matériel de construction, de matériaux divers. C’est là que débuta la folie.
Les manifestants se déversèrent dans le chantier et pillèrent tout objet qui venait s'offrir à eux, barrière de métal, palissade, lattes de bois, sacs de plâtre, pots de blanc de medon, barrières de béton, planches de placo, bonbonnes de gaz, engins de chantier. Avec cet amas illimité, ils conçurent de gigantesques barricades devant les CRS, et leur mirent le feu.
La zizanie totale, et la paix en même temps. Les barrières de feu géantes maintenaient la police hors de notre portée et nous avions tout loisir de nous trimballer dans la rue, autour du brasero, ou de concevoir les barrières suivantes s’ils venaient à franchir la première. Il y en eu bientôt trois, des tas de matériaux enflammés. Toute la rue était prise et en feu. Chacun s'affairait à sa guise. Certains se ruaient pour alimenter le feu, d’autres s’exécutaient au ramassage de projectile, ceux de tout devant s’évertuaient à les lancer au keufs, des dizaines grimpaient sur les échafaudages du chantier comme des singes, et la plupart, comme moi, dansions, jouions autour des flammes, habillés comme à la guerre, sourions à tout un chacun. Nous avions gagné, nous étions tous des gosses et la rue était notre terrain de jeu, la rue était à nous, la rue était le chaos, et nous la faisions brûler. À bas Vinci ! À bas les pubs ! À bas les voitures ! À bas les banques ! Toute le monde prenait soin de tout le monde. Dans cette utopie temporelle, il nous était permis de faire “ce qui est mal” car au fond nous savions fort bien que ce n’était point des crimes : cela n’était que le juste rétablissement de ce qui devrait être inné et qui nous était refusé.
On aurait dit l’anarchie anglaise, la punk attitude en bonne et dû forme.
C'était un moment de douceur, une trêve splendide.
Ensuite la folie repris de plus belle.
La première charge des CRS eu lieu. Les lacrymos s'abattirent à nos pieds et éclatèrent autour de nous, fabriquant de gigantesques nuages qui s’abattirent sur nous. La foule se mis à courir, franchissant les barricades enflammées, sautant au dessus des débris en feu, protégeant leur gorge des gaz d'une main ou d'un keffieh. Les casseurs les plus connaisseurs nous hurlèrent de ne point courir et la foule se calma. Le nuage continuait pourtant de nous écorcher le visage et les yeux, qui devinrent larmoyant. Mon cœur battait fort tandis que je gouttais pour la première fois à l’aigreur de ce poison. Les coups des explosions de flashball et de grenade de dispersement retentissaient, et me revenait en tête les images dépeintes de la guerre au cinéma. Des morceaux de grenade venaient se ficher dans nos vêtements. Nous atteignîmes une place où une autre troupe de CRS chargeait. Nous reprîmes la course, les grenades étaient plus proches, et l'air plus irrespirable. J'inspirais avec difficulté, mais la lacrymo ne me causait pas tant de douleur. Je voyais d'autres camarades plus malheureux, les yeux rouge chair, des torrents de larmes qui ruisselaient sur leur visage.
Nous nous repliâmes vers l'extérieur de la ville, toujours protégés par ces casseurs motivés qui construisaient barricades sur barricades, avec des déchets de la rue, des poubelles, des voitures renversées, auxquelles ils mettaient le feu. Les brasiers léchaient la rue qui sous les coups de 17-18h, s’était assombrie dans une nuit bleu froide, et produisaient de chatoyantes rougeurs sur les murs et le sol, venant réchauffer l’air ambiant. L’atmosphère n'en était que plus dystopique encore. Au fur et à mesure qu’avançaient les troupes de CRS nous reculions, en enflammant la ville, et détruisions banque par banque, agences immobilières avec des pieds de biches et des objets de métal divers, des pavés arrachés au sol.
Nous reculions encore, tant et si bien qu’à 19h nous n’étions plus trop nombreux, une centaine ou deux, presque trop dispersés, éreintés, désordonnés. On recula encore, et (nous) vint soudain nous illuminer telle la lumière divine le spot d'un hélicoptère des forces de l’ordre. De sa lumière vivace et blanche, il nous caressa les parties de visages que nous n’avions point dissimulé et dessinait un disque écarlate sur l’asphalte. À ce moment nous étions tous déboussolés, beaucoup partaient. Moi j’attendais en regardant un groupe qui prit d’assaut un tabac, en brisèrent la vitre pour en extraire des produits convoités. Pierre apparut soudain, et je le hélais. J'étais heureuse de le retrouver. Il était d’une joie et d’une excitation sans pareil. Nous continuâmes à tchatcher sur la place tandis que l'hélicoptère continuait d’observer la joyeuse troupe de casseurs de vitrines, et autres manifestants éparses. Enfin les policiers arrivèrent, et cela devint vraiment dangereux. Ils nous chargeaient de tout coté, et nous n'étions plus qu'une cinquantaine. Tout le monde se mit à courir à en perdre haleine. Je pointais un chemin qui semblait de bonne augure pour notre sauvetage, et nous nous y engouffrâmes. Derrière nous pétaradèrent les lacrymos, qui nous obstruaient la gorge. Je courrais avec Pierre. J’avais peur, mais je réfléchissais vite. L’hélico qui nous surplombait nous observait avec attention, il était impossible de se cacher dans le jardin d’une petite maison. Il disparu subitement, et j'en profitai pour tirer Pierre, pour s'engouffrer dans une ruelle tous les deux. Je me débarrassai de mon attirail de manifestant, et nous nous dirigeâmes vers la ville en catimini, car enfin, les festivités avaient pris fin. Sur le chemin, on s'échangea nos histoires sur tout ce qui avait eu lieu.
Alors qu’on arrivait sur un barrage de flics inattendus, je lui saisis le bras, afin de mimer une sortie en amoureux. Je pris un sourire exquis, et avec de généreux accents de ravissement, je pointais des restaurants du doigt, en hululant des “ oh là là il a l’air trop bien ce resto on pourrait aller à celui là dit mon amour? “ ou “ oh comme c’est beau les lumières de la ville ce soir” et autres fadaises.
On se retrouva tous pour manger chez Pierre le repas du guerrier. Je rentrai encore exténuée et heureuse.
[[- Les choses s'arrangent ?|arranger2]]
De retour dans ma petite piaule au cœur de la ville, un placard à balai à la lumière fuyante, je m'étale sur le lit, le corps encore sali et endolori par l'effort, mais la caboche comme évidée et plus claire. Je songe à Pierre. Si cette nouvelle amitié réchauffe si ardemment mon cœur, c'est qu'elle doit forcément avoir un sens. Je sens en moi comme l'intuition puissante que j’étais destinée à rencontrer cette personne, que nous étions fait pour nous entendre et nous entraider, puisqu'il était né entre nous cette si forte et si rapide intimité. Une douce lueur intérieure m'illumine, et avec cette sensation que j'avais rencontré un être différent des autres. Une personne avec laquelle il pourrait y avoir une connexion spéciale de l'ordre de l'âme, de l'ordre du spirituel. Nous sommes dans la même énergie, sur la même longueur d'onde. Peut-être les réseaux sociaux nous avaient ils sommés d'être populaires, et nous avions alors oublié, dans notre quête du nombre d'amis à avoir, les connexions véritables. Je réfléchis à l’œuvre de mon ami Paul Rigaud, "les relations hebdomadaires". Il passait une semaine à vivre non-stop avec un individu de son choix, qu'il ne connaissait pas beaucoup et qui accepterait cette expérience sociale incongrue. Il y avait une forme de lenteur splendide à se soucier d'un seul individu. Peut-être devrais-je en ce moment juste restreindre mon cercle d'amis, et ne voir que ceux qui pourrait m'apporter un sentiment d'appartenance et de sécurité.
[[- Traînons avec Pierre désormais|desormais]]Un mois s'est écoulé depuis la manifestation. J'ai passé beaucoup de temps à essayer de comprendre comment je pouvais me débrouiller sans technologie. Je me suis d'abord supprimée de tous les réseaux sociaux, puis j'ai troqué mon smartphone contre un antique frigo? à clavier. C'est encore un objet aliénant, mais fichtrement moins que le premier ! Il n'y a pas lieu de l'utiliser pour autre chose que les appels et les sms. Je n'étais pas encore tout à fait rétablie quant à cette anxiété qui me rongeait jusqu'alors.
Je commençais à beaucoup lire, et passais de plus en plus de temps avec Pierre. En plus des repas de midi, on partageait des activités communes tel que l'escalade, qu'on pratiquait certains soirs de semaine. La plupart des appels que je passais avaient pour but de savoir où il était pour le rejoindre. Toute ma vie s'agençait autour de sa personne. Il était tout simplement devenu un compagnon d'existence. Ma vie semblait soudain rythmée par ses apparitions. Tout cela s'était déroulé sans que je m'en rendre compte. Avec lui j'avais la sensation que je pouvais être moi-même. Quand on était tous les deux on était comme des enfants. On pouvait passer des journées entières à rigoler, à se chamailler, à inventer des blagues. J'ai juste la joie quand je suis avec lui. Du reste, je n'ai pas vraiment pris le temps de reconfigurer ma vie. Pour l'instant passer du temps avec Pierre, faire du sport et lire semblait redonner du sens à ma vie. Ma nouvelle connexion dans mon monde de déconnexion. On était en train de se connecter si intensément, que parfois, quand je voulais l'appeler, mon téléphone se mettait à sonner. Je savais son humeur du jour rien qu'au bruit qu'il faisait en marchant.
[[ - T'es tellement en train de tomber amoureuse de lui|aamoureusee]]
Ce soir comme d'hab je vais m'enfiler des parties de LOL, avec un beuz et et des binchs, avec les potes virtuels de ma team. Mais à mon grand regret on annule le play de ce soir, Vlad le chef de team a un empechement et Mariva78 est malade. Je me trouve tout penaud dans l'obscurité de la pièce, affalé sur mon fauteuil en train de boulotter ma pizza chèvre miel dont chaque part est recouvert d'un film épais de sauce piquante. De mes mains grasses je parcoure mon clavier sans trouver quoi taper dans la barre de recherche. Au départ je me fichais de qui jouait avec moi, mais voilà que maintenant cela me tiens à coeur, fichtre ! Je n'aime pas ce vide qui s'installe en moi à l'idée que ces personnes dont j'ignore le visage ne soit pas connecté ce soir. Je me sens abbandonnée encore. C'est stupide. L'alcool creuse en moi plus encore cette émotion, alors que j'avais jusque là si bien reussi mon coup de les anéantir. Blabla sur le principe de recompense.
Update : Je commence à m'enfiler des films à la chaine pour tuer ces pensées qui se mettent à tourner en rond à nouveau.
[[ - C'est le moment d'aller sur reddit|reddit2]]Double-click this passage to edit it.Du coup je tapote "reddit" sur le clavier de mon ordi, et tombe directe sur le forum le plus utilisé au monde, réunissant pas moins de 330 millions d'utilisateurs. Le forum possède une structure pareil à celle d'une arborescence de dossier sur ordinateur. Il y'a un feed central et ce qu'on appelle des subfeed qui se rassemblent autour d'une thématique. Il y'a des subfeed pour la musique, pour l'art, pour des choses très spécifique comme certaines type de substances, et un feed sur la dépression. Je rentre dans ce dernier feed et me met a parcourir les postes des utilisateurs.
C'est ouf comment les gens se soutiennent entre eux et se donne des conseils.
En gros les gonz expose leur situation, style ce gars qui s'appelle Eramef, qui raconte que dans un laps de temps sacrément court, son père est mort, son frère est mort et sa meuf l'a quitté. Il a peur, il a plus d'amis, et il sait pas quoi faire.
En vrai y'a pas trop de réponses à ces questions, sinon prendre du recul et prendre soin de sa personne, la plupart des gens répondent avec des petits messages de support.
À qui il aurait pu confier tout ce fardeau de peine sinon à cette communauté anonyme à l'écoute?
Je continue à lire des machins de ce feed.
En fait la plupart des mecs là bas se sente seuls, et ignorent comment se faire des amis. Moi j'ai décider de plus voir une seule âme qui vive. Je devrais pouvoir me suffir à moi même. Mais peut être qu'il existe un peu des méthodes quoi...
..
Je songe grave : pourrais je y exposer ma situation? Y aurait il quelqu'un qui puisse m'indiquer que faire?
[[ -Postons ||posterrrr]]
[[ -Parles en à ta famille|famille]]habbo etc wow
PAS DU TOUT ! On est juste les meilleurs potes du monde !
Je file d'ailleurs le voir, on a rendez-vous au bar pour boire des petits shooters avec la team. Il est 20h et il faut que je file. Je m'emballe d'un jean et d'un t-shirt blanc, et esquisse quelques trucs sur mes paupières. Là bas, Pierre est avec Laura et quelques autres compères. Je saute sur Pierre en l'accueillant d'un grand : //"Yoo Pieeeeeerre !"//. L’intéressé me soulève de terre avec ardeur. On fait mine de se battre comme à l'accoutumé. Je m'extrais de notre bulle et file chercher de la bière au comptoir. On passe la soirée dans ce bar, à s’échanger des boutades et autres badinages. Mon humeur est chatoyante, je ne sais d'où je tire mon énergie mais elle est à l'intérieur de moi comme une crépitante étoile. Au bar je chat avec plein de gens que je ne connais pas. Je discute longtemps avec une meuf prénommée Clara. Elle me parle de ses rêves et me saute dans les bras. Nous échangeons nos numéros, et finalement cela ne semble pas être si difficile que de faire des rencontres et des amitiés nouvelles sans les réseaux. Plus tard je reviens près de Pierre. La plupart de nos potes sont partis, et on se pose sur une table avec une dernière pinte. Là, on commence à s'échanger des récits de vie, des genres de dramas personnels et chacun boit les paroles de l'autre comme de l'eau de jouvence. J'expose mes sentiments sur ma relation paternelle. Comment elle a fait de moi un personnage constamment en recherche d'amour, dans la peur de la perte de l'autre, et comment l’abandon par les êtres aimés est devenu symbole de mort. À ce moment là, inopinément, le gus me colle un baiser. Mes mots se délitent. Ma tête vacille un peu. Je le scrute avec surprise. Après quelques courtes secondes, je fonce sur sa bouche à nouveau, sans savoir pourquoi. Cette fois ci avec plus de fièvre, je glisse ma paluche dans sa nuque, et je lance une entremise linguistique dont je possède le secret. On cesse, et c'est haletant qu'il lâche : //" Il faut que je rentre, je crois." //Troublée, j’acquiesce. On s'extrait du bar en laissant sur la table les bières encore à moitié entamées. On est dans la rue, il fait noir, je ne veux pas qu'il s'en aille, mais je ne dis rien. On est tout tremblant. Je reviens vers lui pour l'enlacer un peu. On aimerait se lâcher, mais notre étreinte persiste malgré tout. Au prix d'un plus grand effort, il s’écarte de moi, détache son vélo, dépose un bisou sur ma joue et s'en va sans regarder en arrière.
Mon cœur se déchire brusquement.
Tu avais raison la voix. Rien de tout cela n'est anodin. Je réalise que j'en pince sacrément pour ce type, et c'est ce sentiment qui me donnait cette énergie si vivace. Mais à présent elle se noircit et me met à terre, alors que je titube jusqu'à chez moi les larmes aux yeux. Les choses deviennent tout à coup plus claires : si je me sentais mieux ce n'était point de mon cru, mais parce que j'avais la validation extérieure, la reconnaissance de cette personne. Toute ma force en était dépendante, et maintenant que les choses sont actées, tout va aller de travers. Je le sais, parce qu'il a une copine. Il ne va pas me choisir moi. Je suis trop détruite, je manque de confiance en moi et je suis faible.
La puissance que me procurait cet amour inédit avait atteint son apogée tout comme sa fin dans cet ultime baiser. À présent je ne peux plus revenir en arrière.
Toutes les choses qu'on aurait pu vivre ensemble se matérialisent dans mon esprit comme des reliques de tout ce futur resplendissant auquel je dois renoncer. Je songe à ce bonheur qui ne restera que mirage. Les larmes ruissèlent sur mes joues alors que je me traine chez moi.
[[- Je te l'avais dit | prince]]Je m'inscrit et poste une tirade sur mon état d'esprit actuel :
Je dis que mes pensées sont comme un flot incessant de souffrance qui tourbillonne autour de moi, que je ne vois point de sortie car le monde est véritablement chaotique, et que la vie est absurde, et que ces pensées m'ont amenés à m'enfermer chez moi, et mon anxiété social est devenue incontrolable. Que je suis tomber dans les jeux vidéos comme on tombe dans la drogue, que plus le temps s'écoule plus je sufffoque de ces minutes insoutenables.
J'attends des réponses toute la journée. Finalement plein de gens m'ont répondu, principalement pour m'encourager, me dire que ça ira mieux, ou me dire qu'ils se trouvent dans la même situation. Une vague de deprime m'envahit alors que je sens cette boucle se refermer sur moi.
[[ -Remède rapide : bingewatchons || bingewatch ]]
[[ - Cherchons une réponse à notre problème ailleurs sur internet|ailleursinternet]]Double-click this passage to edit it.Allons nous enfiler du contenu vidéo. Un bon set de film ou une série à bingewatch? Franchement je me materais bien soit un bon Matrix à l'ancienne, voir les trois d'affilé. Ou sinon j'irais bien regarder adventure time.
[[ films ||films ]]
[[ anime || anime ]]doctissimo
se trouve des maladies
[[ J'ai carrement cette maladie|malade]]
[[ tas pas dut otu cete maladie || syndromedoctissimo]]BAM. Gros Matrix dans mon lit avec de la bière et une pizza commandée sur deliveroo. J'avoue ça fait des taches de gras sur ma couette, mais je suis vraiment plus à ça près.
Keanu Reeves est vraiiiment beau. Après le film je commence à fantasmer grave sur sa personne. J'imagine des petits scénar ou je tombe sur lui dans la rue assis sur un banc, en train de pleurer. J'incarne un peu une beauté fatal qui arbore mes traits en vachement mieux. Je viens m'assoir près de lui pour lui demander ce qui vas pas et la c'est le méga coup de foudre. Ensuite je le rends heureux.
...
PFioooouh ça vas vraiment pas moi.
Je me sens sacrément seule.
[[ semorfondre sur le perso ||morfondre]]
[[ mettre fin a laddiction || addiction]]s'acheter une sextoy hentai porn etc
Double-click this passage to edit it.deviens pote avec un bot
puis redescente en mode il a pas de memoire le bot
[[ system phase critique ]]Crise de panique
cherche solutions partout
sur reddit quelqu'un conseille de regarder video de sophrologie
ca l'apaise
reviens vers le gars reddit qui le conseille
the bug inside me : it's never just a mistake, it's what you are, your own private maze, accept it, and love it
stop trying to resist it
[[ reprendre les choses en main |Mains main mains]]Double-click this passage to edit it.sors de l'addiction
pub a coté
[[ faceswapp ]]
[[ 9gag ]]tombe amoureux de son visage swappé
debloque
addicte au scroll and click
explication de ca
se met a debloquersur discord le gars dit " you choose what you want to be"
repense a ses passions artistique. desinstalle ses jeux videos
se met a planifier l'entrainement de ca,
[[productivite]]
emploi du temps musical +
gagner de l'argent en meme temps que creativité passion
se force a faire du sport et a changer ses habitudes alimentaire
pour contrer addiction JV
recherche d'une forme d'indépendance incompatible avec la socialité
[[ faire des logos soutraité |soustraitee]]
[[ argent internet questionnaireetc|questionnaire]]fait des trucs de graphiste mega souspayé
rituel de volonté 9/12/18 + diete
trouvons une diete
[[faire une diete||diete]]
multiplies les hobbies pour pas penser aux JV
se forcer a faire du sport
se forcer a ranger sa maison
comment se sentir mieux chez sois?
reine de notre propreroyaume
loup avec une meute d'objet, taniere
limite animiste
[[technique japonaise vetement|vetment]]resistance de plus en plus tenace
sur school life youtune channel : gentle voice for yourself, quels sont mes points fort ( confiance en sois)
delayed gratification
comment voir le projet pour arriver a l'aborder
projet cette chose entrenous et le monde
[[ focus d'oasis|focusdoasis]]
pense plus aux autres, essaye de deplacer son focus sur l'art et pas sur le love
avoir confiance en sois : choisir une heuristique ( je suis...)
le bonheur c'est choisir ses problemes et les solutionner
leçon internet sur la vie : bonheur est comparaison entre ce que tu attends de la vie et ce qu’elle te donne. Mais il faut faire et agir, posseder ne rend pas heureux.
[[rituel pour plus de confiance ||confianceconfiance]]marie kondo vetement
trouve chaine autodisciple
[[autodisciple|autotototot]]autodisciple sur l'instabilité : rebondissant et maleable. gerer son energie
se dit que du coup super elle fait plein de trucs donc encaisse la variabitlié
se met a bingewatcher autodisciple
se rend compte du mecanisme de gratification de ces vidéos : se sent mieux apres les avoir mater comme si on avancait, alors qu'on ne fais que mater des vidéos et qu'il faut les appliquer
rituel de volonté
[[appliquer les trucs d'autodisciple|autodididid]]internetpompe neurone
se bloque dans une boucle je vais faire ca non je vais faire ca non je vais plutot faire ca
technique de tdah pour se recentrer
sensation d'etre debordé sans pour autant avancer quoique ce soit
journée d'indecision intégral
la vie consiste a salir des trucs et a les nettoyer ensuite
[[deviens fou||foli]]autohypnose le soir pour se faire croique que l'on est quelque chose
reveslucides pour se comprendre
mantra personnel ( voir illustrator)
se planifie des trucs pour etre fort en tout
surexcitation envie de faire tout a la fois
"tout est si interessant!"
comment gerer sa concentration?
[[concentrer||concentreconcentre]]decouverte du flow via video
commence liste infinie de trucs a faire
fait des trucs tres important / tic de stress pouce et cheveux
frustration sur cequ'elle fabrique
[[bouquin sur la resistance||resistance]]la resistance fait usage de rationalisation
le professionnel aime tellement ce qu’il fait qu’il s’y dedie corps et ame
rigueur de timing aussi
la tristesse/douleur, peut etre un moteur
il faut pas confondre ce qui est urgent et ce qui est important : ce qui est important viens en premier. C’est le taf
shut up and work
let the instinct take over
grateful at the end
l’artiste doit etre comme le soldat : il doit apprendre a être misérable
fait le comme si ca se faisait comme ca, comme si c’etait comme ca qu’on est sensé faire
THIS IS WAR !
on est un professionel quand on sait que notre travail ne nous définit pas
on est pas la description de notre job. l’amateur se definit dedans lui, de fait se paralyse de rater
on en maitrise les techniques
on en a un sens de l’humour
on recoit des praises ou des blames dans le monde
du coup on se chauffe " on dormira quand on sera mort !"
[[FOLIE QUI COMMENCE||foliecommmence]]apps de productivité
te font toujours sentir insuffisant, il faut toujours augmenter la creativité
peur de la vie normale, peur de rater sa vie
pense toujours a cette personne qui viendrait nous sauver
[[ tombe malade|malademalade]]
[[demande de l'aide sur discord|discord]]je suis sombre et calme, le monde est froid et insensible
j'ecris tout des bribes de phrases et de methodes comme d'autant de bourées jettés a la mer sous une pluie battante
mes daemons reviennent action without user intercaction
[[ garder le cap||capcapcap]]
[[onoublierais pas l'essentiell||essentiel]]Double-click this passage to edit it.Double-click this passage to edit it.Double-click this passage to edit it.gourou internet
se rend sur le discord depression
-hey do you feel alone?
quelqu'un la reconnait a sa voix sur discord
[[ panique|| panniquepanique]]
[[ paniquepas||paspaniquer]]Double-click this passage to edit it.il se parlent sur facebook
viens la soutenir pour son craquage
se sentais speciale a etre triste, ego fondée sur la tristesse
sensation de depersonnalisation
plonge toi dans le vide
mort de l'ego
trop focus sur le travail
avant tout tu devrais te trouver toi meme
t'ecouter
[[ ecoutons nous|| lapaixinterieur]]a la recherche de la paix interieur
il n'ya que le présent ( selon le gourou)
l'esprit peut se donner de la joie à lui meme
apaiser esprit [[sophrologie]]
isntant present [[ audiobook]]
hypnose par le gars sur youtube
les pensées s'accrochent et se décrochent
[[autohypnose]]esprit fonctionnne mieux dans l'absence d'esprit
qui m'enchaine? je
ensuite [[marcaurele]]Marc aurèle : l’or perd il de sa valeur, l’émeraude de sa beauté, si l’on ne le loue pas, ou si on le critique?
Non : tel est la vrai beauté. Elle n’a besoin de rien d’autre
Que faire sur terre alors ? Le bien commun, et s’appliquer à aimer tout ce qui nous arrive, comme étant parfait, et naturel
Tout ce qui m’arrive a été pensé pour moi. Il n’y as personne au monde qui puisse me forcer à faire autre chose que ce que veut mon génie.
Une âme libre des passions est protégée de toute attaque.
[[microdosing]]parler a son inconscient avant d'aller dormir
lacher prise
se sentir a l'aise avec le fait d'etre different
meditation avecinternet
cherche a se relaxer 12/6 et a se trouver projet bien etre
[[meditationnn]]traverser les mondes via son canapé tuto janvier 2018
[[yoga et meditation]]ouverture de chakra et yoga avec adrienne
yoga lien corps esprit
say something you ike about you : you're brave !
petit bad microdsing[[petitbad]]meditation petit bambou
ce sont de passionnant tourment
bruit de foret
se liberer du passé
se separer de ses souvenirs
peur de non retour : ne suis pas en train de gacher ma vie?
[[enfermerr]]i am really brave? je sors plus de chez moi
i crashed
j’ignore le pourquoi
tout pesait un poid immense
je n’ai point pris de temps seule assez
et maintenant je me trouve éperdue
dans un troublant complexe d’inferiorité
on s’en fou alice !
on fait notre p’tit business
rappelle toi la fromagerie ou laval
c’est cool d’avoir du temps en solo
la vérité c’est que je meure quand etienne me dit
il faut qu’on palabre
je ne suis pas assez à l’ecoute du monde
je ne sais pas trop comment m’en sortir
tout mon corps freine des 4 fers
mais peut etre s’agit seulement d’aujourd’hui
peut etre s’agit il seulement d’aujourd’hui
peut être devrais-je avoir plus de courage
je devrais dessiner et prendre des photos
pour aller mieux
question : quelle genre de vidéo pour
hey
on fait sans juger
on fait sans avoir peur des autres
je fais mes trucs, détachée
je me rappelle aurore qui me disait que j’avais un impact sur les gars fromagers
moi je ne voyais rien
je dois prendre plus conscience de mes capacitées
je marche a la visualisation :
je visualise moi meme en train de faire une chose
connectée à cette chose
il faut rechercher la tranquilité un peu
et faire le jeu du Ok qu’est ce qu’on a fait aujourd’hui ?
on a bien avancé on a fait ci ca blabla
oua okay
toujours le meme jour
etrange bad
comme une perte d’espoir
l’impression de pas pouvoir reussir a etre ce que je veux
ni a faire ce que j’ai envie
de ne pas pouvoir atteindre aucun de mes buts
ni d’etre heureux
d’etre meaningless
putain alice
tout le monde a du sens tout le monde est different
tout le monde est incroyable dans son unicité
et toi pareil, tu es incroyable
tu es belle
dans toute ta difference
savoir c’est pas ce qui definit les gens
c’est leur intuition
ou les choses les menent
j’ai envie de voir etienne :)
se sent pas en vie, eviter mes problemes? je veux retourner a la vie,
i miss love
[[realisation]]enfermer bruit de foret
zen nature? des images qui ressplendissent de ma tete
[[realisation]]aimer c'est etre vulnérable, pour autant, vaudrait il vraiment mieux de ne pas aimer?
est zen maisn'aspas de relation
[[MEGACONCLUSION]] Au matin, j'ai les yeux gonflés. J'aperçois sur mon petit Nokia à l'ancienne, un message de Pierre qui m'attend. Mon cœur se fait lourd dans ma poitrine alors que je découvre les mots qui s'impriment dans mes yeux :
"Je suis désolé pour hier, j'sais pas trop ce que ça veut dire, mais dans tous les cas, j'ai une meuf, te fais pas d'idée."
Wow... C'est si direct. Il ne s'est même pas posé de question. Mon humeur est noire, et le seul oasis que je possède est à présent la source de mon désespoir. Je m'assois dans mon lit et songe à ce que cela signifie pour ma vie qui est toute dérangée à nouveau. Le dos enfoncé contre un oreiller, calé entre mon matelas et le mur, j'organise les couettes pour former un espèce de cocon de chaleur qui me couvre jusqu'au épaules. Je me mets à réfléchir et à analyser, bien que je ne sois pas sûre du caractère bénéfique de cette activité.
Hmm. Il est évident que je me suis trop connectée à lui et de nouveau, déconnectée du monde. À présent je me sens plus seule encore. Il n'est sûrement pas bon de remettre son soutien moral sur une seule personne, et certainement pas sur l'être aimé.
Je crois me souvenir avoir lu dans "Les Sentiments du Prince Charles" de Liv Strömquist (2010) que le soutient moral était avant réglé par la communauté. L'amour est une variable trop incontrôlable. J'envisage alors la dimension profondément stupide que de vouloir fonder une relation stable lorsqu'on ressent des sentiments amoureux, ces derniers étant réputés complètement chaotiques et incohérents dans leurs fluctuations.
Je suis une esclave de mon propre cœur. Je pourchasse aveuglément cette personne, sans rien comprendre, sans penser à moi, comme un chiot courant après sa balle comme si le reste n'existait plus. C'est un rêve de petit enfant, ce prince charmant, ce prince qui viendrait me sortir de ma torpeur, de ma vie de supplice, qui viendrait ravir mon cœur en échange de la joie illimitée, d'embrassades infinies.
[[- Lève toi ! |suite larme]]Je me lève et me traine jusqu'à la salle de bain, regarde mes yeux rouges et noirs dans le miroir, mes larmes qui se mêlent au mascara et mon teint blafard, qui traduisent à la perfection le mal : qui demeure à présent dans mon cœur.
Les larmes me vont si bien, on croirait que j'ai été créée pour souffrir. Cette réflexion me fait rire et pleurer à la fois. À présent toutes mes journées, lieux de festivités, bar, activités, vont être teintés de son absence. Il va falloir qu'on s'évite pendant un temps indéterminé. Ça me fait penser à la phrase du Petit Prince de Saint-Exupéry : "les blés n'ont plus la même couleur depuis que je t'ai rencontré". Des mots si doux pour une blessure encore à vif. Il y a aussi celle-ci : "On est responsable pour toujours des choses que l'on apprivoise". Je me traine à la douche et laisse couler l'eau brulante sur mon front. Je sens la morsure de la dépression me reprendre. C'est comme une faiblesse corporelle intense, une douleur au niveau de la poitrine, une sensation de mort. Comme si le monde m’abandonnait. Je me perds dans des boucles de pensées : personne ne peut m'aimer, je suis perdue pour toujours, seule pour toujours. Je m'assois dans ma douche et sanglote lourdement, laissant échapper les râles rauques d'un animal blessé. Je me perds. Je suis perdue.
[[- Tu dois te bouger ma vieille|il faut agir]]Heureusement que tu es là petite voix.
Je sors de la douche et m'habille en vitesse, n'importe quel horreur qui traine. Le fidèle sweat à capuche noir pour me cacher la tête. Dehors je marche d'un pas vif, le souffle court, haut dans le poitrail. Le ciel est grisâtre comme du ciment frais, duquel larmoie un vent humide et froid qui s'infiltre au travers des mailles de mon t-shirt. Je marche en serrant mes bras contre moi, et des larmes s'échappent à nouveau de mes yeux, se mêlant à celles des nuages. Je me faufile dans les ruelles en direction du fleuve et le vent qui souffle de plus en plus fort tente de me soustraire à la protection de ma capuche .
J'ignore pourquoi, mais j'éprouve de la honte quant au fait que Pierre ne veuille pas de moi. Comme si tout le monde pouvait le voir. Comme si tout le monde pouvait savoir que je suis indigne d'être aimée. J'ai l'impression que ça s'inscrit sur mon visage.
Toute ma confiance en moi s'est évanouie, et je marche en regardant mes pieds, effrayée de croiser un regard. J'ai si honte de tout mon être, de tout mon corps, je voudrais m'enterrer sous terre qu'on ne puisse plus me voir.
Arrivée à l'eau, je prend une bouffée d'air en regardant les remous que provoque cette météo aux allures de tempête. Ma tête se calme tandis que s'exerce cette force inaltérable de la nature. Dans le film "Call me by your name" (de Luca Guadagnino, 2017), le père conclu l'histoire d'amour du jeune garçon par cette phrase que je trouve incroyable : "Right now there's sorrow, pain. Don't kill it and with it the joy you felt." ( Aujourd’hui, tu es triste, et tu souffres. Ne te débarrasse pas de ces sentiments, ils s’en iront avec la joie que tu as ressentie. )
C'est vrai ! Je pourrais me sentir aussi pleine de gratitude d'avoir eu la chance d'avoir fait cette si belle expérience. La chance d'avoir eu cette amitié si spéciale à mes yeux. Les faits sont neutres en réalité, il n'y a que leur interprétation qui est positive ou négative. J'ai réussi d'une certaine façon à vivre une expérience fabuleuse. C'était super, c'était beau, et maintenant c'est fini. Il faut passer à autre chose, il ne faut pas s'attarder sur cette perte. Il faut laisser partir les choses qu'on aime. Je me sens soudain si seule à nouveau. Je regarde passer dans ce tourbillon, des types en gilet jaunes qui ramassent les ordures avec leurs pinces géantes. Leurs visages sans pensée semblent froissés par la brise humide qui s'abat sur leur joues et leur yeux.
J’oublie toujours qu'il y a les gens.
La société nous fait croire que l’on est des consommateurs,
Mais il y a des gens dans les magasins,
et on entre chez eux quand on entre dans le magasin.
Je me dis qu’il y a des jobs vraiment merdiques,
Et des vies faites d’ennui,
C’est moi qui ai choisi ma vie folle,
Faite de rebondissements.
Si Pierre me brise,
Ça fait juste partie de ma vie turbulente et extraordinaire,
Que j’ai troquée contre une vie d’ennui.
Pourquoi voudrions nous le confort quand nous pouvons avoir le monde ?
J'aimerais bien voir des gens pour me changer les idées.
Je retourne à ma piaule, le cœur un chouia pansé.
[[- Je suis avec toi !|ges telephone]]On est samedi. D'habitude c'est Pierre qui s'occupe du programme. Je n'ai aucune idée de ce qu'il se passe sur terre. Je ne suis plus au courant des évènements, je ne sais même pas si il y a des concerts, des soirées où je pourrais être invitée. Sans Facebook, j'ai perdu contact avec toutes ces connaissances que je voyais de temps à autre. Sur mon mini portable, il ne reste que quelques numéros : une dizaine d'amis et ma famille. Depuis que je n'ai plus de smartphone, je me sens plus calme. Les notifications de toutes ces différentes applications étaient comme une matérialisation de mon anxiété, des potentialités de tâches supplémentaires. Le pire, c'était les mails sur le portable. J'avais l'impression de travailler sans avancer, je les lisais dès leur réception, et il se transformaient en un bagage de choses à faire et à penser qui flottaient autour de ma tête. Les réseaux sociaux étaient à gérer permanence afin de s'assurer une image populaire. Il fallait sans cesse s'occuper d'envoyer des petits messages à tout un chacun de temps en temps, souhaiter les anniversaires ... Cela s'accompagnait d'une peur constante de rater un événement, de ne pas être dans la bonne soirée, le bon endroit, le truc "in".. Le "F.O.M.O." quoi..
( FOMO : La peur de rater quelque chose (FoMO, acronyme de l'anglais fear of missing out) est une sorte d'anxiété sociale caractérisée par la peur constante de manquer une nouvelle importante ou un autre événement quelconque donnant une occasion d'interagir socialement. Cette peur est particulièrement nourrie par certains aspects de la technologie moderne, tels les téléphones mobiles et le réseautage social à l'aide de sites tels Facebook et Twitter, où l'utilisateur peut continuellement comparer son profil à celui d'autres utilisateurs. Cf. Wikipédia )
Tout ce stress je le portais comme une valise, et j'avais toujours putain de mal au dos.
Se barrer du réseau, c'est vraiment la décroissance. La libération de l'homme aliéné par la machine. Retrouver une attention plus puissante, une plus grande concentration. Mais même sans réseau, je n'arrive pas encore très bien à réobtenir un caractère plus intuitif à mes décisions. L'idée de "je vais où le vent me mène".
Jusqu'alors c'était facile ! C'était "je vais où va Pierre". Maintenant je suis de nouveau perdue. Je ne sais pas vraiment où aller. Les espaces deviennent soudainement tous inaccessibles... c'est comme si j'ignorais où ils étaient.. et que quand bien même, je ne pourrais pas y entrer.. comme si j'étais désinvitée pour toujours. Je suis hors du système... Et pourtant, j'ai encore mal au dos.
[[ - Va voir le chiropracteur||chiropract]]
[[ - Appelle Laura||lauralaura]]
[[ - Appelle Macha||macha]]Je prends rendez-vous avec un chiropracteur par téléphone. Pierre m'en avait parlé un jour, comme d'un faiseur de miracles, qui aurait la capacité de comprendre les gens au travers d'une lecture de leur corps, pratique qui me paraît pour le moins ésotérique. Voilà une bonne expérience qui correspond à mon nouveau mode de vie "ciao-le-numérique-bonjour-le-quinoa". Au téléphone, le mec me propose une place qui s'est libérée pour 17h.
Je m'y rend en bike, à 10 minutes de chez moi. Dans la salle d'attente le chiropracteur débarque, un mec d'apparence assez jeune, look d'intello studieux fraichement débarqué. Derrière ses grosses bésicles, j'ai l'impression qu'il me sonde de haut en bas. Il m'invite à rentrer dans le cabinet, mon corps est sur ses gardes. À son bureau il me pose des questions très précises pendant 30 minutes, sur ma vie sexuelle, sur ma consommation de drogue, sur mes antécédents médicaux. Puis, quand je me suis livrée totalement à lui, il me fait allonger sur la table, sur le dos, et pose ses mains sous ma nuque. S'ensuit la séance, rythmée par une succession d'étranges positions, de pression sur des points étonnamment douloureux, de déplacement d'organes et autres manipulations corporelle fascinantes. Il me fait ensuite tourner sur le ventre pour ausculter ma colonne vertébrale. Là dessus il s'exprime :
//- Tu as certains points de la colonne très sollicités, écrasés. Dans la médecine chinoise ce sont les points de la tristesse, et du jugement.//
Il me demande de me relever, et je constate que des flots de larmes roulent sur mes joues. Je les essuie avec hâte sans comprendre. Il me dit qu'il a pu tout régler dans mon corps, et que je n'ai pas de problème de dos. En effet, je porterais un fardeau imaginaire. À ces paroles, mes yeux redoublent de liquide lacrymal. Cependant le chiropracteur n'a pas l'air étonné. Ses yeux sont pleins de compassion. Il m'indique une psychologue à consulter si je le désire. Il m'explique que la séance que l'on vient de pratiquer, draine beaucoup d’énergie émotionnelle et physique, et qu'il se peut que je me sente déprimée et molle pendant quelques jours. Je pars en titubant tandis qu'il m'observe comme l'étrange créature blessée que je suis. Sur le chemin, je marche à côté de mon vélo. Mes illusions se défont tandis que j'aperçois clairement ce qui me pourrit l'existence : cet égo négatif, ma peur terrible du rejet, ma profonde solitude, les traumas que me réveille Pierre. J'ai essayer de me contrôler, de m'empêcher d'être triste, de m'empêcher d'aimer, de dire ce que je ressens. Tout cela est vain, ce qui ne sort pas, s'inscrit comme un mal dans mon corps, et vient me hanter de l'intérieur. Je comprends aussi que ma vie sur le net m'a beaucoup attachée aux apparences. Je me sens trop honteuse d'aimer quelqu'un qui ne m'aime pas. Mais pourquoi aurais-je honte d'aimer ? Le net me fait anticiper sur le monde ? Me tiens cloîtrée chez moi, à mon point A, dans l'attente que se dessine un but, un point B, pour me décider à aller dehors. comme s'il fallait une bonne raison. Je pense à ce film d'Agnès Varda, La vagabonde. J'aimerais être plus comme ce personnage à présent. Moins me soucier de ce que peuvent bien penser les autres, me sentir dehors comme à la maison. Que le monde soit ma maison.
[[- Ça marche pas mal ce chiropracteur ||videmental]]Laura pleine d'énergie :
//- Heyyyyy toi ça va???? Écoutes, Samia organise un barbecue ce soir, y aura pleiiiin de monde. Y a petit event Facebook, je sais que t'es plus dessus, mais autrement c'est sur que t'es invitée ! On se rejoint là bas ? C'est à 21h!//
Moi:
//- C'est où?//
Elle:
//- Alors tu prends le métro jusqu'au terminus, tu sais comme à la soirée de la dernière fois ? Et en sortant du métro tu prends à gauche et tu marches jusqu'à ce que tu vois une maison rose avec un portail vert clair, c'est à environ 10 minutes à pied. Y aura du bruit de toute manière. Ramènes un truc à boire !//
J'aime bien la façon qu'ont les gens de me donner des rendez-vous précis, et m'expliquent avec tant d'images où aller. Ça me fait visualiser les choses, qui s'inscrivent petit à petit comme une carte de la ville plus précise dans mon esprit. La journée passe tandis que je rumine dans mon lit, tantôt à dévorer un livre, tantôt à somnoler.
À 19h, je m'apprête un peu, au prix d'efforts effroyables, et je PÈSE MES MOTS, puisque mon intérieur est lourd comme une bloc de granite, que je dois à présent inévitablement porter jusqu'à ce que le temps l'effrite. Je file acheter une bouteille de vin rouge au casino à côté, en pensant à bien saluer le vendeur, bien qu'il me coûte également de sourire et d'user de politesse. Je prends le métro et suit le chemin comme il m'a été indiqué. Je marche de pâté de maison en pâté de maison, et cette balade en début de nuit me rassérène un peu. Arrivée à une maison dont le profil semble correspondre à celui décrit, je m'arrête. Il n'y a pas de lumière, et seul un sourd bruit de route lointain viens s'ajouter au silence.
Il est 21h15. J'appelle Laura. Elle s'excuse et m'annonce que Samia a annulé. Bien sur tout le monde est prévenu sur l’event, mais moi, non. Elle me dit que tout le monde s'est retrouvé du coup à un bar qui s'appelle l'Estanco. J'ignore où il se situe, mais je reprends direct le métro en direction du centre. Arrivée au centre, j'interpelle une première personne dans la rue, qui ne connait aucun bar de ce nom, s'excuse et s'échappe.
La deuxième personne que je rencontre est tout à fait serviable, et sort son smartphone pour me trouver mon chemin. J'arrive finalement à trouver le bar, encastré dans un coin d'une place rempli d'un peuple animé et fanfaron.
[[ -Allons à la soirée|soirbarrrr]]Au téléphone, Macha m'annonce qu'elle est un peu fatiguée, et souhaite plutôt ce soir se reposer tranquille chez elle, à mater un film. Cela dit elle me propose de me convier à leur "diner du dimanche". Un rituel post-week-end pour apaiser les secousses des fêtes et commencer une semaine en douceur. À imaginer Macha apprécier sa solitude relaxante, je me sens capable moi aussi de m'en octroyer une. Je n'ai point besoin d'aller secouer le monde extérieur de ma peine, je peux bien me calmer avec une tisane, de la musique et un livre. J'accepte l'invitation de Macha.
Je passe la journée dans un recueillement intérieur, je pars m'aérer la tête quelque peu à la tombée de la nuit, balade ou mes pieds m’emmènent finalement jusqu'au casino du coin pour m'acheter un paquet de chips. Je m'en retourne chez moi, la tristesse me fatigue énormément, aussi je n'ai aucun mal à m'endormir le dit paquet à la main devant un épisode de Twin Peaks.
Le dimanche se déroule à peu près sous les mêmes hospices, la vie défile comme ombragée par un nuage qui ternie les couleurs et dérègle le temps.
À l'heure dite je me rend chez Macha avec une bouteille de bière belge. Son appartement un peu en extérieur du centre ville, je prends mon vélo pour m'y rendre, et il fait déjà nuit. Les rues le dimanche soir sont tout à fait désertes, seuls quelques kebab animés révèlent la présence de la vie. Je gare mon vélo dans son lampadaire et grimpe au deuxième étage, ou je suis accueillie par Macha, Zoé, et Chloé, la colloc de Macha. Le salon est d'une grande douceur, un canapé au couleur feutrées et quelques chaises en bois disposées autour d'une table basse, qui n'est autre qu'un chassis de métal léger soutenant un morceau de bois qui s'apparentrait à une tranche d'un tronc. Contre un mur, une étagère du même style est remplie de livre, et de plantes grasses. Au mur adjacent une platine vinyle sur laquelle tourne un pink floyd. Le salon donne directement sur la cuisine dans laquelle s'affaire Macha, les autres comparses se prélassent au salon, visiblement un peu éreintés de folies de la veille. Sur la table de bois trônent quelques verres de vin et des frometons entamés, des tranches de pains et des pâtés de différentes couleurs. Je suis invitée à m'en sustenter. Automatiquement je me sens prise par la chaleur de cet accueil et de ce logis, qui ravive en moi comme un sentiment de douceur, de protection. Je me sens à vrai dire, un peu consolée. Macha nous concocte un genre de rotîs de pomme de terre, autant dire que la dernière fois que la nourriture m'a autant cajolée c'était chez mes parents. Je connais pas trop Zoé et Chloé mais la glace se rompt rapidement puisque le cadre est parfait pour révéler nos blessures et vulnérabilités qui nous habitent. Si Chloé parle de ses écueils de la veille, Zoé de sa séparation avec son amoureux de longue date, je me livre également sur Pierre. L'apéro se termine et on commence le plat principal qui sort du four. À ce moment là, les discussions divergent. On commence à parler du capitalisme. Zoé parle du capitalisme comme une ??imagologie, selon Slavoj Zizek. On se dit que le capitalisme est une imagologie transmetteuse de désirs contradictoires qu'elle arrive à présenter comme étant possible. Par exemple le progrès sur la technologie de l'internet ne sait pas si elle veut être mobile ou immobile. Avec le wifi haut débit, rester chez soi et accéder à tout, mais avec les forfaits, aller loin et partout et rester connecté à tout le monde et à ici. La pub subway fait un truc du style “affirmez votre personnalité en choisissant vos ingrédients et réaliser un sandwich à votre image”
Nan pas vraiment, mais c’est ce qu’elle dit : subway propose une chaine qui permet aux clients de faire de nombreux choix pour la confection de leur sandwich -> le choix -> la liberté -> l’affirmation de sa personnalité -> son individualité transcendée.
En fait elle s’oppose finement à macdonald :
Macdonald se présente comme “ouvert à tout le monde” : il valorise la différence, mais en lui affirmant qu’elle fait partie d’un groupe où elle est accueillie à bras ouverts, l’accueillant dans un tout, dans une unicité. De même il n'y a pas beaucoup de choix, c’est des menus uniques : sandwich, frites et coca. Subway s’oppose peut être même volontairement à macdo de cette manière là.
Macdo = Toute le monde est pareil dans la joie.
Subway = tout le monde est différent dans la joie.
Cette conversation aux allures philosophiques du dimanche soir me fait un bien fou. Au creux de ce cocon les affres que me provoque la pensée de Pierre semblent bien éloignés. Je songe que je peux passer à autre chose, avec ces gens si doux avec moi. Macha propose ce rituel du dimanche, ad vitam eternam. Je songe que c'est parfait pour un quidam sans technologie comme moi, d'avoir un rendez vous régulier. Ça me sauve, littéralement.
Pourrais-je arriver à vivre sans avoir des objets de désir? Des gens que je pourchasse ? Aurais-je vécu ma vie en tentant de devenir le serviteur de quelqu'un plutôt que moi même?
Et maintenant je décide de ne plus trop réfléchir. D’être dans l’instant T comme le sont les hommes. D’apprécier les plaisirs sans me demander d’où ils proviennent. De suivre mon palpitant qui veut jouer et conquérir, se relaxer, ou s’extasier, selon l’instant, sans qu’importe le passé le futur, ces chimères intangibles auxquelles on accorde bien trop d’importance, et qui en réalité sont des fictions inutiles et malsaines, auxquelles s’accroche passionnellement le cerveau, à la recherche vaine et éternelle de son identité.
[[- Repose toi maintenant ||destin fameux]] Arrivée au bar il est 23h et tout le monde est déjà ivre. Les gens me saluent avec jovialité, mais je me sens tout à fait hors du monde. J'ai peur de boire et de penser à trucmuche, donc je ne commande rien mais accepte ce bédo qui tourne de paluche en paluche sur la terrasse. Son parfum que j'inspire m'apaise et mes paupières deviennent tout à coup très lourdes. J'essaye péniblement de garder les yeux ouverts, et je me sens de plus en plus décalée.
Finalement, je décide de m'en aller. Ça n'a vraiment plus de sens pour moi de rester ici. Je m'extirpe du bar en douce et pour rentrer à patte. Je file le long des ruelles aux pavés encore luisants d'humidité bien que la pluie ait cessé. Les lumières des lampadaires font briller le macadam dans des teintes rougeoyantes. Dans une allée plus grande, un type marche dans ma direction avec un kebab fumant que j'hume allégrement. La fringale me fait lâcher un gémissement de satisfaction olfactive. Le gus s'arrête à ma hauteur, m'observe, et me dit :
//- Tu veux un kebab ? //
Je le scrute avec étonnement.
//- ...Parce que j'en ai acheté un pour mon pote mais c'est sur qu'il est en train de dormir donc ça sert à rien, il va être froid.
- Euh.. Bah OUAIS GRAVE !//
Le généreux inconnu me file le sachet en souriant et s'en va sans rien demander en échange. Bête de cool ce type. Mon encéphale se met à cogiter tandis que je me pose sur un banc au milieu de la grande allée, dans la pénombre, pour apprécier ce "diner-don-du-ciel". Il fait un peu frais mais je suis emmitouflée dans ce sweat si doux, et la pitance me réchauffe à présent l’intérieur du corps. Il doit être 1h du matin. Je mâche avec douceur chaque bouchée, ça me fait un peu pleurer. Un autre mec passe dans la rue et change de direction en m’apercevant. Illico j'ai peur de me faire embêter. Il s'approche davantage et la lumière du lampadaire révèle un mec à la peau noir qui porte une chemise aux motifs africains, et les cheveux tressés qui lui retombe sur le visage. Arrivé à ma hauteur, il me sourit, et sans s'arrêter, il me dit
//- Faut pas pleurer... Toutes les femmes sont irrésistibles.//
Puis il trace sa route en se parlant à lui même des trucs inaudibles sur les femmes et psalmodiant quelques mélopées.
Je suis totalement sonnée. Le monde prend un tournant un peu magique. Je finis mon kebab en continuant à rêvasser. Peut être qu’auparavant, je n'étais pas assez ouverte, je n'accueillais pas assez les gens. En les regardant, en étant attentive, je les laisse entrer dans ma vie, et il se passe des choses. Je m'ouvre à l'inconnu, à l'impromptu, à l'inattendu. Au hasard, à la contingence des rencontres. Je reprends ma route et tombe sur un duo de types hilares qui rentrent visiblement de soirée. J'ose les observer sans détourner mon regard. L'un d'entre eux me voit alors et souris. Puis il me lance : "et toi, c'est quoi ton doigt préféré?".
C'est quoi ce marbré ! Je m'arrête pour réfléchir. Puis je réponds
//- Mon pouce ! //
Les deux compères se fendent la poire, me souhaitent la bonne nuit et s'en vont. Je trouve l'existence soudainement diablement amusante. J'arrive chez moi sans plus de nouvelles rencontres. Arrivée chez moi je me rends compte que la défonce causé par le joint s'est apaisé, mais que pendant qu'agissait ce dernier comme un puissant ombrage sur ma lucidité, j'ai égaré mon téléphone.
Mon dernier objet de contact aux autres !
Malgré ça, je ne suis pas triste. Pour la première fois, je me sens soudain beaucoup moins seule.
[[- Dors ma vieille ||destin fameux]]Aujourd'hui, je me réveille et le soleil est un jeune oiseau qui par des effets de reflets et textures pénètre par petits éclats dans mon logis. Les fenêtres ouvertes, j'entends mes voisins du dessus affairés à cuire quelques mets sur une poêle, les crépitements de l'huile se mélangent au bruit régulier d'une douche de l'appartement d'en face. Des fois, je suis pleine d'espoir en me couchant, puis je me réveille le matin comme anéantie, sortant d'une sensation d'optimisme retrouvé qui n'était rien de plus qu'un rêve. Ce matin certes, l'espoir n'est pas non plus de la partie, mais mes pensées sont plus calmes, et je m'emploie à chasser celles plus négatives. Je décide de partir illico hors de chez moi, pour tenter d'apprécier l'existence telle qu'elle est et profiter de la météo favorable. Il est assez tôt encore, et c'est parfait parce qu'une brise douce traverse mon tshirt, et quelques rayons viennent caresser mon front. Cette fois-ci, je choisis de me laisse guider par les ruelles, au gré d'envies furtives, de curiosités passagères pour les architectures, pour un objet mystérieux trainant là, pour les couleur des murs et des pavés. Je fais très attention au cours de cette balade de ne pas laisser entrer en moi des réflexions qui pourraient me plomber. Je me concentre sur les sensations de mon corps, le vent, la chaleur mais aussi l'émotion que me suscite les paysages, ou la trace que laisse le regard d'un passant dans mon ventre. Je passe à travers un parc. Je comprends petit à petit que je pourrais vivre comme ça : à me laisser guider par cette espèce d'intuition. De même, je pourrais suivre cette même intuition pour aller à la rencontre des autres. Me faire confiance et d'une certaine façon, restée persuadée que j'irais toujours à l'endroit ou je suis sensée aller. À la fin du parc il y a une petite brocante. Un livre sur la table d'une vielle dame attire mon attention. Il est intitulé "Le pouvoir de l'instant présent" d'Eckhart Tolle. Je l'achète et continue ma route, qui reviens sur des ruelles. Une rue plus tard je tombe sur un glacier. Les différentes saveurs présentées sont comme autant de couleur sur une palette derrière la vitrine. La jeune femme blonde qui vend les glaces porte des chandails à l'emblème de la boutique. Elle est toute souriante et manie à la perfection la cuillère toute ronde qui lui sert à faire les boules. Hmmm ... J'ai envie d'une glace. Je me mets dans la petit file d'attente qui se déploie devant. Je ressens l'envie pressente de me connecter aux individus du monde. Le mec devant moi croise mon regard, sans doute ayant sentit mon arrivée dans son dos. J'en profite pour lui demander :
- Hmm.. Vous allez prendre quoi, vous?
L'inconnu me regarde un peu éberlué, c'est un mec de genre 40 ans. Pas sûr. Mais bon, il est quand même en train de s'acheter une glace tout seul. Comme moi. Il sourit et me répond :
- Ils font ici les meilleurs glaces à la noix de coco ! Ça me rappelle mon séjour en Guadeloupe !
- Oh vous me les conseillez alors?
Il réfléchit.
- Oui.. Si vous aimez la noix de coco bien sûr.
Je lui sourit. Il prend sa glace et s'en va avec un sourire en me souhaitant bonne journée. Je prends à mon tour une glace à la noix de coco et continue ma balade, en agitant ma langue de temps à autre. Cette petite bribe de discussion m'a mise en joie. En fait pour faire des bonnes balades il ne faut s'attendre à rien, ne rien chercher. On ne peut pas planifier les surprises, et c'est ce qui en fait tout leur sel. On ne peut pas non plus espérer des surprises, sinon on en sera déçu. Si l'on a une idée vague d'objectif, nous ratons sur le chemin quelques trésors discrets. Il faut trouver un certain aspect naturel, cependant on ne peut se forcer à être naturel. C'est un exercice de l'esprit. Et à parler aux inconnus on se sent moins seul. Il font partie de la vie, ce sont mes grands camarades humains. Quand je mourrai la plupart mourront aussi. C'est ma grande communauté, que je rencontre petit à petit. Je me mets à sourire et à souhaiter la bonne journée aux gens que je rencontre. Des fois on me retourne mon sourire, avec douceur ou étonnement. Parfois ils ne semblent pas comprendre, et leur regard s'enfuit. Je songe que le sourire a un grand pouvoir. Ma promenade me mène à un banc, ou j'y pose mon séant avec délectation. Il fait plus tiède à présent, les piafs gazouillent à tire-larigot. Le moment est idéal pour feuilleter le livre de la brocante.
Une notion me touche beaucoup. Eckhart Tolle considère que nous ne sommes pas le "penseur", c'est à dire nous ne sommes pas les pensées qui nous traverse la tête, mais l'observateur silencieux, celui qui prend conscience de ces pensées d'un œil attentif et bienveillant. J'arrête ici ma lecture pour me laisser envahir par cette idée libératrice en reprenant ma route. Ma balade m'emmène ensuite jusqu'à un petit kiosque chinois, et c'est pratiquement midi, donc j'accepte ce hasard parfait. Je vais au comptoir et commande un bo-bun, c'est une salade thaïlandaise avec des morceaux de nems. Je me retourne avec mes petits plats dans les mains pour trouver une place. Devant le kiosque il y a quelques tablées toute comblées de gens qui semblent se connaitre, échangent et discutent dans leur petit cocon bien à eux. Moi je suis comme un être esseulé et en même temps prête à épouser toute conversation, prête à me jeter à corps perdu dans toute rencontre. Un peu fébrile de cette pensée, je vais m'assoir à la table d'un travailleur qui mange tout seul. Ses yeux étonnés me sondent et je brise la glace d'un :
//- Eh tu manges quoi?//
Il avale et me répond
//- C'est du poulet à l'ananas avec du riz cantonais".//
Je souris .
c'est mon plat pref ! Je m'assois avec vous ça vous dérange?
Il sourit et me réponds qu'il n'y a pas de problèmes. On papote de temps en temps, mais j'aime d'autant plus les instants de vide entre les mots. Il me raconte un peu son histoire. Ma tête s'en va dans quelques pensées sur ces bribes de gens, ces morceaux d'histoire que je reçois :
Peut-être que notre manque social qui se creuse et s’amplifie, est un manque d’histoire. Avant les gens décrivaient leur voyages, contaient les chemins empruntés, dépeignaient les environs, narraient les péripéties, pour en donner la plus splendide des représentations, la plus fascinante des histoires à son interlocuteur avide de nourriture pour l’esprit. Des mots qui résonnent dans sa tête débute le processus satisfaisant de l'imagination. Aujourd’hui on nous gave de fiction racontée de meilleur façon, ou plutôt, livré à nous sans effort et avec séduction : les photos sur facebook, les films, les livres, les séries TV, les news, les journaux télévisés. Tout est en HD, le flot d'infos se déverse sur nous, n'épargnant aucun détail, ne laissant plus aucune place au doute, à l'imagination. Tant et si bien qu’on ne souhaite plus en parler, ou bien, on nous l’interdit, de peur d’en gâcher l’effet de surprise (spoiler alert!). La fiction racontée, et qu’on raconte, semble pourtant nécessaire à l’homme.
La fiction est toute chose. Elle est la réalité même, et autant elle est là ou l’on s’échappe d’elle.
Mon repas finit je m'éloigne de l'homme en le saluant chaudement. Je ne pense à rien et observe le monde comme si il venait de naitre à nouveau.
Vers 15h, sur la fenêtre d'un immeuble est accrochée une toile d’araignée qui forme un voile translucide et ondulé. Une fine brise que l’on ne peut sentir la fait se tordre dans tout les sens, telles des vagues sur la surface d’un lac agité par le vent.
16h48, direction le centre ville, la pluie se met à tomber. Les gouttes d'eau tachètent?? le sol comme la fourrure d’un jeune chien.
20h23, mes pieds m’emmènent au bar. Les lampadaires étalent sur le sol mon ombre, démultipliée. Elle s'étale, svelte et élancée, rougeoyante sur le macadam.
Au bar, je commande un Gin, je deviens observatrice de la nuit. Le peuple danse, s’enivre et je trouve ça beau. Je me pose sur le comptoir et laisse couler le temps avec délice. Le barman m'aime bien et va passer son temps libre à me faire des blagues. Un autre homme enjaillé commande à coté. Sa commande arrivée, il se retourne vers moi et me dit avec un fort accent jamaïcain:
//- Tu sèmes ce que tu sèmes. Mais si tu sèmes pas c'est ton problème!//
Puis il s'en vas. Un concert de jazz manouche se met en place, et la chaleur de la pièce fait perler des gouttes de sueur sur les front des gens-sourires.
Le barman me relate une histoire dans l'oreille. Il s'appelle Thomas. Il me dit qu'un jour il étais super triste, il partait au travail avec le cœur super lourd, vraiment dur. Sur son chemin, dans la rue, il y avait un homme qui tenait un petit morceau de papier, le bras tendu devant lui, fixant le vide. L'homme est tout à fait immobile. Thomas l'observe, puis intrigué, il prend le morceau de papier. L'homme se met à bouger alors, le remercie et s'en va. Thomas demeure là pendant un instant, tout confus. Sur le petit morceau de papier, il y avait un passage de la bible.
//- C'était écrit quoi exactement?
- Franchement, je sais plus. Mais ce qui est important, c'est qu'après j'ai pleuré. Et je me sentais vachement mieux après.//
Il m'offre un dernier shot et je rentre chez moi.
Vers minuit, il fait nuit, les pavés mouillés du capitole reflètent les lumières des lampadaires et des bars animés. Au centre de la place, tout au milieu, un garçon avec une casquette et des rollers à 4 roues tourne sur lui même dans une boucle parfaite. Pour continuer à tourner perpétuellement il fait de grands gestes avec ses bras, vers le haut. On dirait une danse.
Minuit 20, je suis dans mon lit, je ne pense à rien. Sur le plafond, le bois forme des dessins.
[[- La vie peut être douce|autresoireefamily]]Je rentre chez moi dans cet état de vacillement spirituel et corporel. Arrivée dans ma grotte, je m'assois sur mon lit et laisse errer mes pensées, tandis que mes larmes sèchent sur mes joues.
J’avais ces rêves enfantins si fort,
Dont les images me restaient depuis si longtemps,
Plus que la réalité autour.
À chaque fois c’était pareil,
Les gens disparaissaient
Comme des fantômes.
Ils devenaient translucides, puis plus rien.
Des fois, c’était juste quand j’avais le dos tourné.
Au détour d’une porte,
Je criais : “attendez !”
Mais trop tard.
Il n'y avait plus personne.
Il faisait très sombre.
Je me retrouvais parfois dans le couloir de l’appartement.
J’avais terriblement peur.
Il n'y avait plus personne.
Pourquoi avais-je si peur ?
Quand je me réveillai, j’appelai tout le temps maman.
Maman était elle partie un jour?
Peu importe. Je suis fatiguée. Je suis perdue. Je grignote frénétiquement des trucs qui me passent sous la main, cachée sous mes couvertures. J’ai peur. J’ai incroyablement peur. De quoi? Je l’ignore.
De mon cœur qui va se briser. De ces choses que je DOIS faire, et qui me paralyse. Oui j’ai peur car je DOIS, et je ne peux faire quand je DOIS. Je fais bien mieux quand je VEUX. Or, je ne veux point. Je ne sais plus. Je ne veux rien là. Enfin si, je veux partir. Je veux aller au creux d’un lit de montagne, et dormir jusqu’à ce que la neige tombe. Je veux me réveiller avec les sons cristallins d’un vent matinal rempli de givre, et les pas feutrés d’un animal trottinant dans la neige tendre et fraîche. Je veux traverser la montagne alors que les nuages blancs préparent doucement leur voyage, et m'envoler au moment ou le soleil éclair d’une lumière impeccable des champs de poudre immaculée.
Je veux dormir des siècles durant, et ne rien manger.
Je veux sentir au plus profond, un calme ininterrompu, que le monde entier soit un espace à découvrir, ou rien ne m’atteint, sinon l’extase, sinon le bonheur, sinon l’amour lorsqu’il est pur.
[[- Il faut que tu dormes meuf |destin fameux]] Je me réveille à 16h le lendemain, comme si je n'avais pas dormi depuis des années. Je prends mon temps pour me réveiller, sans porter plus d’intérêt que cela à ce que l'heure pourrait bien indiquer de l'existence qu'il faille vivre. Vers 18h je suis dehors, prêt à renouveler l'expérience de l'errance. Je me dirige alors vers la rivière dont j'apprécie toujours les propriétés apaisantes.
À peine arrivée sur le pont je tombe sur une troupe d'anciens camarades à moi qui commence l'apéro. Ils m'alpaguent jouassement??, aussi je suis contente, mais je tiens ma présence intérieure : les événements ne se déroulent jamais tout le temps de façon aussi chanceuse. Je peux me sentir bien même quand je ne croise personne. J'essaye de m'en convaincre en ralentissant le rythme intérieur.
Les quidams saucés me chauffent et je me joins à leur soirée.
Laisse-toi porter.... Laisse toi porter...
Je me répète ce mantra pour m'apaiser. Il s'agit de s'enfiler quelque canettes jusqu'au couché du soleil, pour ensuite se rendre à une soirée cachée dans un hangar dans les abords de la ville. Nous sommes un groupe de 5 lurons, Lucas, Ilyess, Zoé, Victor et moi. Victor me tends une canette de Goudale. Le peu de nourriture que j'ai ingérée ces jours ci m'amène à leur niveau d’ébriété en un rien de temps. Le soleil avant de s'écraser sur l'horizon, se fond avec quelques filaments de nuages, ainsi le ciel devient rose et l'eau de la rivière l'imite tandis que nos rires se dispersent dans la douceur du vent.
La nuit maintenant a pris possession des espaces. On se met en route en sautillant gaiement, direction la soirée secrète. On prends le métro jusqu'au bout de la ligne, en s'abreuvant de manière continuelle de canettes de 1664. Dans la rame on serine quelques vers de Damso pour accompagner l'enceinte qui en joue un morceau.
" La vie ne fait que soixante années
Pour profiter, il faut pécher
Donc on hésite puis on s'fait chier
Donc on médite pour exister
Donc on s'évite pour s'retrouver
Après faut juste s'laisser aller" Damso, 60 années, Lithopédion
Au dernier arrêt on marche longuement le long de grandes routes sans âme qui vive?? en suivant précautionneusement la carte qu'a reçue Lucas sur son téléphone. On arrive dans une zone industrielle, où déjà on remarque la présence d'une petite population, qui afflue vers un hangar précis, et quelques fréquences de basse se logent dans nos oreilles.
On rentre à l'intérieur, et déjà je reconnais autour de moi plein de faciès que je n'avais point vus depuis longtemps. Ceci me rend tout à fait ragaillardie. À l'intérieur, l'ambiance est peu lumineuse, on ne distingue pas un visage au delà de deux mètres. Les seuls spots sont près du Dj booth, et font se découper les silhouettes des danseurs environnants sur les murs. Pourtant au fur et à mesure que je m'approche, je me rend compte que je connais plein de gens ici. Je suis toute joyeuse et je quitte mon groupe pour aller gambader et saluer à droite à gauche. Je danse avec ceux-ci, j'échange du breuvage avec ceux-là. J'accepte du poppers de ces potes là, j'enlace ceux que je n'ai pas vu depuis longtemps. Je me transforme en joyeux électron libre. C'est incroyable, je connais tout le monde ici! Je ne ressens pas de la fierté, ou un truc sale de popularité. Je ressens comme une sensation familiale. Je me sens avec les miens, comme une fête de famille, avec des frères, et des cousins éloignés. Et mon rôle semblait en vaquant à gauche à droite pour rencontrer des gens, de créer, préserver, soigner les liens de ma grande famille. Effacer les regards dédaigneux issus de la prudence, ou de blessures anciennes que l’on conserve comme des vérités.
Le sourire, l’alcool et la danse, comme la terre dans laquelle on pétri l’amour.
Après une danse sacrément acharnée sur un dancefloor aux accents de house et de jungle, je pars faire une pause à l’extérieur. Je retombe sur Lucas. On tchatche en clopant des horreurs roulées avec son fond de tabac, assis sous un lampadaire à même le trottoir. Il me parle du concept d’honnêteté radicale. C'est un concept qui parle du fait que ce qui n'est pas dit reste à l'intérieur de toi, et se porte comme une charge mentale qui t'épuise. Il explique qu'il ne s'agit pas non plus de toujours dire la vérité, style à dire aux gens que tu trouves laids qu'ils sont laids. En revanche c'est pouvoir dire effectivement franchement ton opinion quand on te le demande d'une part : - Cette robe me va t-elle bien? Non, l'autre te va bien mieux, la couleur va pas avec ta peau.
D'autre part c'est aussi se délivrer de certains secrets qui te pèsent, quitte à perdre des amis, c'est en cela que c'est " honneteté radicale".
- Mec c'est moi qui ai pété ta gameboy. J'osais pas te le dire parce qu'après tu m'aurais jamais reparler. Et je t'aime bien.
Pendant qu'on discute un autre quidam se ramène. Il viens se caler à coté de nous, en tailleur sur le sol. Il s'appelle Titus. Il est hyper familier avec nous. La discussion de l’honnêteté nous ayant déjà poussé dans une énergie de confiance et exposition de soi, on en viens soudainement aux sujets familiaux. Titus me parle de sa maman qui est morte, qu'il n'a jamais eu de papa et du fait qu'il est parti seul en Australie. Il a osé parce qu'il n'a disait-il "plus de pilier, plus de port d'attache". Là bas il osait, et ça marchait. Il se présentait à différents endroits, pour chercher du travail. Quand on lui demandait si il savait faire il répondait " No, but i really want to do it !" Et hop on l'embauchait.
"Là bas les gens ils aiment quand t'as envie" il dit. Il racontait son périple, allant de chance en chance.
J'aime beaucoup son histoire, elle se dessine dans ma tête comme une clarification de ce que j'essaie d'atteindre et que je n'arrive pas à cerner ni à exprimer. Il semble même que j'étais destinée à rencontrer, cet homme, pour qu'il me dise cela. Que l'univers m'avait mené à lui pour que je puisse y voir plus clair.
Je lui parle ensuite de mes problèmes. Je raconte qu'actuellement mes parents divorcent et vendent la grande maison familiale, que j’avais longtemps considérer comme mon port d’attache, ma ressourcerie ultime, mon oasis. Ma famille, pour qui j’avais eu le fervent espoir si long si fort de les rassembler, s’anéantissait.
Au départ cela m’a assené une grande gifle, cela m'a mise à terre, disais-je. Mais au fur et à mesure, j’étais en train de me rendre compte que cela me libérait. Que j’allais pouvoir être libre. Que longtemps cette famille m’avait harnaché. Non en fait, je m'étais surement emprisonnée moi même, à tenter de les sauver. Mais peut être allais-je enfin pouvoir me défaire de mes fers, pouvoir m’envoler. Ne plus penser à eux. Ne plus les considérer dans mes calculs. M’éloigner de toutes ces choses toxiques.
Je ne savais pas avant qu’on embarque sur ce sujet, je ne savais pas que ma bouche allait dire tout cela, je ne savais pas que ma pensée avait évoluée de la sorte.
Je pense à l’Australie.
Je pense à ces piliers auxquels je m'étais rattachée jusqu'alors, je pense à vivre sans pilier, je songe à être libre.
[[- Prends du recul ||detachonsnous]]Le lendemain ma décision est prise.
Je décide de me considérer plus détachée de mes obligations, que je me suis au final fixées moi-même, de prendre plus du recul, rencontrer les gens autrement au lieu de s'en tenir à ces limites entravantes que sûrement j'ai établi inconsciemment. Selon le livre d'Eckhart Tolle, toute rencontre a vocation à me faire grandir, non pas à me rendre heureuse.
Il est temps de se motiver. Une nouvelle manière de rencontrer les autres ce serait par exemple trouver un petit job de service. J'ai évité de travailler pour me concentrer sur mon mal de vivre, mais peut être que cela me ferait du bien. Le job idéal pour voir des gens de mon âge c'est peut être serveuse dans un bar.
Je vais aller déposer mon CV ce soir chez Thomas le Barman. Je me cale dans mon sofa dans une tenue confortable, un thé brûlant à portée de main, et je commence un nouveau livre que maman m'a envoyé par la poste. Les dieux voyagent toujours incognito de Laurent Gounelle. C'est un mec qui n'a pas confiance en lui et qui, dans un baisse de moral ultime, tente de se suicider du haut de la tour Effeil. Un vieil homme apparait comme par enchantement pour venir l'en empêcher. Il se présente à lui comme étant Dieu ayant pris forme humaine et propose de l'aider à lui donner confiance en la vie. Il lui propose des exercices pour s'affirmer un peu plus tout les jours. C'est des petits entrainements sociaux, des expériences qu'il doit faire avec différentes personnes de son entourage.
Il faut s'entrainer à parler aux gens dans les magasins, demander l'heure aux gens dehors, s'entrainer à être oisif et ré-apprendre à s'ennuyer.
À la boulangerie, c'est faire prendre une baguette à la vendeuse, puis au final lui dire, non pas celle la l'autre, puis non je vais plutôt prendre celle-ci en fait. Ensuite c'est de rentrer dans le magasin Louis Vuitton habillé dans son pire ensemble et se sentir grave à l'aise. En somme c'est d'avoir le courage de ne pas être aimé, et que le désamour des autres n'est pas la fin du monde.
Ça me fait penser au livre d'Alain, Du Bonheur et de l'ennui, 2016 :
" La peur n'a pas d'objet, la prudence est souvent confondue avec de la méfiance."
Vers 18h, après cette journée de lecture je m'en vais déposer mon C.V au bar de Thomas. Il m'accueille avec un large sourire et a l'air assez partant pour me faire recruter dans sa team. C'est un peu pratique que ce type en pince un peu pour moi au final. Suis-je une mauvaise personne à faire usage de cette opportunité? Soudain j'aperçois accoudé au bar un vieux pote à moi, Oliver, qui s'affaire tout seul avec une pinte. Je lui saute dans les bras. Il semble assez enjaillé de me voir et commence à me raconter qu'il est de passage pour récupérer quelques affaires à Toulouse parce qu'il vient de s'acheter un terrain dans le Gers. Il construit lui même sa maison dans son hectare, où il compte aussi y mettre un potager et devenir autosuffisant. Il l'appelle son petit paradis, et bien qu'il ne soit là que depuis deux jours, il n'a qu'une hâte c'est d'y retourner. Il me propose de venir avec lui, l'aider à préparer la terre pour la rendre fertile avant de planter. Il me dit :
//- Ça te ferait un bon séjour hors de babylone !//
Voilà un gus dans ma vibe.
J'accepte sur-le-champs. Ce soir il doit voir des potes, dont Pierre.
Tu t'imagines bien que je vais pas aller voir ce boy là. Je rentre chez moi faire mes affaires.
[[- GO SE METTRE AU VERT ! ||energieattireenergie]]En fait je connais Oliver grâce à Pierre, qui m’a présentée à lui un jour que nous allâmes grimper à la salle. Nous devinrent rapidement amis, car Oliver est de contact facile : il est honnête, franc, et il aime se fritter gentiment pour saisir rapidement le tréfonds des âmes.
Ce que j’ignorais au début, c’est que son intuition lui souffle de véritables proses : le Gus a un don pour me capter, en terme d’émotion, ainsi arrivait toujours à me dire les bons mots.
L’homme après notre rencontre s'est rapidement trissé de Toulouse et accomplit maintenant son rêve : posséder l’hectare, y construire demeure, et faire foisonner un abondant jardin. L’hectare tout à fait vierge enfin obtenu, il séjournait dans la maison d’un ami qui habitait non loin du terrain, le temps de le rendre habitable. L'ami est un susnommé Axel, habitant là depuis l’enfance. L’établissement d'Oliver dans son joli hectare, une grande étendue d’herbe ainsi qu’un morceau de forêt, consistait à : préparer la terre à des fins de culture, et construire la maisonnée. En attendant, Oliver avait fabriqué un genre de plancher au fond du terrain, y a monté une tente énorme, dans laquelle est entreposée un poêle. Avant mon arrivée, il avait déjà un peu travaillé la terre pour constituer son si cher jardin.
J’ignorais tous ces détails avant mon arrivée.
Je voulais partir car je songeais que cette virée dans la nature encore une fois me sauverait de babylone, de ses cercles anxieux, de ses vices sociaux, de la pensée de Pierre.
Je voulais partir car je voulais aller à l’aventure, dans un endroit que je ne connais pas, ou je n’aurais point de pensées limitantes, ou je pourrais m’en battre les reins, fort, et être une seule personne, celle du présent.
Je voulais partir parce que petit à petit je me défaisais de mes chaines, comme Titus, et je laissais l'univers me recueillir.
Oliver vint me chercher en voiture. Il faisait froid et j’étais habillée pour l’aventure campagnarde, c’est à dire, fort peu d’intérêt pour le style.
Je l’attendais sur le pont, ou je feuilletai des passages de mon livre d'Eckhart Tolle. L’énergumène disait avoir trouvé le nirvana d’un seul coup, en se disant “je ne peux plus vivre avec moi même”. Puis ensuite : “ y’a t’il deux personnes en moi alors?... Peut être l’une d’entre elles n’existe pas”.
A ce moment là un vide profond se fit en lui, et il fût débarrassé de toutes ses anxiétés.
Il vécut pendant deux ans en total extase.
Tout cela avait l’air fantastique.
Peut être que de même, l’Alice du passé n’existe pas. Peut être ces traumas que je m'octroie ne sont que les constructions de mon esprit.
Oliver arriva. Le trajet dura environ 1 heure, il conduisait diablement vite. On alla chez Axel qui n’était point là. Axel possédait une énorme maison à Estang, assez vieille et qu'il entretenait comme un étudiant célibataire. L’isolation inexistante ne permettait point le chauffage. D'énormes garages-atelier au rez-de-chaussée servaient à travailler le bois et le fer. Un salon avec un piano, et à côté de la cuisine d’autres instruments, la batterie, la guitare, des tams-tams, un saxophone. À l’étage, trois chambres, et un escalier bloqué en haut. L’entrée de cette maison se faisait par un portail, qui donnait sur la cour intérieur de la maison. Dans cette cour, il y avait une mezzanine avec une cuisine extérieure qui donnait ensuite sur l’espace habitable du salon, de la salle à manger et d'une autre cuisine. Au deuxième étage se trouvaient les chambres. Au niveau du sol, dans cette cour, commençait les choses de type atelier, avec une autre entrée sur les garages-ateliers, gigantesques, remplis de matériel de charpentier. Dans la cour il y avait un sac de frappe et du matériel de jardinage. Je pris plaisir à boxer, à chaque fois que j’avais un peu froid dans cette cambrousse profonde.
On déjeuna sur la cuisine extérieure. Il y avait un chat noir et le soleil tapait sur le toit en plastique, nous réchauffant par effet de serre. Je m’installai tandis qu’Oliver faisait à manger. Je prenais soin du chat, très câlin. Oliver soupçonnait que c'était lui qui lui amenait le mauvais sort. C’était simplement une vieille chatte noir, en manque d’amour et très bavarde. Son seule mal, qui faisait le malheur d'Oliver, c’est qu’elle faisait pipi partout dans la maison. Je la caressai distraitement, tandis qu’elle s’installait sur mon ventre. Dans ma tête je me répétais “ j’en ai rien à foutre, je suis moi même, si les choses se passent mal j’irais bien quand même, je ne me plie à rien, je dis ce que je pense, je n'ai à plaire à personne”.
Je me sentais plutôt bien. Je pouvais lui dire sans crainte :
- Oliver, j’ai faim !
Oliver concoctais un sauté de légumes vraiment fort bon. La technique consiste à cuire les carottes d’abord, pour les faire caraméliser, avec de l’huile d’olive, et le couvercle pour cuire un peu à l’étouffé. Les patates sont ajoutées par la suite. Je sais pas trop comment il a fait mais c’était vraiment bon.
La chose géniale aussi, c’est que quand c’est bio on laisse la peau. C'est peut être ça le secret en fait : elles sont alors presque confites.
Une fois le repas terminé on se rendit à son jardin, après avoir bu un thé Sancha vert japonais revigorant.
Bien que ma tête avait ses tendances habituelles, elle était néanmoins plus calme, car il n’y avait pas à penser.
Au jardin, Oliver m’appris la culture à l’ancienne. Pour redonner la vie à une vieille terre, qui a longtemps connu l’horrible produit “round up” de l’entreprise du diable Monsanto, par ailleurs racheté par une entreprise encore plus diabolique allemande, on peut utiliser le principe du "millefeuille". On effectue une levée de terre sur une parcelle, qui ne sera plus jamais levé ensuite. Dans le trou on applique couche par couche, chacune étant bien étalées et les gros morceaux/grumeaux brisés, d’abord du bois pourri avec de la sciure ensuite une couche de terre préalablement sortie, une couche de fumier un peu vieux puis dessus une couche de terre déjà sortie, une couche de fumier plus jeune puis terre déjà sortie, du terreau très riche et puis terre déjà sortie. Un tel procédé a pour but de ré-enrichir la terre maltraitée par le roundup.
Les vers présents dans le bois mort viendront redonner la vie à cette terre devenue aride.
Lorsqu’on s'affairait à cette occupation, la pluie venait par petit à-coups. C’était bien. On alla chercher du bois mort dans sa forêt. L’eau dégoulinait sur mon K-way vert, et mes bottes de caoutchouc couinait dans la boue. Il n’y avait rien d’autre.
Vers 16h, le ciel se découvrait quelque peu, et une lueur chaude traversait les nuages et venait réchauffer nos corps détrempés. C’était l’extase, nous pouvions enlever quelque couches. En jardinant on discutait de la ville. On parla de babylone. Je contais comment la vie à babylone était compliqué : les gens ne se livrent plus, il y a sans cesse le téléphone, notre attention est toujours happés, les gens pensant tout le temps à après et pas au moment présent. Ils n’arrivent pas à choisir, il y a toujours un autre ami à qui envoyer des textos, une meilleurs soirée.. Oliver était joie que je pensais comme ça, et disait que c’était bien que déjà j’eus vu une telle chose. Je dis que même si je voyais, cela ne m’empêchait pas d’être moi même parfois happée par ces vices. On ramassa quelques aillets qui poussaient naturellement dans son jardin pour en faire un pesto.
Vers 17h nous rentrâmes, il fallait faire les courses. Oliver s’était pris une prune en venant me chercher, de 90 balles. Son humeur oscillait entre la joie de me faire découvrir son petit paradis, la motivation que procurait ma venue, et le refrain dégouté anti-keuf qu’il ne cessa durant mon séjour de ruminer. Tout en gardant une constante amabilité à l’anglaise qui fait de lui un si sécurisant personnage.
On rentra chez Axel, pour boire le thé. Mon corps était pris d’une fatigue douce dans laquelle je pouvais me concentrer.
Je songeais que je pouvais être qui je voulais, que cela n’importais peu. Que j’étais avant tout ma propre personne. Qu’il n’y avait point lieu de saisir quoique ce soit d'autre.
Vers 19h, Axel arriva et nous fîmes enfin connaissance. Je le vannai immédiatement sur le rangement de sa baraque ou l’absence de chauffage de sa maison. C’est peut être un peu ma manière de créer des relations intimes rapidement. Casser un peu les couilles, taquiner. Axel est un grand garçon de 24 ans. On s’entendit bien. Il semblait en joie de ma présence.
Il y a si peu de gens dans cette campagne, qu’aussitôt on devient automatiquement un groupe. Un genre de trio temporaire. Ou peut être c'est moi qui le souhaitais ainsi.
C’était samedi soir et il y avait une invitation d’apéro-diner chez d’autres jeunes gens non loin. Oliver me demanda si j’étais intéressée, ce à quoi je répondis forcément par l’affirmatif : j’étais moult excitée d’aller à l’aventure, de rencontrer une peuplade qui vit différemment de ma personne.
On grimpa dans la caisse d'Axel, pour traverser les étroites routes de campagnes, éclairées uniquement par la lueur de la lune. Là bas je rencontrai Micha, sa copine Mailys, leur bébé Gabin, le daron Edmond, et un autre couple, Simon et Célia. Toute la soirée se déroulait dans une bâtisse chaleureuse anciennement grange, les parois laissant apparentes certaines poutres en bois, et chauffée chaudement par un poêle, ce que je ne manquai pas de faire remarquer à Axel. (//- Tu as vu Axel, y’a du chauffage, ICI//). J’eus joie d’échanger avec Mailys sur ses recherches à propos de l’énergétique ( elle entendait par cela spiritualité ). Elle me conta notamment sa rencontre avec un hypnothérapeute l’ayant sortie de sa souffrance en une séance de 4h. Devrais-je en rencontrer un aussi?
Simon est éducateur spécialisé. J’y trouvais quelques résonances et souhaitais apprendre sur le job. Simon explique :
- Educ-spé consiste à aider des gens adultes qui ont des gros problèmes mentaux du style schizophrénie, anxieux fort et cetera. Lorsqu'un patient a une crise, il s’agit de lui apprendre des méthodes de type gestuelle au patient pour lui dénouer l’esprit. L’autre méthode plus complexe consiste à trouver le nœud mental avec la communication, pour le dénouer. Une méthode plus compliquée car bien souvent le patient croit fort en sa réalité autre.
Le monde est chose subjective diront les philosophes.
Je lui dis en pensant au bouddhisme qu’il est difficile de résoudre le mental par le mental. ( cf Le Bouddhisme zen, Alan watts, 1975 )
Célia faisait du, comment dit on?- quand on retape les meubles en tissus.
Mailis est actrice de théâtre. Elle petite et frêle, la peau blanche et de fins cheveux blonds. Micha est un géant de 150 kilos ( il me confia son poids plus tard quand on parla de sport ).
Il y eu divers sujets à rigolade.
Plus tard on écouta sans mot dire "High Hopes", un titre des Pink Floyd. Axel nous ramena chez lui sans encombres.
Dimanche Oliver eu une vilaine gueule de bois. Avec Axel, nous allâmes tout les trois continuer le jardin. J’appris à manier la machine qui tourne très vite et découpe tout. Je découpai un chemin à travers les ronces, pour aller chercher le bois plus facilement. Ensuite je cherchais le bois le plus mort possible, pour l’utiliser pour la terre. Certains morceaux de bois étaient tellement moisis qu’il devenait mou, presque spongieux, et s’écrasait comme si ils étaient faits de boue quand nous marchions dessus avec nos chaussures. Ils sont retournés à la terre disait Oliver.
J’étais moins dégoutée que le premier jour en le touchant et le voyais à présent d'un autre œil, si riche, plein de différentes espèces, mousse, champignons, vers de terre et autres insectes. La mort, c’est la vie. Le cycle ici n’était que trop évident. Le bois n'était pas moisi, il était vivant. Ma tête partait parfois à droite à gauche dans mes souvenirs et la forêt était si dense qu’elle me donnait le tournis, mais je revenais toujours à ici en me répétant “ peut-être une de ces deux personnes n’existe pas”. Le midi, Oliver avait fait des crêpes et un genre de crème au fromage, à partir d’un lait qu’il avait caillé dans une casserole et de l’aillet du jardin. On repart du terrain vers 17h30 pour rentrer. Sur la route à l'entrée d'un village, on aperçut au loin de la flicaille. Oliver fut pris de panique et tenta de se ranger promptement sur la droite pour ne pas arriver à leur hauteur. Dans sa panique il brisa le rétroviseur contre une barrière en pierre de jardin, qui elle aussi fut défoncée par le choc. J'éclatai de rire face à l'étonnante incapacité d’Oliver à conserver son calme. On attendit un peu, puis on repris la voiture pour passer par un autre chemin. Arrivés à notre village, on entendit de l’animation, un genre de jeu avec une vache au village. Axel s'en alla à ses occupations, et Oliver et moi allâmes voir de quoi il s'agissait. La populace du village, constituée soit de vieillards, ou de très jeunes gens, s’étaient rassemblés dans l’Arène du village, splendide et vieille bâtisse rénovée dont les volumes me faisaient penser à un bâtiment de noblesse japonais.
Le jeu consistait à faire foncer une vachette sur un individu entrainé, vêtu du costume traditionnel. Celui-ci, bien au milieu du terrain, attendait la vachette qui arrivait au galop sur sa personne, et l’esquivait de dernière minute d’une pirouette sur le coté. Il tourne sur lui même en sautant d’un seul coup. Si il l'esquive trop tôt, la vachette aura le temps de modifier sa trajectoire. C'est donc avec une précision millimétrée que l'individu exerce son art. L’autre art de cette affaire, c’est l’équipe technique, qui s’occupe d’amener la vache sur un extrémité de terrain, pour qu’elle fonce bien tout droit sur le participant. Le soleil se couchait doucement et chauffait nos visages, tandis que la vache s’excitait, les vieillards applaudissaient, et une petite fanfare jouait sur une partie des rangs de l’arène. Les participants se virent remettre des prix à la fin du jeu par la maire du village. Pour accéder au rang, en hauteur de l’arène, ils firent usage d’une échelle. On eu dit le bas peuple se courbant devant la noblesse.
Des jeux pour le peuple !
De retour à la maison j’eus grand faim et mangea avec Oli quelques crêpes. Axel rentra et décida de faire le repas. Il me lâcha un truc du style
//- Oliver a dit que si je faisais ce plat ça allait te séduire. //
Je ris. Il me dit que je pouvais prendre un bain en attendant, et me tendit son enceinte pour accompagner la chose par de la musique. Oh une proposition de prélassement ! J’allai me couler dans la délicieuse chose, y resta un temps. C’était zen. Ce fût l'heure de manger, j'allai voir la confection d'Axel dans la casserole. Un mélange dense de légumes découpés en fins morceaux, et de la viande menu hachée. Je le scrutai atterrée alors qu'il attendait ma réaction.
//- Axel... tu sais... je suis végétarienne.//
L'homme était dégouté et super désolé à la fois.
Je remangeai des crêpes et du fromage de brebis.
Le soir on regarda un film avec Johnny Depp dedans. L’histoire ficelé comme un bon film du dimanche américain me fit plonger dans mes songes. Une fille un peu traumatisée qui passe ses journées à peindre et Johnny Depp, jeune fou timide très fort en art du spectacle, se rencontrent. Leur originalités évidentes qui les séparent du monde extérieur font qu’ils sont irrémédiablement attirés l’un vers l’autre. Je songeai : Si je continue à essayer d’être pareil que les autres, jamais je ne trouverais ce que je veux vraiment : mon Johnny Depp : un autre fou furieux qui aime ma bizarrerie personnelle.
Je me couchai avec ce type de rêveries.
Le lendemain on fit de la peinture pour les volets, et l’aprèm on créa une clairière dans la forêt de Oliver pour Micha. J’appris à utiliser la tronçonneuse. Oliver capta que j’étais triste de couper les arbres. Il me fit débiter quelques troncs qu’il avait fait tomber préalablement, que je n'ai pas à commettre l'acte fatidique.
Mais je changeai de machine après. Il me dit
//- Couper ces arbres c’est permettre aux plus gros de mieux vivre, de prendre mieux la lumière.//
Je préférai défoncer les ronces, avec qui j’ai une rancœur enfantine. Il n’y a plus de forêt primaire, disaient Micha et Oliver. Micha parla de lui :
Il avait rencontré Mailis, et en deux mois ils avaient fait un bébé. Mais Micha voulait retourner à la nature, il voulait voir ce que ça faisait de vivre proche de la nature, il disait qu’il ne pensait qu’à ça, qu’il fallait qu’il essaye, pour voir, que ça marche ou pas. Oli c’était pareil. Il n’avait que son jardin dans la tête. Micha et Oliver disaient qu'on a pas le même rapport avec la pluie qu’on habite en tente, ou en maison. Quand on a une maison, on est triste, on reste au chaud, on peut pas aller dehors. Quand on habite en tente, il faut sortir, on expérimente la pluie, c’est pas désagréable, c’est une sensation vivante, on est content. Et viens l'éclaircie, ensuite, et là on vit l'extase.
Micha est un géant super gentil. Deux choses étaient venus à mon esprit quand je le vis la première fois, diable qu’il est grand, et diable que ses yeux sont doux. On parla encore de Babylone. On fit cramer les bois découpés.
Pendant un bref instant mon humeur se noircit. Le départ approchait, il était temps de rentrer chez moi. Oliver s'aperçut de mon énergie et me lança en riant :
//- Tu bad ?//
Une fois encore je me dis que l’homme lisait trop bien au travers de mézigue.
On rentra diner avec Axel qui tombait malade. Attablés devant des légumes griller j'engageai la conversation sur le Nirvana. Axel nous compta une expérience personnelle à ce propos. Le gus avait en effet vécu non loin de Paris sur une péniche dont il avait fait l’acquisition, ayant suivi une femme dont il était éperdument épris, qui avait un enfant. Par un rapport complexe avec son père il n’avait pas trouvé de travail pendant ces années à Paris, et passait son temps à s’occuper de l’enfant de sa chère et tendre. Il sentit soudain qu'il était trop dépendant de cette femme. Il devenait fragile, il était tout le temps à deux doigts de pleurer. Puis d’un coup, un soir qu'il se sentait terriblement mal, il alla voir sa caboche dans le miroir. En se scrutant dans les yeux, il se dit qu’il était si cruel avec lui même, qu’il montrait tellement de résistance, qu'il ne se laissant jamais aller. Cette réflexion le fit éclater en sanglot. Il pleura pendant deux heures devant le miroir. Après cette expérience, il était quelqu’un d’autre, une sorte d’état extatique infinie. Il conserva cet état pendant un temps. Il parlait à qui il voulait, il n’avait pas peur. Cet état le quitta forcément. Il fut longtemps frustré de ne plus le retrouver. J’y vis des parallèles avec ma propre expérience. Il conclu, le nirvana, c’est ne plus résister, ne plus juger.
Je songea que c’était cool de rencontrer un quelqu’un qui se posait semblerait il les mêmes questionnements que moi.
Axel alla prendre un bain, Oliver et moi se lancèrent sur une jam sur le piano. On devint fou, on inventa quelques hymnes, des fois on s’énervait grave. C’était hyper intense, et libéré.
On pris la décision de faire la première nuit sur le terrain d’Oliver, dans la tente qu’il avait monté. C’était l’aventure.
On y amena des matelas et des duvets. Il faisait nuit noire, nous n’avions qu’une frontal pour nous éclairer. Il faisait fort froid et humide, aussi nous nous engouffrâmes dans nos lits immédiatement. Dans le noir je demandai à Oliver et Axel quelle était leur plus grande peur. Oliver répondit qu’il avait peur du totalitarisme. Du pouvoir. Axel trop malade, rentra dormir à la maison durant la nuit.
Le jour se leva vers 7-8 heures. Enfin il ne pleuvait plus. L’instant était incroyable. Un concert d’oiseaux tout autour de ma tête. La chaleur de mon sac de couchage combiné à la couette qu’Oliver m’avait passée me pourvoyait une douceur corporelle délicieuse. Seul mon visage n'était pas épargné par l'air frais. Le soleil se levait doucement.
Axel est parti dit en rigolant Oliver. Il se leva prestement, mis la table entre nos deux matelas, et ouvrit la tente pour laisser rentrer la lumière. Il faisait tellement beau. Il fit chauffer l’eau et se remit au lit. On avait oublié de prendre le thé. On chattait, emmitouflés chacun dans lit, je voyais le soleil qui tapait dans sa pupille bleue. Il y avait toujours les si divers chants d’oiseaux. Un léger brouillard qui avait flotté sur le sol, décollait avec la chaleur, dans de belles trainées blanches. On se mit à boire l’eau chaude avec des restes de l’ancien thé. C’était un instant si magique. Axel nous rejoignit ensuite. Il s’installa sur le bord de mon lit tandis qu’on bavassait tous ensemble, fatigués mais gais de cette aventure, et de la caresse du matin. Il faisait si beau. On rentra chez Axel ensuite. C'était mon tour de faire à manger, j'allais au marché à pied pour quérir quelques légumes puis rentrai cuisiner. Pendant que ça cuisait j’allai taper sur le sac de frappe. Hyper défoulant comme activité. Jab-uppercut-crochet c’est l’enchainement basique que m’a appris Axel. Après avec Oliver c’était l’heure de partir. Il profita de mon retour à Toulouse pour y retourner chercher encore des affaires. Il nous déposa au covoit. Je lui fit le bisou du départ.
//- Ah enfin un bisou de toi depuis le temps que j’en rêvais!//
Je ris, sortis mes affaires. Puis je me retournai et lui soufflai des baisers, puis mimai les larmes qui coulaient de mes yeux, en psalmodiant “ Oh Axel je vous ai toujours aimé, adieu adieu!”
Le BlaBlaCar était moult bien. On parla reggae et du terrain de Oliver. Je songea, puisque c’était bien forcément la vie d’Oliver le sujet central, ouah moi aussi j’aimerais être Oliver, puis ensuite : Oh non. Moi je suis moi, Oliver est Oliver. Réjouissons nous de telles différences.
Ahhh enfin.
Le gers me manque déjà dit Oliver.
La route pour toulouse était belle, par les petits chemins,
//- Je pourrais revenir Oliver?
- Ouais grave à fond. Ta présence n’est pas désagréable.//
ça voulait dire qu’on était bien tout les trois. Je sentais que ma présence leur faisait du bien. C’était du nouveau et aussi une énergie féminine et curieuse. Enfin je sais pas trop comment l’exprimer. J’étais comme une tâche en plus, mais une tâche qui procurait de la joie.
On était un genre de trouple amicale. C’était parfait.
Il me déposa place de la bourse et je me sentais bien.
Je me sentais libre d’être. Je n’avais pas peur de casser les couilles, et d’imposer mon corps à l’espace.
[[- Le retour à la ville ne va pas être facile||retouralaville]]Le retour à la ville n'était pas facile. Ma candidature au bar a été acceptée. Je me trouve obligée de racheter un portable pour l'occasion. Mais maintenant je considère que la véritable cause de ma maladie, c'est babylone. J'organise mon emploi du temps avec mon nouveau job de barman, et quand j'ai un ou deux jours de libre, je prends un train qui m'emmène vers les pyrénées ou je vais gambader seule dans la nature. Petit à petit je survis de moins en moins des affres de la ville, et de cette même énergie, j'ai de plus en plus confiance en ma capacité à voyager. Petit à petit je n'ai plus peur de ne pas manger, de me retrouver seule, de n'avoir point d'endroit ou dormir. Comment t'expliquer?
L'autre jour j'ai fait cette rando ou je me suis perdue. Je me suis perdue très fort. Je paniquai au début. Puis j’embranchai sur un canal de survie inconnu jusqu'alors : Ce sont des phrases qui font comme ça :
Okay, si tant est que je possédais jadis une forme de confort, je ne la possède plus désormais.
J’accepte que ce confort que j’eus ne sera peut être pas retrouvé.
Je souffle. Je respire.
À présent voici la situation actuelle. Je l'énonce objectivement. Une fois qu’elle est énoncée, fomanter un plan d’action permettant la survie.
Bien avoir effectué au préalable le deuil de la situation initiale.
Surtout ne plus penser à cet instant T ou la mauvaise décision a eu lieu. C'est une pensée dévorante. La prendre frontalement et la laisser partir, le passé n'a plus d'importance. N'importe que le maintenant. Aussi : les choses se passent toujours tel qu'elles le doivent. La nuit tombait et je marchais avec cette dernière énergie.
Je retrouvai mon chemin, plus tard, mais l'inquiétude persistait.
Après cette étrange balade, je fis un rêve le soir venu.
J’étais dans un grand espace, une allée centrale dans un centre commercial. J’attendais mes amis.
Un stand temporaire avait élu domicile, un stand de sorcellerie.
Au départ, je ne voulais point m’y rendre. Puis la longueur de l’attente fit que je m’approcha.
Là, une sorte de diseuse de bonne aventure, en fait un trans, grand, svelte, de longs cheveux noirs, et quelque chose de très sensuel dans sa démarche.
Soudain cela me paru comme une évidence, j’avais affaire à une véritable sorcière. La sorcière me proposa ses services et j’acceptai. Je m’allongeais nue sur sa table de travail, tandis qu’elle allait procéder à une longue séance d’acupuncture magique. Chaque pique noire de magie noire qu'elle avait fabriqué sera planté dans une partie du corps ciblé selon l’émotion à laquelle elle est reliée. Un espèce de lien corps et traumatisme spécial. En somme, elle allait parcourir une à une mes peurs, mes traumas, mes complexes en explorant ma chair, et les soulager un à un, pour m’offrir la plénitude, la joie de la vie.
Elle en fit six environ, le dernier qu’elle planta entre mes cuisses, juste entre l’anus et le vagin, me fit ressentir une vague de bien être, et me libéra de complexes. Elle dut s’arrêter, car elle avait des rendez vous obligatoires, et me promis de poursuivre plus tard.
Je me réveillai avec une envie de libération, accompagné d'une soif de lire.
[[- Lisons un truc sur la philosophie de Adler !||lireadler]]
lire feminisme amour
il faut aimer sns posseder
tu es ton plus grand amour
s'inquiete uniquement de sa liberté a faire ce qu'on veux
liberation :
Rien à foutre, je peux dire ce que je pense, faire ce que je veux, j’ai pas de compte à rendre, j’ai a plaire à personne, j’ai a séduire personne, j’ai même pas besoin d’essayer d’être moi même, j’ai pas a parler ni à être d’accord, je peux faire chier, je peux demander des trucs, je peux obliger les gens à faite des trucs à ma place, j’ai pas être gentil, ni sympa, je fais mon business et je me retourne pas
Je suis cash, j’ai pas prévu que les choses se passent bien. Les choses peuvent se passer mal, les gens peuvent me rejeter j’en ai rien à foutreJ'ai trouvé ce bouquin à la bibliothèque : "The courage to be disliked", par Ichiro Kishimi (2013). C'est un japonais qui a en quelques sorte vulgarisé les pensées du fameux psychiatre Alfred Adler, sous la forme d'une discussion entre un philosophe et son élève. L'élève est un jeune homme qui se sent confusément mal et seul. Au travers ces dialogues le professeur va l'amener à voir la vie différemment. Le principe de cette philosophie c'est de n'avoir plus peur d'être rejeté par les autres, puisque c'est évident qu'on ne peut s'efforcer de faire des choses qui plaisent à tout un chacun, de même qu'on ne peut véritablement anticiper ce qui plaît aux autres ou pas.
Il faut ne rien prendre vraiment au sérieux, car chacun réagit selon ses affects qui lui proviennent de son passé. Il faut prendre du recul. Une grande notion qu'il appelle la séparation des tâches consiste à reconnaitre que chacun possède des "tâches de vie" qui lui sont propres et ne doit pas intervenir dans celles des autres. De fait ce n'est pas notre devoir de nous faire aimer des autres, c'est leur tâche de nous aimer ou non, et cela ne sert à rien de nous soucier de cela. Il faut observer la vie avec une grande conscience de soi, et sans jugement.
Sur quelques pages au hasard, je laissais mon esprit vaquer.
Je pensais que les efforts dans la vie comme dans la méditation c'est comme l'effort de tenir sur un pied en équilibre : ce n'est pas constant et régulier, ce n'est pas fluide. C'est des ajustements à chaque instant, des allers et retours sur sa concentration.
Il me faudrait des petits mantra pour vivre tous les jours avec ces consignes, comme des rappels de bonne conduite. Du style :
Je suis là pour déconner!
Je ne suis pas là pour plaire!
Je n'ai rien à prouver.
Je peux juste être un personnage aimant et léger,
Flottant et allant selon mon bon vouloir,
Selon mes désirs d’aventure et de création,
D’un pas assuré et énergique.
Sans peur.
Je sais ce que je vaux.
Le monde est à moi.
[[- C'est l'heure d'aller travailler miss reine du monde|expbar]]Au fur et à mesure des jours, dans mon nouveau métier de barman, j'ai appris plein de compétences sociales. Je les vois comme des outils pour gérer le gros du social. Ce sont des méthodes qui m'aident à devenir joueur avec les autres, les amener sur un terrain où nous pouvons nous entendre.
- Le sourire sincère, et le regard cajoleur
- la récompense quand on me paye “c’est parfait bravoooo”
- la gratitude : “merci beaucouuuuuup”
- les clins d’œil aux clients pour les rassurer sur la venue de la commande
- la confiance donnée : “je compte pas je te fais confiance !”
- la semi-drague : “ il est trop chou ”
- les compliments de bienvenue : “magnifique chapeau !”
- faire sentir l’importance : “ je suis ravie de vous servir “
- Sembler être à l’aise, ce qui permet le grain de folie : “ Voici ton shooter, mille milliards de mille saboooords ! ”
- l’intérêt réel pour le bien être : effet bar, les gens viennent se confier, on prend du temps pour eux
- les cadeaux : “allé je vous offre des shots”
- la confiance en moi-même : " Je suis la reine du bar ! "
- Les gestes avec les mains pour s'exprimer
Ça c'est le bon coté. Ensuite, en ma qualité de femme, j'eu quelques malheureuses expériences. Des relous qui veulent passer derrière le comptoir, d'autres qui m'attendent à la sortie. J'eu l'impression que babylone rendait les gens nocifs. Toujours à la poursuite de leurs désirs, sans y trouver jamais satisfaction, sans jamais s'arrêter dans leur course effrénée pour parvenir à leurs fins. Puis au final, je ne suis pas sûre d'y trouver une véritable humanité. Est-ce vraiment rencontrer l'homme que de voir ces ivrognes qui ne font que s'écouter tourner en boucle dans leur propre problème? Le bar est sûrement salvateur, une fois de temps en temps pour oublier les soucis, mais si on en fait son médicament contre le monde, il devient le cul-de-sac, la cave sans retour d'où jamais on ne reviens.
Mes pensées ont évoluées. Je me suis rendu compte qu'en fait je cherchais un remplaçant à Pierre. C'est ce qui m'a fait rester dans babylone tout ce temps, malgré l'évidente envie d'aller vivre ailleurs. Je vais définitivement rayer cette idée du prince charmant qui me sauvera de ma peine pour rocker my world.
Il faut que je me barre. Les vents du renouveau sont là et je devrais tendre ma voile, profiter de cette brise pour prendre le large. Je veux me comprendre, je veux me connaitre. Ou irais-je?
[[- Allons au Cambodge aider les mioches !||afrique]]
[[- Go sur les traces de la pensée zen au Népal!||boudhisme]]
[[- Devenons des gros hippies avec un mega sac à dos et juste son pouce tendu pour aller visiter l'ariège ! ||ariegepoucepoucesacados]]
CAMBODGE !
Un mec m'a conseillé une mission de volontariat pour s'occuper des enfants orphelins. Ça m'a couté 1050 balles pour y participer, et je paye aussi le logement, la bouffe et compagnie. Ça fait deux semaines que je m'occupe des enfants dans cet orphelinat tout poisseux de Ptea Clara. L'organisme qui nous propose ça nous propose différentes tâches : leur apprendre l'anglais, les aider à ranger leur affaires..
Je comprends pas comment je pourrais les aider. Ils ont l'air contents de jouer avec moi et j'essaye de leur apprendre un peu le français. J'ai l'impression que ça cloche. J'aimerais vraiment mettre ma force à leur service mais j'ignore quoi faire qui soit vraiment utile. Il y a un américain aussi qui est là pour la même mission, il a la vingtaine, il s'appelle Max, et il est plein de bonne volonté. Je viens d'essayer de lui exprimer mon ressenti, qu'il a balayé d'un revers de la main en m'annonçant que ce soir on allait se détendre autour d'une bière et que probablement je me prenais la tête pour rien.
Au bar, on commande deux bières à 2000 riels, et j'essaye d'exprimer plus clairement mon ressenti.
- On est pas habilité à éduquer des gamins, c'est super bizarre, c'est comme embaucher un boucher pour gérer le décollage de la fusée Ariane !
- C'est toujours mieux que pas d'éducation du tout, tu ne penses pas?
Répond t-il avec son accent californien qui place les R pas plus loin que le fond de la bouche.
Je m'apprête à répliquer que c'est pas parce qu'ils ont faim qu'on a le droit de leur servir de la merde ou un truc du style quand un bonhomme bizarre aussi accoudé au bar s'approche de nous.
Un grand manteau beige comme une parka d'inspecteur, une chemise blanc cassé fichu dans le pantalon, un chapeau et des lunettes qui dissimulent ses traits.
- Vous avez raison, dit le type en me désignant vaguement de la main, tenant un cocktail translucide dans lequel flotte une olive.
Maintenant à notre hauteur, il nous dévisage. Je constate qu'il a un œil de verre ce qui ne manque pas de me distraire complètement.
C'est un œil bleu marine, qui n'imite même pas la couleur, verte, de son œil véritable. L' œil de verre fixe un vide terrifiant par delà ma personne, et de temps à autre effectue une virée innatendue vers l'arrière, comme possédé soudain par une âme qui lui est propre. Comment ce type a pu perdre son oeil de un, et comment diable a t-il décider de prendre cette couleur. L'homme a des airs bien plus dangeureux qu'excentrique, vous l'imaginez au comptoir des yeux ( si tentez que cela existe ) craquer pour cet œil bleuté, se prenant son visage frippé de cicatrices dans les mains, tout sourire, style " Oh Jesus ! C'est celui là qu'il me faut, il est SPLEN-DIDE".
Le gus me tire de mes rêveries en crachant ( littéralement ) le fond de sa pensée :
- Vous n'êtes pas des volontaires, vous êtes des volontouristes. On vous prend votre fric qui retombe dans des cartels, et on vous fait jouer à la nounou dans le zoo d'enfant. Avec le nombre d'occidentaux qu'on voit passer vous pensez pas qu'on aurait pu retaper le bâtiment? Mais pour continuer à gagner de l'argent, il ne faut pas réinvestir, il ne faut pas casser le produit. Le bâtiment doit rester pourri et les enfants avoir l’air malheureux. Ils vont même jusqu'à retirer les enfants aux parents pour avoir plus d'orphelins pour répondre à la demande.
Je ne réponds rien et déglutis, et la salive me fait super mal à la gorge. Le gus n'en a pas fini
- C'est une attraction touristique ici rien de plus, Imaginez un turn-over permanent de Japonais, un flux d’adultes inconnus qui viendraient dans nos écoles pour apprendre des chants aux petits Français, enseigner leur langue, leur offrir du riz et les photographier avant de repartir. Sur des enfants déjà déchiré de la séparation parentale, aucune figure à laquelle se raccrocher. C'est de la condescendance. Vous n'aidez rien ici, pire, vous enrichissez les politiques pourris. Vous venez soit parce que vous voulez ajouter un truc sur votre CV, soit parce que vous êtes dans une mauvaise passe dit il en tournant son oeil encore utile dans ma direction. L'autre s'affaire dans un coin, comme un chat qui joue avec une ombre.
Max, qui fait clairement partie de la première catégorie (on dirait un bon samaritain avec son polo bleu pâle ralph lauren) a l'air rempli de colère héroïque, prêt à expliquer au bonhomme que ce qu'on fait c'est bien et qu'il ne faut pas voir le mal partout. Mais perso pour moi la situation est très claire maintenant. Et je me sens immensément conne. Une grosse grosse merde. Le monsieur à l' œil de verre englouti complètement son cocktail, l'olive avec.
Hâtivement, je sors du bar en baissant la tête, laissant Max à son affaire. J'ai l'impression que tout le monde dans la rue sait que je suis un bon bouffon d'européen, celui qui pense qu'il fait le tri dans ses ordures et aide sa planète en donnant à des organismes. Celui qui paye sa dette de culpabilité en achetant des produits bio, le petit bourgeois bien loti qui dit verser des larmes en pensant à la misère du monde.
Je chiale maitenant. Je me sens stupide. J'ère bêtement dans les rues bondées. Je me sens bizzare, soudainement vide d'énergie. J'ai l'impression que je vais m'évanouir....
[[ - EH MEUF??? MEUF??? ]]Voilà un mois que je suis partie faire un tour des temples bouddhistes du népal. J'ai compacté tout mes artefacts nécessaires à une telle entreprise dans un sac de rando de 80 litres, des fringues techniques, une trousse de soin, un kit de couture, du matériel rudimentaire de cuisine..
Je pris l'avion en direction de Katmandou, et d'ici je m'éloignai des villes pour m'aventurer au gré de mes intuitions, d'un temple à l'autre. Je me laissai guider tantôt par le goût d'un chemin, tantôt par le conseil d'un autre voyageur m'invitant à aller voir tel ou tel lieu. Il y a pas mal d'allers et venues, que ce soit des touristes ou des locaux qui viennent se recueillir. Les chemins étaient bondés d'une végétation des plus fascinantes, qui se dégageait au fur et à mesure que je montais dans la montagne. Les paysages se transformaient alors, laissant découvrir des pans de roches somptueux, des sommets saupoudrés de neiges, des routes sinueuses ocre qui s'enroulaient autour des différents volumes comme des serpents. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti pareille sérénité, et en même temps cet état de vide me submergeait tellement que souvent les larmes me montaient aux yeux
Mon périple s’arrêta au temple du Brakma, où un moine m'invita à suivre une formation de méditation. J'avais pour intention initiale d'aller où me menait le destin aussi j'acceptai cette proposition sans réfléchir.
J'embrassai deux semaines durant les rituels strictes du temple. Nous nous levions le matin à l'aube et méditions toute la matinée. Un gong sonnait ce qui me semblait être 14h, et nous nous attelions à des activités pour prendre soin du temple. Il ne fallait pas parler, ou peu, et procéder avec lenteur et conscience dans chacun de nos gestes.
Le vide dans mon esprit se fit de mieux en mieux. Tout mes douloureuses péripéties s’évanouissaient dans une grande rivière dont le bruissement couvrait toutes mes voix intérieures. Nous célébrions dans une paix formidable le grand écoulement du temps.
L'ennui de ne rien faire se transforma au cours des jours en une extase du vide. Je ressentais avec intensité ma propre présence, l'énergie qui tressautait dans mes organes, les battements de mon cœur. L'espace que créait la méditation dans mon esprit laissait la place au monde pour rentrer, et ma connexion intense à lui. L'esprit fonctionne mieux dans l'absence d'esprit. La vie est une danse, je pensais, en regardant mon ventre se creuser à l'expiration, et se gonfler ensuite, en un cycle infini. Y'a t-il vraiment besoin d'autre chose?
Je me rappelais la phrase que j'avais lu dans le livre d'Alan Watts :
"L’œil de Prajna jauge la position humaine telle qu'elle est, c'est-à-dire une poursuite de buts exigeant toujours d'autres buts, désir d'objet que la fuite du temps rend aussi insubstancielle que le vent." Prajna signifiait obtenir la sagesse de comprendre que tout ce qui est matériel est vain.
Je partis du temple une fois les deux semaines écoulées. Je ne sais pas très bien pourquoi j'en suis partie. Il n'y avait plus aucune raison de partir. Mais il n'y avait pas plus de raison de rester. Je continuai mon périple allant où me menait mon cœur, par monts et par vaux. Je songeai aux méthodes de bien être disponibles à la vente dans les grandes surfaces, livres pour apprendre à se sentir calme, application pour méditer, séjours de relaxation. Le capitalisme avait force d'engloutir même l'unique chose qui semblait de prime abord pouvoir le détruire. En vendant des livres qui apprenaient aux gens à ne pas se soucier du matériel, les gens pouvaient claquer toutes leurs économies avec tranquillité d'esprit. Si dans certaines lectures résonnait fort les véritables enseignements bouddhistes, ceux ci se mêlaient aisément à d'autres livres moins abreuvés de spiritualité, des conseils signé Églantine maman épanouie sponsorisée par ClubMed et Moulinex. Faire le tri était sûrement un effort supplémentaire, très certainement que l'acheteur en quête d'apaisement préférait le bouquin avec comme slogan " faites vous plaisir " que celui qui disait " laissez le vide vous envahir alors que vous embrassez l'existence comme n'étant qu'un absurde chaos ".
J'errai dans ces splendeurs de montagne, dans cette solitude soudain chérit et choisie. Quelques mois plus tard, je rentrai, songeant à accomplir enfin ce qui m'est destiné.
[[- Rentrons !| devenuezen]]Voilà deux mois que j'ai filé de la ville. Le jour ou je suis partie j'ai pris un méga sac de rando, et méga pot les premier à s’arrêter quand j'ai tendu mon pouce c'était un couple de hippies en caravane jaune qui filait à la mer. Ils m'ont expliqué qu'ensuite ils allaient dans un village alternatif monter par une quarantaine de personnes au plein cœur de l'Arriège, ou ils comptaient se poser pendant un temps. Ils étaient super cool et m'ont proposé de venir avec eux. Joshua et Ellie étaient un bon couple axé zen et ouverture spirituelle, avec tout les deux des cheveux bruns qui leur tombent sur les épaules, et une odeur d’encens qui émane de leur corps en permanence. Moi j'étais grave conquise et je remerciais le ciel de m'accorder cette amitié innatendue. On s'est calé sur une crique cachée pas loin de la frontière avec l'Espagne, vers Narbonne. Sur la plage, au coucher du soleil, ils m'ont proposé de fumer de la DMT avec eux.
J'ai trouvé ça quand même vachement cliché. Quoique je m'attendais plutôt à ce qu'ils me proposent de fumer un chichon de beuh de jamaique, ou d'un truc qu'ils auraient fait pousser dans leur jardin bio perma-éthique.
Donc j'accepte, comprenez vous, puisqu'après tout, plus rien n'a d'importance. Ils préparent ça dans un bong et me conseille de me caler confort sur les coussins qu'ils ont sortis sur la plage pour l'occaz.
Sans me faire prier je tire la chose et là ce que j'ai vécu est tout simplement indescriptible. En gros je sors de mon corps et me dirige vers une espèce d'abstract de géométrie incroyable, avec au centre comme un tunnel noir d'où émane au loin une lueur. Je sens que je m'y rend, mais à ce moment là j'ai perdu tout conscience de ma propre personne, qui je suis, ou j'habite, qui sont mes parents. Je m'élève en direction de ce tunnel, à son entrée, se dressent deux entités à 4 pattes qui me regardent et m'enjoigne à continuer mon voyage. Sur les murs de la salle fractal arabesque se dessinent d'incroyable motifs, et comme des mots inscris sur les murs et les mosaïques, un langage ancien entre l’égyptien et le grec.
Les êtres psalmodiaient des trucs que je compris soudain.
" we are all uniteeeeed, we are all uniteeeed.."
Je continue à m’élever quand j'entends une voix dans ma tête.
J'ai peur dit la voix. Je comprends que c'est mon égo, qui refuse de partir. Et si on perdait qui on est ? disait encore la voix.
La peur m'envahit soudain. Je respire fort. Je m'éloigne du tunnel sous le regard des êtres impassibles, et m'égare dans les labyrinthes soudain de ce lieu fait de fractal et d'arabesque. Au secours !
A l'aide ! Ou suis-je ? Qui suis-je ? Je panique total.
Soudain je me calmais en sentant une chaleur sur mon ventre Je reviens doucement au monde réel tandis que l'expérience se dilue en moi comme dans un rêve, seule cependant une peur subsiste. J'ouvre les yeux et aperçois Joshua qui me caresse le torse et le visage. Il a un visage doux et rassurant.
Ellie se ramène et on commence à s'ébattre à trois la plage, avec tout la douceur et la lenteur de cette expérience métaphysique.
Pour ne rien vous cacher c'est assez fantastique comme truc. J'eus l'impression ultra divine que l'on faisait l'amour autant à mon corps qu'à mon âme. Avec eux c'était libre de jugement et plein de patience, de don de sa personne. Le méga gros kiff.
On continua notre virée le long des côtes pendant encore 4 jours, a errer comme un trio hollywoodien. On échangeais pas vraiment sur des plans habituels sur le métier. On passait notre temps à partager des pensées plus cosmiques, sur le monde, sur l'amour, sur l'humain.
Je ne me sentais plus seule. Les créatures de la dmt me l'avait glissé au creux de l'oreille aussi : Nous sommes tous unis.
Joshua et Ellie était pressés de me faire venir dans leur communauté, aussi un matin nous fûmes décidés et partîmes
Nous nous enfonçâmes au cœur de la campagne non loin du village de Montségur, dissimulés par des vallons et des forêts de cèdres. Au bout d'un moment nous aperçumes de loin d'étranges bâtisses de bois et de tissus, au couleurs vives, et une agitation joyeuse qui parvenait à nos oreilles.
Là bas l'accueil fut splendide, je rencontrai tour à tour chaque personne du village, tous aussi chaleureux les uns que les autres. Le village d'une cinquantaine de personnes était peuplé de vingt-trentenaires pour la plupart, a l'exception de quelques vieux??, et d'un bébé. Chacun apportait son aide à la communauté de la façon qu'il le désirait. La communauté était jeune aussi, elle était enthousiaste et les règles étaient encore souples et ouvertes à la discussion. Le potager gigantesque et le poulailler fournissait totalement les besoins en nourriture. Je proposai mon aide pour ce qui était de la fabrication de mobilier, et ainsi je passais mes journées à fabriquer librement tout un tas de trucs, des étagères pour la nourriture, des assises extérieur... et d'autres inventions plus ou moins utiles. Le soleil du sud combiné à la douceur du vent des Pyrénées nous baignaient tous dans une joie collective, et on passait de merveilleuses soirées, tantôt à s'échanger des intimités à la lueur des lanternes, tantôt à danser au son des guitares folk et des crickets.
Je rencontrai Pedro, qui lui aussi aimait s'affairer à la construction d'objets utiles en tout genre. Je tombai folle amoureuse de ce gus. Cheveux blond frisés en pagaille qui tombent sur son visage, yeux bleus ciel d'une douceur ineffable, il passe son temps à faire du yoga, à prodiguer des massages ou à jouer des instruments. Au pieu le personnage est la chose la plus divine que j'ai jamais rencontré. J'ai l'impression qu'il libère mes chakras juste avec ses mains et ses caresses.
Petit à petit j'ai appris à faire partit des leurs, c'est à dire à comprendre l'amour, l'absence de jugement et d'autre trucs de genre zen.
Dans l'Eden, le bonheur est circulaire, c'est ce que disais Kundera je me souviens, et nous les hommes, abandonné par dieu, sommes contraint d'avancer en ligne droite.
Un temps je crus que moi comme ces autres j'avais compris le bonheur.
À présent j'en doute. Voilà ou j'en suis. Il fait noir maintenant, on est rassemblés autour d'un feu de joie. À la demande de certains, nous poursuivons ce soir une soirée poème. Le dos calé contre Pedro qui me régale de tendres papouilles, j'écoute les poètes déclamer leur œuvre.
En voici une :
Sur les plaines abandonnées,
Nous ramasserons les abricotiers,
Perchés sur la cimes des arbres,
En chemises de lin blanc.
Au pied de l’arbre de but en blanc,
Je lui donnerai quelque baisers,
Je le laisserai le long des vignes,
Ou bien dans un vaste champ.
Vous comprenez j’ai d’autres rêves,
Et je chasse les moustiques.
Les jours s'étaient enchainés sans plus de distinction. J'avais diminué ma consommation de cannabis, et c'est en scrutant les flammes que je me rendis compte soudain que quelque chose me manquait. En ma capacité de créateur, je me mis à songer à nouveau au temps ou je pouvais créer de la musique avec de simple clics, fabriquer des vidéos avec mon téléphone. Suis-je à jamais dépendante du capitalisme? Ou bien mon destin créateur se trouvait-il ailleurs? La forêt et ces êtres m'avaient fait tant de bien certes, mais à présent, je ne m'en contentais plus. Mon âme était plus sereine de savoir qu'il y avait toujours un ailleurs, avec des gens plus vrais, quoiqu'un peu fantaisistes. Mais une immense tristesse m'envahissait à l'idée de ne plus jamais rejouer avec mes outils créatifs, inhérents malheureusement à babylone. Il fallait y retourner, et savoir faire la part des choses. Réussir à séparer l'outil de ce qu'il contenait d'empoisonné. J'attendis encore plusieurs semaines, à me demander si il s'agissait d'un doute passager suite à un changement de vie trop brutal. Mais mon amour pour Pedro s'évanouissait également. J’annonçai alors mon départ, un début de soirée avant le repas commun. Ils acceptaient ma décision, et nous passâmes alors la soirée à pleurer, à boire, à s'enlacer, à se dire au revoir de la plus belle des façons. Le matin, je remplis mon sac, regardai Pedro une dernière fois, et partie sans me retourner.
[[- Rentrons !| devenuezen]]
Le gus est connecté sur facebook, j'en profite pour rentrer en conversation avec lui. Il m'explique plus en détail des choses avec sa meuf. Il dit qu'on pourra se revoir tout les deux, mais elle passe avant toute chose. Dès lors qu'elle vient en ville, il ne peut plus avoir de temps pour moi.
Je suis terrassée par cette annonce. C'est une proposition où je ne peux qu'accepter délibérément d'être un bouche-trou. Et le pire dans cette affaire, c'est que j'y souscris sans négociation. Car je me sens immensément seule, et que ça me parait indubitablement mieux que rien. L'autre argument, c'est que je m'étais promis de garder l'esprit ouvert et que j'avais envie d'essayer d'avoir une relation libre. Et là, comme de juste, on me propose cette chose désirée, et que fais-je au lieu de sauter de joie ? J'ai peur, je souffre, je suis pleine de doutes. Quel est ce mystère? J'encaisse déjà une certaine forme de jalousie envers cette inconnue dont j'ignore le faciès et dont la simple existence m'empêche d'accéder à l'amour de l'adorable Tom. Mais en réalité, la jalousie est une façade, n'est ce pas ? Elle n'est que l'indicateur trop évident d'un cruel manque de confiance en moi.
J'ai lu une fois que le doute peut être considéré comme un indicateur. Si je me demande “suis-je vraiment un artiste?”, les chances sont fortes pour que je le soit. Le vrai innovateur est apeuré jusqu’à la moelle. Et c'est pareil pour la peur : plus quelque chose nous fait peur, plus il faut y plonger. J'ai vu cela sur une vidéo de la chaîne Autodisciple, où Raj, le youtubeur, racontre en bref ce qu'il a lu dans " The War of Art " par Steven PressField ( La Guerre de l'Art, 2002 ). Si ce que nous souhaitions faire et entreprendre n’avait pas d’importance , nous n’aurions pas de résistance, nous n'aurions pas peur. Donc c'est cette paralysante peur même qui nous indique que c'est en réalité le bon chemin pour grandir.
Je suis très tourneboulée. La jalousie n'a aucun sens. Pourquoi devrais-je déjà emprisonner cette personne que je viens à peine de rencontrer? Pourquoi ne puis-je pas lui donner de l'amour sans rien attendre en retour? Ne puis-je pas l'accepter tel qu'il est, c'est-à-dire, en couple et en aimant une autre?
Je sens qu’il est en train de partir,
Cet idéal faussé de l’amour,
Je vis seule non point dans l’attente de vivre à deux,
Je vis seule pour ce cycle de temps actuel où j’ai envie de vivre seule.
Peut-être je pourrais vivre un jour en collectif,
À trois,
Ou à deux.
Ou seul.
Peu importe.
Je n’ai pas besoin d’être sympa,
Ni d’être aimée.
Je fais ce que je veux.
Parfois je vagabonde dans mes fantaisies,
À chercher les escargots,
À dessiner les espaces de ma maison imaginaire,
Les draps de mon lit-tente,
Les animaux qui dormiraient avec moi,
Les ailes dans mon dos pour m'envoler au pays des rêves.
Parfois je suis calme, posée, et je respire,
Et parfois je veux courir,
Rire très fort et gambader,
Aimer doucement,
Et aimer folie.
Parfois je veux rigoler,
Parfois je veux me taire.
Tout cela importe peu, tant que je m’aime et que j’aime.
Sans peur de l’image.
Sans peur du ridicule.
Et ma rigueur de vie,
C’est mon cœur qui la dicte.
[[- Ne te laisse pas envahir par la jalousie !|jalousie]]Les réflexions matinales sont les plus efficaces. Il faut oublier ce Tom, c'est limpide comme un écran 17 pouces. Ne voyons pas tout en noir, c'est tout de même une première réussite. C'est le premier matou d'un soir, le premier de la longue liste d'expériences et de rencontres qui nous attend. Enterrons le souvenir de cet homme, et passons à la chose suivante !
De toute manière, séduire l'homme en discothèque, ce n'est sûrement pas le procédé idéal. Le stratagème a fonctionné car nous connaissions sa personne par le passé. Mais finalement dans cette salle sombre, tout collés les uns les autres, comment bien apercevoir l'humain acceptable?
Rencontrons plutôt la gente masculine via le net!
Je me lance dans quelques vidéos youtube. Une première pour le lâcher-prise afin de m'aider à dire au revoir à machin ( ne jamais minimiser une perte !), puis je me concocte une playlist de vidéos axées techniques de séduction. Les premières vidéos m'enjoignent à proposer un maximum de verres à des inconnus, de ne jamais rater une occasion d'essayer de se connecter aux autres. Il n'y a point de " le seul et l'unique", il n'y a que des rencontres que l'on fait fonctionner. L'autre argument, c'est la "statistique". À force de s'y risquer avec tout un tas d'hominidés, il y en aura forcément un dans le lot qui sera intéressé et intéressant. Ces conseils viennent du coach en séduction Matthew Hussey. La plupart de ces vidéos prescrivent aussi de s'habiller plus "femme", et de se sentir habité par ce rôle. La femme en somme, dit Matthew avec son accent américain et son séduisant sourire, n'a pas besoin de beaucoup de techniques. Il suffirait qu'elle se trouve là où il y a du monde, et qu'elle sourit à l'inconnu. Ce qui est globalement dans mes cordes.
[[- Va draguer| vas draguer]]Trois semaines ont passées depuis la rencontre avec Tom. Un soir dans la rue, alors que je rentrais, je l'ai aperçu sur le trottoir d'en face avec la dite demoiselle au bras.
De petite taille, longue crinière brune, sauvage. Une envie immonde me serra le coeur. Aussitôt des phrases s'éparpillèrent dans mon esprit.
//Oh mes cheveux blonds sont horribles
Elle est si belle, je me sens si laide
Oh si seulement je pouvais voir comment elle fait que je puisse être comme elle.
Oh moi aussi j'aimerais porter ce type de veste.. //
Et Tom, soudainement Tom était le centre du monde, soudainement Tom était l'homme qu'il fallait obtenir. J'eus si mal. Je désirais Tom rien que pour moi. Je désirais Tom à mes pieds.
Pourquoi suis-je devenue soudainement jalouse si fort?
Si possessive, si envieuse.
Peut être souhaitais-je acquérir sa force.
Sa résistance à la résistance.
Peut être voulais-je qu’il me sauve,
Qu'il me tienne par la main.
Ce qu’il s’obstinait de ne pas faire..
Peut être voulais-je être fière. Lui appartenir.
Être la femme fière de l’homme-guerrier.
Alors que pourtant, je désir honnêtement être aussi un guerrier.
Je pense que Tom voulait cela de moi, il voulait cela des femmes,
Toutes à la conquête de nos propres dictats de cœur, maitresses de notre destin.
Peut être que ma volonté aventureuse et guerrière,
C’est ma part homme.
Et mon amour des autres, c’est ma part femme.
Je ne sais plus.
Je me sentais soudain incroyablement nulle.
Je ne m’aimais plus.
Je me jugeais, moi qui ne savait pas garder ne serait-ce qu'un homme à mon chevet.
Moi qu’on ne pouvait aimer.
J'étais mon propre martyr.
Je perdais ma confiance,
Peur d’être pas assez drôle,
Pas assez belle,
Pas acceptée.
Sans cesse à se chercher un personnage,
Qui fera que l’on sera accueilli.
Oui, j’ai peur comme au collège.
Pleine d’envie face à ces gens qui évoluent si simplement dans la vie
Tous flottant, planant,
Tandis que moi depuis longtemps je patauge, j’ai dû apprendre à nager.
C'est mon corps de souffrance qui s'active en fait.
Mon essence finalement : à la recherche perpétuelle d'un pilier, d'un port d'attache, d'un prince charmant. Des rêves d'amour au premier regard, de complicité éternelle, de support total de l'un et de l'autre. La religion AMOUR.
Il faut que je devienne autonome.
Je tape relation libre sur Google pour suivre des petits conseils de protection du palpitant.
[[- Sois forte ! |suite aventure]]Deux semaines se sont écoulées. J'ai craqué, j'ai pleuré devant Tom et ses potes. Après cela, Tom semblait aussi très malheureux. En réalité, il devenait de plus en plus bizarre. On s'est rencardé sur un bord de rivière, assis en tailleur devant le courant. Il s'est alors mis à parler. Il m'a expliqué que notre relation lui causait de la souffrance. Ses amis autour de lui parlait trop. Il y avait comme un constant nuage de ragots derrière son dos. Tom l'homme à deux copines. Il avoua qu'il n'en pouvait plus. Je pleurais un peu. C'était trop compliqué à gérer pour lui. Il jugeait qu'il fallait mieux qu'on arrête. J'aquiesçai à contre cœur. Surtout, je n'avais pas la force d'argumenter, ni d'idée de discours héroïque du style " t'inquiètes on sera fort à deux, bébé ".
Le regard des autres peut briser des relations. Voilà ce que je pense maintenant.
Ensuite on se quitta, et quand je rentrai chez moi, les larmes coulèrent en flot plus grand. Je me sentais mal. Je ne savais plus vraiment qui j'étais. Suis-je cette personne tout à fait vide de sens? Suis-je bien cette personne que l'on rejette? Pourquoi ne suis-je pas l'autre fille, celle qu'il conserve?
Ah, ces pensées noires m’inondèrent. Suis-je si dispensable?
Je me sens devenir une coquille vide. à l'intérieur de moi, il n'y a rien qui vaille la peine de garder. Tout est si laid. Je m'horripile. Mon visage qui se reflète dans les vitrines est la pire chose que je doive endurer.
Je regarde une vidéo de Matthew Hussey " The #1 Cure for Your Broken Heart " sur YouTube. Puis ensuite une autre de la chaîne youtube School of Life, "How To Get Over Rejection".
Il faut vraiment enterrer Tom. Je dois consentir à vivre cet échec, l'accepter dans moi.
Bon ça vas pas du tout !
On reprend tout.
Je me mets à douter de moi parce que je me suis fait tej.
On a besoin de notre temps de deuil.
On se sent barbouillé,
Il faut revenir à soi
Et pour cela, il faut effectuer un deuil de ce qu’on a perdu, Tom,
Et un deuil de l’espoir de trouver un autre quidam.
Signons l’arrêt des recherches,
pour apprécier le jour présent.
De fait on peut se permettre d’être mélancolique,
De penser à nos peurs de solitude et de jugement,
De ne pas sourire tout le temps,
De regarder des vidéos stupides,
De se donner du temps,
Tout en considérant qu’il s’agit là d’une maladie qui va passer,
Et surtout ne pas se remettre en doute sur notre personne.
On est très belle et très intelligente.
On est patient avec soi mais on ne se laisse pas boucler sur des pensées négatives.
On est calme.
À la suite du deuil,
On se mettra a travailler pour retrouver le sourire,
Donc on sourira,
On accueillera le monde,
On sera joie, douceur et bienveillance avec les autres.
On saura donner avant de recevoir,
On aimera sans peur,
On prendra des initiatives,
Et on décidera d’être heureuse seule,
Puisqu’on s’aimera déjà soi-même.
N’oublions pas que dans tout les cas il faut accueillir le maintenant, et les autres dans toute leur beauté, regarder avec du recul ce film fascinant qui se déroule devant nos mirettes.
Nous ferons des mantras avant d'aller dehors pour adopter une attitude ouverte et vive.
Et cessons ce complexe d’infériorité !
[[- Tu es d'humeur bien poétique ! |poemepoemme]]En piste, allons tâter les outils numériques pour rencontrer les individus.
Il existe une ribambelle d'applications de rencontre, et chacune a ses caractéristiques particulières. Mais la drague se poursuit de plus en plus sur les applications banales, pour peu qu'on y montre de sa chair en photo, comme facebook, instagram, ou twitter.
[[-Testons Tinder !|sur tinder]]
[[-Testons Facebook !|facebook2]]
Ça y est ! VICTOIRE ! Votre fidèle serviteur, cheffe des continents psychiques, maitre en l’art de l’illusion intérieure, reine du karma, humoriste de renommée internationale, c'est à dire moi, a pratiqué la sexualité dès le premier soir suite à un rendez-vous Tinder !
Mon date, prénommé Acki, et moi, nous sommes rejoins dans un bar lounge. Après une légère gêne, les paroles se sont petit à petit déliées au fur et à mesure que se vidaient les verres. La conversation Tinder précédant ce rendez-vous n'avait guère duré plus de trois messages, quelque chose comme :
//
- Hey ça te dirais un verre jeudi?
- Ouais ok pourquoi pas je suis libre ce soir là :)
- Cool, envoie ton num
//
Je ne pouvais le nier, l'homme possédait un certain charme. Sa conversation en revanche, laissait à vrai dire, à désirer. Il me vomissait littéralement à la figure l'intégralité de son récit existenciel. Ensuite, quand son histoire pris fin, il m'entraina en boite. Pour me séduire, il fit usage de la fameuse technique de la main délicatement posée sur mes reins ainsi qu'un généreux collé-serré. Il m’abreuvait généreusement de cocktails et me remplissait le gosier de cachetons d'extasy. Nous cessâmes de danser à un moment afin de faire une pause à l'extérieur, ainsi apaiser cette fougue au moyen de quelques cigarettes. Dans le fumoir, nous faisons connaissance avec nos voisins d'assises, de surcroit tout à fait sympathiques. Je m'acoquine facilement avec une fille répondant au prénom de Léa, avec qui j'échange contact. Elle aussi est très guillerette, et me propose de partager quelques lignes de sa propre substance.
Une fois 5 heure arrivée, je dû admettre que j’avais la tête complètement à l'envers, mais que dans le même temps, j’avais bien envie de continuer à avoir la mimine de Monsieur Acki dans la mienne. On rentra chez moi pour se retrouver seuls. Selon le schéma cinématographique par excellence, ses yeux certains exprimaient l'absence de doute quant à ce qui allait se dérouler. Manque de bol, je ne suis pas une super camarade de sexe et drogue mélangées. Il est doux et aussi je lui glisse cette information à l’oreille. Il sourit avec amabilité, mais n'a pas l'intention d'en prendre compte, et se met à l’œuvre. Il se dénuda en me priant de faire de même. On exécuta alors quelque chose que je qualifierais de strictement physique. Voir même, machinique. Et affreux. L'homme ne semblait posséder absolument aucune connaissance en matière de sexe agréable, ignorait totalement ne serait-ce que les basiques du plaisir féminin.
Moi tout ce qui m’intéressait, à cette heure tardive de la nuit, c’était de pouvoir reposer ma tête sur ses pectoraux agréables, et qu’on puisse s’endormir tout serrés alors qu’il me procurerait des caresses réconfortantes sur le dos. Clairement ce n'était point l'objectif de ce monsieur. Il s'affairait plutôt à me tourner dans tout les sens pour trouver sa propre jouissance, pendant que je simulais des glapissements de plaisir alors que l'interaction commençait franco à pencher vers la douleur.
Pour l’égo, ce fut quelque peu désagréable. Je songeais à toute mes fois avec mon premier amoureux. Nous nous ébattions sur son lit et alors qu’il plongeait son regard dans le mien, humide, brillant, extatique, il jouissait presque de passion, et tentait en vain toujours de s’y refuser, pour y obtenir un plaisir de plus longue durée. Acki en revanche, il ne recherchait pas la tendresse lente d’une sexualité agréable, il souhaitait la jouissance immédiate, et la pourchassait aveuglément, gauchement, vainement même, tandis que je le scrutais du regard.
Bref, nous nous arrêtâmes quand qu'il s'aperçut enfin que ces ébats n'avaient absolument aucun intérêt.
Ensuite il s'est rhabillé et s'en est allé.
J'étais OH ! Si joie qu'il s'en aille. Dès qu'il ferma la porte, je m'évanouis dans mon lit.
Alors que penser de cette histoire?
Je me sens à nouveau sans dessus dessous. Certes, je suis parvenue à m'ébattre avec un inconnu, ce qui est un bon entrainement. Mais en même temps, cela m'a fait réaliser que j’étais encore assez fragile.
Parce qu'au fond il ne me plaisait pas vraiment cet homme, mais j'étais très avide de le ramener chez moi afin qu'il me réconforte. J'avais envie de me sentir protégée. Je ne ressentais pas de désir.
Oui, pendant qu’on faisait l’amour, je me suis rendu compte que je ne voulais même pas jouir ou avoir tout cet espèce de jeu corporel que peut être le sexe.
Je voulais être validée.
Bon, maintenant qu'on est passé à l'étape "ramener l'inconnu dans sa caverne", comment pratiquer le sexe agréable?
OK GOOGLE ! Comment bien faire l’amour?
Selon doctissimo.fr ( journal en ligne sur la santé ), il faut être dans l'instant et faire ce qui nous viens. Les caresses ne doivent pas s'attarder uniquement sur le sexe de son partenaire, mais s'occuper un peu de toutes les parties de son corps.
Sur aufeminin.com, ils mettent l'accent sur la fellation.
Sur femmeactuelle.fr, il faut apparemment toujours surprendre, prendre les devants, et varier les positions.
Je me concocte ensuite une playlist de tutoriels de drague sur youtube que j'engloutis ensuite avec avidité.
Le kino, vous connaissez? C'est une pratique de drague qui consiste à toucher de façon anodine la personne que l'on souhaite séduire sur certains endroits clefs de son corps. Par exemple, une main derrière le dos au niveau de la hanche. Ou une main sur l'épaule gauche. Une autre technique stipule qu'il faut scruter l'individu dans l’œil droit, soit disant parce que l’œil droit serait contrôlé par le cerveau gauche, qui est la partie émotionnel du cerveau. C'est une multitude de choses à retenir cette affaire. Devrais-je me balader munie du pense bête?
Je continue mes recherches et j'arrive sur la vidéo de Wayne Elise. L'homme explique que sa technique pour brancher un individu en soirée, c'est d'arriver avec un compliment amusant, du genre "j'adore ton chapeau, on dirait un cowboy qui s'est reconverti en vendeur de tapisserie".
Il possède également la formule magique pour flirter efficacement, que je vous livre sur le pré :
- Poser une question ouverte
- Écoute patiemment
- Récompense de l'effort
- Passe au level suivant d'intimité
- Recommence
Selon Wayne, le secret avec la drague, c'est que les gens ont besoin de sentir que si ils nous plaisent, c'est grâce à un effort de leur part. Il faut qu'il ai l'impression d'avoir prouvé leur unicité de quelque manière, d'avoir gagner là où d'autres auraient échoué. Si ils sentent que quoiqu'ils fassent, effort ou pas effort, nous sommes déjà sous leur charme, leur intérêt s'évanouit. C'est pour ça qu'Élise Wayne propose aussi de créer des "fausses barrières". Ça consiste à lâcher à tort et à travers des palabres du style "ça n'aurait jamais marché entre nous" ou encore "je vous aurais bien dit que je vous trouve maxi sexy mais on ne se connait pas encore assez". Dans cette dernière phrase on peut constater qu'il est effectivement possible de livrer son penchant à l'autre, mais d'une manière légère et contradictoire..
C'est à devenir schizophrénique cette affaire. L'humain est-il une créature si brisée qu'il lui faille rencontrer un quidam qui lui donne l'impression d'être unique et le fournisse en challenge dans le même temps?
15H déjà !
Il n'y aura guère plus rien d'ouvert pour se sustenter à cette heure ci. J’enquête sur deliveroo ( application de livraison pour la restauration ) car mon estomac se met à grogner vivement. Oh allégresse ! Il reste un restaurant à sushis toujours en activité ! Je m'empresse de commander une petite sélection de victuailles à me faire livrer sur le pas de la porte, 6 sushis au saumon, une salade de chou vinaigré, une soupe miso. Au bout de 20 minutes, le pourvoyeur à bicyclette s'annonce à l'entrée via un bref appel. Je descend quérir la pitance en rez-de-chaussée.
Arrivée en bas, à la vue du susmentionné livreur, ma mâchoire manque de se décrocher. Un homme d'une beauté sans nul pareil en tenue turquoise me tend ma commande. Un véritable sublissimo. Assurément le K-way recouvre une bonne partie de sa personne, mais son faciès lui, est tout à fait visible et possède la finesse et la douceur exemplaire. Ses mirettes plus bleutées que le ciel en personne me toisent tandis que je demeure immobile. Le gus me décoche le sourire alors que la sueur de l'effort ruissèle sur son front, qu'il a fort joli également. Des dents toutes blanches et bien rangées, des touches sur un piano, combiné canine de vampire petit format. Sa photo irait super bien au dessus de mon lit, alors qu'il serait vêtu d'une grande cape rouge, et d'un chemisier dévoilant légèrement quelques gracieux pectoraux.
Je reprends soudain conscience et saisis mes sushis en le remerciant. Il s'en va en me souhaitant le "bonsoir".
Diable. Je n'avais jamais songé à la drague sur deliveroo.
Je reçois un texto de Léa ma nouvelle potesse qui me propose de la rejoindre ce soir avec ses amis avant d'aller danser dans quelques clubs nocturnes. Toujours prête pour rencontrer d'autres individus ! J'accepte l'invitation et raccroche après quelques politesses appropriées. Il n'est pas encore l'heure de l'apéro. Que peut-on faire en attendant, afin de faire utilement usage de son temps?
[[- Va faire du shopping !|shoppingggg]]
Faut-il choisir?
Certes on rencontre plein de personnes. Notre univers est en expansion. Mais je n'avais jamais fait face à ce type de problème avant. Comment sommes nous sensés choisir exactement?
Dans mon téléphone, je conserve avec passion, comme de précieux trésors, ces phrases d'hommes qui me sont adressés. J'y trouve à leur relecture, comme un apaisement fragile, une confiance branlante façonnée sur des preuves de ma capacité à procurer du désir. J'eusse aussi aimé garder de mes ébats des traces, un morceau de T-Shirt, une chaussette, fétichisme incertain. Mon univers s'étend peu à peu, ma liste de contacts croit. Je peux festoyer tout les soirs avec des individus différents. On m'appelle tous les jours. Je suis de plus en plus populaire, et je veux en jouir d'autant plus.
Dans mon lit, il est 14h. Je songe au livreur de Deliveroo. L'idée proprement innovante me vint de pouvoir commander dans le même temps un petit plat et un homme de compagnie, le fameux sublimo de l'autre jour. C'est une proposition tellement surprenante et incongrue que sûrement il ne pourra refuser. J'attends vers 15h00, presque la fin d'un shift, pour passer commande. En attendant je prépare ma personne pour me métamorphoser en la fille la plus désirable et sophistiquée de l'univers. À ce titre, j'étale autour de mes yeux une demi-tonne de fard à paupière noire, et j'enfile une mini robe noire qui met en valeur mes jambes ( de part le fait qu'elles soient à découvert principalement ). Ni une ni deux je commande, cette fois-ci un genre de mélange maki-sushi en menu avec des brochettes. En 15 minutes chrono, le sublimo est à ma porte. Il sonne tandis que je trépigne sur place à présent que mon plan est à une étape aussi avancée.
À l'interphone je lui annonce que je me suis foulée la cheville, aussi j'aimerais qu'il monte me le livrer à la porte, deuxième étage. Il ne s'en plaint guère et rentre dans l'immeuble pour grimper les escaliers au pas de course. J'ouvre la porte et entends ses pas dans les escaliers tandis que mon palpitant atteint à présent un rythme semblable certainement à celui d'un lièvre pris en chasse par un loup. Il apparait soudain devant moi, et manque un temps d’arrêt à ma vision, comme un bug système, ce qui ne manque pas de me ravir secrètement. Il s'approche, un peu empressé mais ralentissant tout de même la cadence, et me tend le sachet dans lequel est contenu le repas. Je le remercie en m'en saisissant et il me sourit. Un léger flottement surgit entre nous deux. Embarrassée, je ne peux y prendre appui.
Il tourne les talons et se met à redescendre, et ma bouche comme conduite par quelqu'un d'autre se met à le héler
//- HÉ !//
Il s'arrête et se penche pour me regarder.
//- Tu... Tu me passes ton numéro?//
L'homme fait les grands yeux, puis me délivre le sourire maxi format.
//- Avec plaisir.//
Oh là là. Il remonte vers ma porte en extrayant le téléphone de sa poche. Arrivé à ma hauteur, il me sonde des yeux, prêt à noter.
J'inspire. J'expire. Puis :
//- Si t'as finis ton shift, je peux aussi t'offrir un verre d'eau.//
Je crois que je rougis jusqu'aux oreilles. Il me dévisage tout entière.
Il range son téléphone et ferme la porte derrière lui.
[[- Passons aux choses sérieuses|instalife]]Aujourd'hui, jour de décision, je m'inscris sur Instagram. Ça me permettra d'avoir accès plus facilement aux jolis minois populaires et dans de plus grandes proportions. Selon le journaldesfemmes.fr, draguer sur facebook c'est "hasbeen" et sur Tinder, le jouvenceau est de mauvaise qualité. Le reste des applications destinées à la rencontre reste selon moi un concentré de vieux et de timides, et j'ai bien assez de devoir me coacher moi-même en ce moment.
Je me crée un compte, sous le blaze hilarant de falalfelbala. C'est un mélange entre Falafel, un met composé de pois chiches, et Falbala, la plus belle gauloise du village dans Astérix et Obélix. Je nourris ensuite mon compte de photos bien réfléchies :
Moi même, de plein pied devant un paysage fantastique, feintant un air d'aventurière. Une autre ou je grimace, un kebab à la pogne, pour montrer que j'aime m'amuser.
Une autre en maillot de bain sur la plage, sexy, mais avec un faux poulpe sur la tête. L'autodérision prévient toute forme de moquerie.
Une dernière avec un groupe, dieu sait qui sont ces gens, témoignant d'une certaine popularité ( illusoire ). Ne jamais dire qu'on se sent seul.
La solitude rebute, la solitude fait fuir. Mieux vaut ces mensonges qu'on se répète à sois et qu'on vend aux autres. Utilisation abusive de la méthode Coué, qui consiste à répéter des affirmations positives afin qu'elles se réalisent. Je suis populaire. Je suis populaire. Je suis populaire.
Néanmoins, je réalise que je suis en train d'effectuer un travail de publicitaire quand je conçois mon profil avec des images séductrices transmettrices de messages cachés. À la manière des pubs, l'image n'est pas utilisée de façon anodine, elle est utilisée pour tout son potentiel d'information implicite. Quand on voit les femmes sur la télé avec le parfum chanel, on vous dit qu'en achetant le parfum Chanel vous allez être irrésistible. Quand on voit les pubs de nourriture avec une famille remplie de souriants visages, on vous dit que ce produit rendra heureux votre logis. Sur instagram, les pubs sont au même format que les photos des usagers normaux. Parfois, les usagers deviennent porteurs d'une marque. Tout se mélange dans un brouillard esthétique, entre vente de soi, vente d'objets, promotion des marques, éloge du beau. Mais ce qui me semble certain, c'est cette sensation de ne plus acheter vraiment un objet. En réalité on achète le package de fantasme qui vient avec. Avec cet objet, tu auras des amis, tu auras du charisme, tu seras heureux, tu seras irrésistible. Ça me fait penser à ce que dit Slavoj Žižek dans "Les Spectres de l'Idéologie", 2002. Pour lui, c’est en cela que réside l’économie libidinale de la consommation capitaliste : dans cette production d’objets qui, au-delà de la satisfaction d’un besoin, crée ce besoin qu’elle prétend satisfaire, apportant le dernier tour d’écrou à la vieille idée de Marx selon laquelle c’est la production qui crée le besoin de consommer, le besoin des objets produits.
Lalala, mind and the screen are the same these days.
Je repense à mes précédentes conquêtes.
Il ne faut pas désirer.
Il faut avoir envie.
La chanteuse Gala dit dans sa chanson Freed from Desire, " Freed from desire, mind and senses are purified ".
L'envie c’est léger, c’est positif, c’est sans contrainte, c’est intuitif.
C’est la parole pure du cœur.
Ça peut être long comme court.
Ça prend la forme idéale.
Ça définit le faire.
L’envie en cours, c’est bonheur.
L'envie finie, c'est douceur.
Le désir, c’est lourd.
C’est égotique.
C’est un ordre corporel, c’est exclusif, c’est obligatoire.
C’est indomptable, c’est impérieux, c’est douloureux.
Une fois rempli, c’est ingrat.
Alors remplissons notre vie de furtifs plaisirs!
WOOOW ! Mille notifications d'un coup. Je sens l'hormone de l'excitation me secouer les veines. C'est mon compte instagram qui chauffe. Une trentaine de likes et plein de nouveaux comptes qui me suivent. Mon palpitant s'agite et une chaleur souffle dans mon estomac. Je vais enquêter sur ces gens qui se sont intéressés à moi.. Y'a de jolis individus qui m'ont ajouté, dont EternalEmpire, un pseudo qui dissimule un homme appelé Jordan. Une frimousse plutôt exemplaire, si on raffole du beau-gosse australien. Je l'ajoute aussi, et me balade dans ses photos. L'étape suivante selon le site de Mademoiselle pour réussir la drague instagram, c'est de liker quelques photos de sa personne. Non sans manipulation aucune, j'évite soigneusement celles avec sa musculature révélée d'arpenteur de salle de sport, et ajoute plutôt un like sur les paysages, et celles de son chien.
Quelques minutes plus tard, le bonhomme "like" aussi un de mes clichés, celle ou je suis en maillot avec une méduse vissée sur la tête. J'ajoute même que le gus commente ladite photo avec le message que voici :
//You're fun :) //
Je palpite. J'observe mon image d'un autre œil. J'imagine sa personne regarder ma personne au travers l'écran de son smartphone. Il me semble que je m'observe à présent au travers des yeux des autres. Quelle étrange sensation.
Pourquoi ne pas envoyer à notre nouveau dulcinée un premier message privé?
//- I think you're dog is pretty fun too, not so easy to keep up this kind of level.//
Vous voyez l'astuce? Non? C'est la technique du floopsy par Wayne Elise, dans son livre "How to Meet and Connect with Women", 2005. Ça consiste à engager la conversation en parlant d'un objet d’intérêt. Ce n'est pas facile d'engager une conversation au début. On ne connait que trop bien l'indésirable "Salut ça va? ". Le floopsy règle le problème en menant directement à une conversation plus joueuse sans le moindre effort.
Le gus mord à l'hameçon, et on commence à parler de son chien. La conversation s'envole, on parle de son existence, puis de la mienne. Il a le vocable anglais chou, et délivre le compliment à tire larigot, ce qui n'est pas pour mon déplaisir. On s'envoie les photos du présent. Ici, il est 16h. Il n'y a rien de proprement excitant dans mon appart, aussi je lui expédie une photo d'un parc prise précédemment ( feintant la fille qui apprécie la verdure et les espaces naturels ). Chez lui, il est 2 heures. Il est sur la plage, ambiance nocturne, scrutant le ciel en fumant quelque plante illicite. Il est seul et il se ressource au son des vagues et de la douceur de la nuit ( enfin c'est ce qu'il m'écrit ). Vers 2h30, il décide de rentrer chez lui, et me propose qu'on s'appelle.
La proposition est tout bonnement innovante. J'accepte et me glisse dans mon lit, le bigophone collé à l'esgourde. Il m'appelle via "Whatsapp" et je découvre sa voix si délicieuse, profonde comme un rocher marin et mielleuse comme un nougat à la fois. On échange davantage et il me semble que je murmure des douceurs à mon oreiller, que je fais les yeux doux à mon téléphone, que je tripote mon écran tactile. Dans cet état fébrile d'absence de corps et de séduction palpable, Jordan me demande :
//- What is your monster?//
La question ne manque pas de me chambouler. À ces simples mots, comme des revenants, des formes ineffables mais familières s'échappent de leur prison et viennent gigoter devant mon visage. Une peur m'étreint toute entière.
//- The ever unsatisfied dragon of solitude.//
Il rigole gentiment. Les revenants se volatilisent.
Je comprends au fur et à mesure qu'on palabre qu'il est en volonté de procédé à ce qu'on appelle communément un "sexcall". En fait, j'en ai la puce à l'esgourde quand il m'exprime la chose suivante :
//- Where is your hand?//
[[- Diantre|sexcall]]Décidément cet instagram est un trésor d'amusement. Après avoir souhaité la bonne nuit à Jordan, je passe la journée à écumer des profils, à zoner chez les femmes, les hommes. En plus d'y faire de la vente de sa personne, il y a aussi des photos de voyages, de l'art, à manger, à boire. C'est comme un catalogue de la distraction mondaine. Inspirée, je finis par rajouter de nouvelles photos de ma personne. En cool girl absolue avec des nouvelles tenues fraichement chinées des friperies à coté de chez moi. J'ai même fini en fin de journée par me payer une glace, deux boules, un échantillon de chantilly et un saupoudrage cacao, dans le seul dessein d'en tirer un cliché "hashtag-je-profite-de-la-vie". Le malheureux dessert a fini dans la poubelle après que j'ai pu saisir son meilleur profil et le mien.
Toujours en train de scroller, je chois sur une photo du scène de restaurant se déroulant à deux pas d'ici. Image mettant en scène une femme tout en sourire au dessus d'un plat, un genre de salade d'avocat pamplemousse revisité. Le commentaire indique en dessous que la cuisine est impeccable et les serveurs adorables. On aperçoit d'ailleurs le serveur dans un coin de la photo.
C'est vrai qu'il possède un faciès de bien bel facture..
[[- Allons au restaurant ! |goresto]]Je suis repassée en cambuse me refaire un teint de poupée, choisir les fringues les plus affriolantes de mon placard, et mille ans plus tard j'étais fin prête. Arrivée au restaurant, j'imite avec brio la femme d'affaires en pause déjeuner, scrutant la montre toute la paire de seconde. Le serveur super chou est bien présent. Mes yeux le convoquent et il me place sur une table prêt de la fenêtre, ce qui est tout à fait agréable de sa part. Je lui commande la même salade que la fille dans la photo d'Instagram. Je ne manque pas d'effectuer quelques galéjades à son endroit, en le fixant droit dans les mirettes, histoire que le message passe. J'ignore si il percute, et pendant que j'avale cette fameuse salade, je me lance dans un scrolle ininterrompu sur l'application. La fille précédemment découverte m'amène sur un réseau de splendides femmes toutes plus agréables de corpulence les unes que les autres, taille de guêpe, abdos qui se dessinent avec délicatesse sur le ventre, les fesses telles deux boules de glaces dans un cornet que forment les jambes. Je scrolle tellement que j'en deviens un peu dingue. Je n'ai plus du tout faim.
Je me sens à présent tel l'éléphanteau vêtu d'une jupe. Je continue à scroller, et c'est les visages cette fois qui semblent s'être échappés de peinture italienne. Des yeux bleus à vous couper le souffle, des lèvres comme des fruits prêts à être croqués. Oh comme les filles sont belles ! Oh comme je suis laide. Avec mes yeux noirs, mes petites lèvres d'enfant, mes joues rondes et mon ventre arrondi. Je me sens de plus en plus affreuse. J'étouffe dans ce restaurant.
Des pensées plus sombres affluent en moi, si bien qu'au prix d'un effort terrible, je me lève de table pour payer à l'entrée en conservant le visage le plus impassible de ma panoplie. J'ai honte de mon corps, et je peine à regarder le serveur qui m'encaisse dans les yeux. Enfin dehors, je cours comme une givrée jusqu'à chez moi. Je grimpe les marches de mon immeuble 4 à 4 pour arriver jusqu'à ma porte. Mes mains tremblent tandis que je saisis péniblement mes clefs. J'entre dans dans mon studio, claque la porte et me rue sur mon lit. J'enfonce ma tête dans un oreiller et je me met à hurler. Je hurle tant et tant, des cris abominables, que des larmes chaudes s'arrachent à mes yeux. Mon ventre est tout contrit et une migraine me lacère la cervelle. Au bout d'un moment mes cris cessent, les plissures sur mon front se dénouent, et il ne reste plus que quelques sillons de sanglots.
Huit ans passent encore, et je ne sais même plus ce qui m'a pris. Je reste déboussolée quelques instants. Puis je me lève et retourne vers mon téléphone. Une fille d'Instagram me propose de la rejoindre en Espagne le temps d'un week-end, pour faire la fête et faire des photos pour étoffer nos comptes respectifs. Je me sens vide. Ça augmentera certainement mon nombre d'abonnées. Je lui octroie une réponse truffée de smiley style :
//- Oh là là je suis trop chaudeeee ! <3 <3 :)) Je prend mon ticket directe :D //
Dans ce vide infini, je me lance des entrainements de gym sur YouTube à tout va, pour extraire le jus de mon corps, jusqu'à ce que je n'en puisse plus. Le reste de la journée se passe sur mon portable, à planifier des rencarts et des soirées, à chatter à droite à gauche avec des individus rencontrés au cours de ces derniers mois, à coup de :
//- Oh ma chéri !! Il faut trop qu'on se voit !
- Désolée chaton, ce soir je vois quelqu'un ! Une prochaine fois, promis !!
-J'ai promis à machin que j'allais à sa soirée ! Mais t'inquiète on se voit bientôt <3 //
Depuis plusieurs jours, il me semble que je passe plus de temps à entretenir mes réseaux qu'à voir du monde. Je passe un temps infini à m'excuser de pas venir à telle soirée, puisque je vais à une autre. Les gens m'invitent de plus en plus sur les événements Facebook. Je réponds toujours par un " je viendrais peut-être", même parfois par un "je viens", mais vu le nombre d'événements sur lesquels j'ai mis cette réponse pour le même jour, les engagements n'ont plus aucun sens.
Désormais, selon Serge Tisseron, "Engagement rime avec désengagement".
( Virtuel mon amour, 2009 )
[[- Allons en Espagne ! |espagne]]Pour ce voyage en Espagne, je rejoins cette nouvelle troupe d'inconnus, tous munis d'un corps de rêve et du vêtement impeccable. On loue un airbnb ( location meublée ) qui a des allures de villa de téléréalité. Arrivés tous là bas dans la maison aux grandes baies vitrées, vaste jardin fleuri bien entretenu et piscine de rigueur, on se rencontre avec grands cris et généreuses accolades, bien que nous ne nous connaissons ni d'Ève ni d'Adam. Sans doute nous imitons là une pratique de politesse exagérée à l'américaine, cela dit les accolades nous rapprochent efficacement des uns des autres. On dépose prestement les valises pour se mettre tout de suite au travail :
On commence par se prendre en photos les uns les autres à divers endroits du logis, dans le jardin, ou sur les rebords de la piscine. Le programme proposé par Lizi, notre hôte, se base principalement sur ce qui pourrait booster un compte Instagram. L'équation maline, c'est l'association entre influenceurs. Comme un featuring dans la musique. Comme un cross-over épisode dans les séries télé. Les fanbases de chaque partie se rejoignent. C'est donnant-donnant. En plus de ça, l'escapade est sujet à produire une quantité de matériel photographique non négligeable, destiné encore une fois à accroitre son compte. Je me laisse porter par les activités tout au long de la journée en conservant le faciès commercial de la femme souriante, me rappelant sans cesse mes techniques de séduction et autres astuces sociales. L'ambiance est à la hausse, et on file dans un fameux salon de thé pour instagrammeur au concept particulier. Pour rentrer à l'intérieur, il faut posséder au minimum 1000 followers sur son compte. Des hôtes d'accueils sont présents à l'entrée pour vérifier. Le prix des consommations dépendent ensuite encore une fois du nombre de ces dits followers. Plus on en possède, moins c'est cher. On pratique une fois encore une séance photo, avec pose de groupe et autres improvisations autour de l'appréciation de la caféine et de ses viennoiseries associées.
Neuf mille ans plus tard on embarque pour l'activité suivante, la plage. Une fois encore, suite au déshabillage de tout un chacun, on effectue nos plus beaux sourires, munis de bésicles solaires, rentrez le bidon mesdames, faites sortir les pectoraux messieurs, puis une autre série de clichés dans la mer où tout le monde a l'air de s'ébattre joyeusement avec le liquide. Je dois admettre que c'est assez désopilant de passer la journée avec ces inconnus, à ne s'occuper que de notre apparence. On peut aussi entrevoir cela comme un jeu à certains égards finalement. Tantôt j'éprouve de la fierté à être cette fille très populaire, tantôt je me vois avec ces autres comme sortie de mon corps, dans ces agissements étranges d'Être humain en expansion égotique. Notre groupe de jolis minois réunis devient le centre de l'attention de la plage, l'aimant des regards envieux. Dans ce bain de jalousie, à cette place qui suscite le désir, je me sens bien.
Un commercial de boîte de nuit nous repère, et nous invite à venir gratuitement en boite de nuit ce soir, alcool offert par la maison, afin d'en faire la publicité de par notre simple venue. À cette fin, nous nous rendons alors shopper quelques tenues neuves dans des boutiques de marques. Les essayages se passent dans une atmosphère joyeuse, entre nos propres personnes qui s'autocongratulent, et les vendeurs ravis de nous voir arriver. Ensuite on rentre à la villa pour se barbouiller de nos plus belles peintures de guerre, et des morceaux de tissus les plus attrayants de nos nouvelles panoplies perso. Enfin, quand l'heure se fait plus tardive et que le soleil se prélasse à l'horizon, je me sens subitement plus apaisée. La nuit est davantage mon élément. Les regards y sont plus explicites, les envies plus libres, on accède enfin à des substances qui relâchent la tension pour nous engloutir allégrement dans le grand jeu de la nuit.
Dans la boite après avoir pris quelques clichés en table privée, je m'abreuve de cocktails multicolores et enjoint quelques uns de mes nouveaux collègues pour aller agiter son derrière sur la piste de danse. Le son dégage l'effroyable, un mélange de musique commerciale à la sauce techno. Mais c'est ce qui en fait aussi son fonctionnement efficace: son rythme binaire permet de danser aisément dessus de façon aguichante. Très vite dans la foule je perds mes nouveaux amis. Je m’agrippe à mon portable pour les retrouver. On s'appelle et on hurle dans le combiné des " T'ES OU ! À DROITE ! JUSTE À COTÉ DES ENCEINTES ! LÈVE LE BRAS ! " Je passe parfois de longue minutes à les chercher, et l'on se félicite toujours grandement de nos retrouvailles, l'alcool accentuant l'enthousiasme. Je me sens si importante à faire ces allers-retours de perte et de rassemblement.
Nous festoyons jusqu'à plus soif, et accessoirement le lever du soleil. Je te l'accorde, j'ai bécoté pas mal de quidams, mais je ne t'en toucherais mot, tu commences à être habitué. Mission retour fin de soirée, mes compagnons plus éméchés que jamais fredonnent à tire-larigot dans l'automobile commandée via Uber.
De retour à la cambuse, un des gus de la troupe est en velléité de proposer la drogue qui procure de l'énergie, dans l'idée de continuer les festivités et pousser le bouchon un peu plus loin. Certains font l'impasse sur la proposition et tracent jusqu'à leur literie personnelle. Certains, dont tu sais qui, accepte l'offre sans rechigner. Je m'empresse de mettre de la musique agréable sur les enceintes du logis. Un millions de traces plus tard, force m'est de constater que les réjouissances se meuvent en partie de jambe en l'air.
[[- Toujours plus !|soireedulendemain]]Je me réveille tout à fait tardivement dans le plus simple appareil sur le sofa. J'ai un mal de crâne abominable. La vie est floue et n'a plus de sens, ni d’intérêt. Et plus encore, je m'en moque. Certains compagnons d'hier soir dorment encore sur les grands canapés, tout aussi dévêtus, je passe donc discrètement dans ma chambre pour procéder à une remise en forme de mon apparence. Ensuite je file en catimimi rejoindre Lizi. Elle m'a extorqué hier la promesse de passer une soirée en sa compagnie ainsi qu'avec ses consœurs de Barcelone, auxquelles elle souhaitait me présenter. Il s'agit ni plus ni moins que d'une soirée entre filles en bonne et dû forme. Bien qu'on affiche toutes un look à tendance péripatéticienne, la gente féminine présente ce soir est farcie à l'amabilité. L'hôte nous sert à profusion du vin rouge dans des grands verres à pieds, et nous nourrit de temps à autre de petits fours de chez picard réchauffés à tour de rôle. Il ne faut point attendre longtemps pour que les habituées de la maison sortent leur sachets personnels de poudre blanche. La conversation prend alors un virage serré, direction les dernières conquêtes de toute une chacune. Le palmarès est de haute voltige, les photos de freluquets passent de main en main sur les smartphones. Ça glousse à qui mieux mieux, mais la bonne entente et le soutien est de mise. La fille ayant eu la malchance de rencontrer une expérience négative peut trouver en nos personnes le soutien généreux :
//- You're so beautiful, body and soul. You deserve so much better !//
Les réjouissances prennent ensuite une tournure inattendue. Toute une chacune est invitée à se saisir de son smartphone afin de trouver un camarade de jambe en l'air au moyen du Tinder. Lizi propose aussi que nous testons une application de jeu concours. C'est une application qui regroupe tout les jeux concours du net, pour gagner par exemple des escapades féeriques à Paris, des tours de ferrari, ou d'autres activités sous une thématique qu'on pourrait résumer à "une journée dans la vie d'un riche rentier". Je passe d'une application à l'autre, écumant hypothétique garçon, puis hypothétique voyage, d'un fantasme à l'autre. On se montre des images, on ricane de plus belle. Je pourchasse multiples hommes à la fois car la ville recèle de jolis jouvenceaux, bien plus que de par chez moi. Dans le même temps, je procède à la discussion aux moyens de mes techniques secrètes. Une des filles de la soirée se lève soudain de son assise pour annoncer à la cantonade qu'elle se trouve être la gagnante du jeu, ayant dégoté le rencard avec un charmant damoiseau. On vérifie les dires de cette dernières sur son bigophone pour constater qu'elle doit effectivement retrouver le-dit gus, plutôt adéquat à mon avis, pas plus tard que dans la demi-heure. Empressée, elle disparait sous les applaudissements. Plus tard, je trouve également escarpin à mon peton, et manifeste à mon tour la victoire sous les ovations de l'assistance en filant tel la bourrasque rejoindre mon destiné.
Diego, 26 ans, qui ne déblatère pas grand chose en anglais, m'accueille chez lui avec douceur et détermination. Il m'enlève mon manteau et expectore la chose suivante :
//- ALEXA, SEXUAL PLAYLIST POR FAVOR//
L'assistant amazon lance la musique préprogrammée par Diego, et de même nous nous mettons à exécuter les activités tout aussi programmées par Diego.
[[- Il faut rentrer à la maison maintenant !|playlistebaise]]On est rentrés d'Espagne. La quantité de substance ingérée en un week-end a dépassé tout mes quotas précédents. Je passe la semaine à déjeuner avec la plus grande rectitude, en comptant mes calories et en pesant mes repas. Mon compte instagram a quadruplé d'utilisateurs, et je passe de longues heures matinales à travailler mes photos, prévoir des publications, répondre à des commentaires. Je traite cela comme une profession à part entière, que j'apprends sur le tas. Quand tout est à jour, j'avale le restant de mon thé vert, froid, et je file à la salle en tenue de sport Nike. Je fais un tour des machines, ainsi qu'une série d'exercices au poids du corps. Mon bracelet fitbit quantifie à la perfection la perte de mes calories en comptabilisant mon rythme cardiaque. Ma coquille est de plus en plus légère. Mon âme aussi est au régime. Plus rien chez moi n'a de poids. Seul compte la mise en pratique de ce programme. Si je suis le programme, tout ira bien. Sur mon portable, les numéros s'amassent mais je n'ai plus aucune idée de à qui ils appartiennent. Je ne retiens rien, et ça n'as pas d'importance, j'appartiens au monde à présent. Plus rien ne pèse plus qu'une autre chose. J'achète, je consomme, je m'entretiens. Je suis un citoyen parfait.
Il est d'usage d'être assez stricte en semaine, pour pallier aux effets post week-end. Les contre-coups des substances en tout genre ont tendance à nous affaiblir psychiquement. Il convient d'effacer tout sentiment, d'afficher une rigueur exemplaire. Subséquemment, nous serons en plus tout à fait près pour le week-end de débauche qui suit. Mon téléphone m'a averti par ailleurs que les inscriptions aux diverses concours ont portés leur fruits. J'ai gagné un voyage à Paris, avec hôtel de luxe, repas compris, sauna et douche. Il y a quelques visites touristiques dans le lot, mais peu m'en chaud. Je trimballerais plutôt ma carcasse dans les boutiques, et la nuit tombée, dans les boîte de nuit.
La semaine se déroule avec un agenda sans faute. Du sport, une quantité de nourriture tout à fait dosée, des rencontres d'un soir programmées, des publications tout les jours, des séances photos.
Ainsi vendredi venu, j'embarque dans l'avion avec ma valise à roulettes, les lunettes de soleil vissées sur la tête et une coupe fraiche de mon coiffeur préféré. Ma nuque dégage le parfum "Life" de Lancôme, et tout un chacun peut se faire la joie d'entendre mes talons cogner sur le carrelage de l’aéroport. Tout le déplacement d'un lieu à l'autre est prévu par le programme du concours, aussi j'agis telle la star de cinéma en me laissant guider, avion, taxi, réceptionniste, bagagiste. La journée, je pratiquai la détente qui m'était dû, hammam, shopping, dîner, pomponnage dans un salon de beauté. Le soir, je me laisse aussi guider par quelques abonnés m'ayant enjoins de rejoindre dans leur appart' parisien, partager l'apéro. Ils ont ensuite prévu de me trainer aux Nuits Fauves, une des boîtes de nuit les plus célèbres en bord de seine. Arrivée chez eux, je suis traitée en invitée d'honneur, et ils sont au petit soin. J'agis tel la princesse nocturne, à pourvoir des blagues 100% internet en m'abreuvant de petites goulées de Gin Tonic. Avant de nous rendre en zone festive, mes nouveaux camarades me proposent d'avaler avec eux un cachet d'extasy. J'observe la pilule, un petit superman bleu, qu'un d'entre eux me dépose au creux de la main. Note, la substance se confondrait aisément avec le bonbon pour marmot.
Notre Uber arriva pour nous quérir en direction de la susmentionnée soirée. Le lieu avoisine le gigantesque avec la capacité d'accueil de pas moins de 1500 petits oiseaux de la nuit. Tandis que l'automobile nous transporte en sa direction, nous avons la joie d'apprécier les paysages urbain nocturnes, des tours de lumières qui se dressent de la terre à perte de vision. Une ville agitée ou règne la fête. Je laisse errer mon regard.
Subitement, je sens de la chaleur grandir dans mon cœur. Elle se propage dans mes membres, et me fait vibrer la tête. Je suis prise d'une excitation, que je peine à contenir.
Cette ruée d'énergie sors de ma bouche en une forme de vocifération :
//- Oh là là je suis troooooop contente ! JE VOUS AIME TROP !//
Mes compères s'esclaffent avec allégresse, saisissant immédiatement que le cachet commence à faire son effet.
On se presse hors de la voiture, pour rentrer au plus vite dans la boite, car nous devenons tous peu à peu intenables, des gamins infernaux, tout tremblants et follement agités. Un amour monte dans ma gorge comme un alien qui s'apprête sortir de ma poitrine. Nous nous prenons tous les mains pour courir jusqu'au dancefloor. C'est le seul endroit où nous pouvons enfin calmer notre diable intérieur, car les ordres qu'il donne sont impérieux. Il faut BOUGER, IL FAUT HURLER, IL FAUT EMBRASSER! Tels sont les ordres. Alors on se met à danser gravement, le corps qui bouge avec violence d'avant en arrière, les yeux clos, concentrés à se détendre de cette première vague puissante de drogue qui nous rendait tous dingues. Parfois on ressent le besoin de s'enlacer les uns les autres. Je dis bien "besoin". Comme si une trop grande chaleur intérieure devait se transmettre à un autre immédiatement par voie du toucher. Parfois nous nous embrassons, mais qui on embrasse ça n'a plus vraiment de sens ni d'importance, parce que le sens de la vue est brouillé, il n'est que lumière scintillante, couleurs floues, afflux de sang, silhouettes qui gigotent aux sons des basses grésillantes. La salle est énorme, elle abrite un essaim innombrable de jeunes, tous envahis de ce même amour et je m'égare totalement dans cette valse effrénée. Alors que je continue mes danses animales, je me mets subitement à cogiter :
En fait habituellement, j’oscille entre de puissantes festivités le week-end, et en semaine une rigueur de vie exemplaire, le tout dans un désir d’éteindre toute émotion, pour embrasser la vie dans une neutralité paisible, fonctionnelle et indolore.
Mais ici, soudain, dans cette extase intemporelle, l'émotion me paraît si superbe, elle semble si belle, si vrai, si sincère ! Je ne devrais point rejeter l'émotion, qu’elle soit négative ou positive. On a pas le temps de rien ressentir et d’être une coquille vide. Je devrais me sentir pleine de gratitude à ressentir ! L'émotion est l'essence de la vie, son mouvement le plus précieux ! Rire, pleurer ! C'est en cela que demeure la magie de l'existence ! Je ressens soudain ma vie comme incroyable. Je me sens extraordinairement bien. Les spots lumineux pétaradent dans la salle, et je commence à rire comme une siphonnée, de toute cette euphorie et de ce bien être qui m'habite.
Tant de gens que j’ai rencontré !
Tant d'amour que j'ai obtenu !
Tant d'adoration dans l'expérience terrestre !
Les humains de la salle sont tous roses de plaisir, et sur leur visage détendus se forment des risettes à chaque croisement de regard. C'est l'amour pur. Je suis enfin heureuse. Je ne peux décrire à quel point. Une espèce de gratitude et d’extase qui m'habitent, avec laquelle il me semble soudain pouvoir apprécier la vie dans son ensemble, les éternelles surprises, les architectures étonnantes et passionnantes de la terre, les événements petits ou grands que l’on y croise, ou ce que l’on fait, ce que je sors de moi quand j'invente et qui me surprend et me prend aussi. La douceur de mes rencontres, et les sourires que j’ai la joie de leur procurer. Je me sens peuplée.
La musique se meut en une espèce de techno mélodique chatoyante, et mes yeux qui voient mieux à présent, rencontrent celui d'un individu qui guigue?? à mes cotés. Sans plus attendre, il tend sa paluche vers moi en guise d'invitation à la danse de concert. J'accepte la proposition, et il me mène à lui. Il se met à me faire danser le rock, idée hilarante puisque la musique n'est pas du tout propice à ce type de chorégraphie. Mais peu importe, il me fait tournoyer tandis que mon cœur frappe fort dans ma poitrine, comme une flamme. Je ris à gorge déployée, tandis que je tombe peu à peu sous son charme. Ma vie est fantastique. C'est vraiment le paradis ici. Parfois l'homme effectue un pas de danse redoutable : il m'attire à lui et colle son front au mien, pour river ses yeux dans les miens, alors qu'on continue à tourner. Il a la mirette verte, en amande, et le visage d'une grande finesse. L'efficacité est au rendez vous, je ressens le brasero dans toute le poitrail.
J'entends dans ma tête une voix.
Elle dit :
//PROFITEZ ! PROFITEZ !//
Je regarde avec effarement je scrute sans comprendre les lèvres de mon compagnon, qui ne bougent pas d'un pouce.
Je comprends que je me mets à délirer. C'est le capitalisme. Il me parle. Il dit :
//- PROFITEZ ! PROFITEZ !//
puis
//- SURVEILLEZ VOTRE IMAGE !
VOTEZ GAUCHE ! VOTEZ DROITE !
SOYEZ CONSENSUELLE !
CHOISISSEZ DANS LA LIMITE DES STOCKS DISPONIBLES !
SOYEZ LIBRE DE PAYER LES TAXES ! //
Dans ce sursaut de folie je m'échappe de l'étreinte de mon nouvel aimé, et un mouvement de la masse nous sépare à jamais. Je titube tandis que les couleurs vivaces m'agressent les yeux, et les flopées de chair qui se trémoussent me ballotte à droite à gauche. Je ne sais plus qui je suis, sinon ce corps tremblant, une particule de cette multitude.
//ACHETER ! ACHETER ! ACHETER !
VOUS ÊTES LIBRES !
VOUS ÊTES EN SÉCURITÉ !//
[[- Rentre à la maison ! |site de date specialise]]Je me réveille d'un sursaut. Je suis dans ma chambre d'hôtel, dans les vêtement de la veille. Ma caboche débloque. J'entends des voix. Y'a des bribes de souvenirs qui se malaxent encore avec des illusions démoniaques. Tout ce que j'ai ressenti hier me revient en vague, comme déformé. Toutes ces belles choses que j'ai dit, que j'ai ressenti, je ne les pense plus du tout.
Tout cela, était-ce encore artificiel?
Me serais-je égarée? Mon cœur est lourd et noir, comme une brique de suie qui s'effrite. Avec, je tâche les draps blanc de l'hôtel. Je contemple le plafond ivoire dont les motifs floraux se détachent par un simple et léger relief. Que fais-je ici ? Je me sens si vide. L'amour est faux. Il n'y a pas d'amour. Ce paradis était un mirage. J'y ai cru si fort. J'ai cru que j'avais trouvé ma place. Je n'ai personne. Je ne compte pour personne. Je ne suis plus qu'un avatar. Reste t-il quelque chose de moi à l'intérieur?
Qu'est-ce qui est mon intérieur?
Je ferais mieux de ne pas sortir ce soir. Je passerai la journée à l'hôtel, je n'aurais plus à me soucier de ce qui est vrai et de ce qui est faux. Je sors de ma chambre en peignoir direction le jacuzzi pour m'apaiser. Il n'y a pas un chat à cette heure ci. Je m'y engouffre et mon cœur noir suie tâche l'eau du bain, qui devient aussitôt opaque. Je plonge dans ce bain noir.
Peut être me faut-il quelqu'un? Quelqu'un sur qui compter? Peut être me suis-je trompée à papillonner un peu partout? Ne devrais-je pas avoir, ne serait-ce qu'un ami, sur qui compter?
Ça me fait penser à l'homme qui m'a fait tournoyer hier. Peut être me faudrait-il un homme avec qui valser à droite à gauche. Un partenaire d'aventure.
Hm... L'autre jour on m'a conseillé d'essayer ce site "Adopteunmec". L'avantage c'est que c'est tout gratuit pour les filles, plus sérieux que sur tinder. Je pourrais peut être trouver un genre de bonhomme en CDD. Avec qui je pourrais danser le rock. Quelqu'un qui.. quelqu'un que je connaitrais enfin sur mon téléphone.
Je sors du jacuzzi et retourne dans ma chambre en peignoir. Arrivée dans ma salle de bain, j'aperçois mon reflet dans le miroir. Le teint rougi, des longues trainées noires sous les yeux, une figure maigre emballée dans ces étoffes blanches et crépu. J'ignore qui est cette personne. J'ai l'impression étrange d'être irréelle, de n'avoir jamais vraiment existé. Dans un moment de panique je saisis vivement mon téléphone, et scrolle frénétiquement mes propres photos sur Instagram. Moi au shopping. Moi à la plage. Moi en boite de nuit. Moi avec une amie. Suspendue à mon propre visage souriant sur l'écran. Ouf... J'existe.. Je crois...
Je m'allonge sur mon lit, toujours dans cette tenue de vagabonde de luxe, toujours dans cette espèce de torpeur qu'il m'ai impossible d'expliquer.
Je commence à faire ma routine de travail pour mes réseaux. J'ai la vague impression d'être débordée mais pourtant je n'ai rien à accomplir de spécial. J'essaye aussi de répondre à mes messages sur Tinder.
Je me sens complètement engloutie. Tout événement sur le net se présente à moi comme si il venait exprès contre-carrer mes plans, et mon anxiété se met à grimper en flèche. Tout les hommes qui m'envoient les messages aujourd'hui ne sont "pas les bons". Je sais pas ce qu'il se passe, mais je crois que je craque. Je déteste tout. Tout me stresse. Tout est laid.
Et le site adopteunmec alors ? Non. Cette idée est mauvais signe. Chercher le prince charmant sur internet.. n'est-ce pas signe d'une grande angoisse?
Il faut que je m'apaise...
[[- Regarde un film !|mater un film ]]
Après une étude sur le net et épluchage des top 50 des meilleurs films par senscritique, topito et allociné, j'ai pris la décision de regarder cette œuvre cinématographique qu'on appelle Equilibrium.
Je suis allongée toujours dans ma spacieuse chambre d'hôtel, en peignoir. L'ordi est posé sur un espèce de plateau repas pour qu'il ventile correctement. J'ai assombri l'espace en tirant les rideaux et je grignote un sachet de cacahuètes que j'ai trouvé dans le mini-frigo.
C'est l'histoire d'une société futuriste où avoir des sentiments est interdit. Selon cette société l'émotion est hyper dangereuse, dans la mesure où la haine par exemple, a causé jadis guerres, meurtres, crimes en tout genre. Toute émotion est donc interdite, et pour les supprimer tout le monde s'injecte tout les jours sa dose obligatoire de prozium, fournie par l'état. Le héros est un super policier chargé de traquer ceux qui ne prennent pas leur dose, et retrouver les résistants, qui eux par ailleurs tentent de sauver les œuvres d'art, elles aussi estimées comme dangereuses car suscitant des sentiments.
Et là, FLASH ! Au milieu du film, avalée dans cet espace-temps indéfini entre la réalité et le film, me reviens soudain comme une gifle neuronale l'intégralité de la dernière moitié du film, et, inévitablement, la fin de l'histoire.
La raclée mémorielle ne manque pas de m'achever. Quand ai-je vu ce film?
Avec qui? Pourquoi je ne m'en souviens que maintenant?
Ma tête se remet à délirer, comme si ma mémoire était un puzzle fragile suspendu en l'air et que de temps à autre, des pièces chutaient dans le néant, et dans leur chute, en entrainaient d'autres. Mon cerveau est une botte de laine emmêlé. Le sifflement dans mes oreilles se fait plus strident alors que je tente vainement de reconstituer mon passé.
Mon téléphone sonne. C'est maman. Je décroche dans le plus étrange des états.
Rien ne prouve que Maman a existé finalement. Pour ce que j'en sais, Maman est un nom dans mon répertoire qui désigne un numéro téléphonique.
Maman est un programme. Le mot maman apparait en gros sur mon écran. Quand je clique sur le petit bouton vert, le programme se lance. Il émet des sons au creux du téléphone. Des sons chuchotés, une voix de femme, qui fait :
//- Coucou ma chérie ? Ça va ?
- Je t'ai mis un peu d'argent tu as vu?
- J'espère que tout se passe bien !
- Je t'aime ! J'espère qu'on se voit bientôt. //
Ensuite je clique sur le bouton rouge, ça ferme l'application dans mon téléphone.
Rien ne me prouve que quoi que ce soit existe.
Un autre appelant apparait sur l'écran. Camille. Camille.
Qui est Camille?
Je décroche.
//- Heyyyyy !!! Ça fait super longtemps !!! T'étais ou jeudi ?? Il y avait une méga soirée au REX ! Truc de ouf, y avait tout le monde ! C'était le closing, les gens étaient incroyables, j'ai jamais vu ça ! Il manquait juste toi ! //
Brrrrrrrrrr c'est quoi ce programme là.
Un regret immense m'envahit, j'ai la sensation d'être en train de louper la vie entière. J'ai l'impression de ne pas être au bon endroit.
J'ai l'impression à présent que quelque soit l'endroit où je suis, je serais en train de rater un truc.
Je me sens si mal.
Moi, rater une bonne soirée?
Quel est-ce mystère?
Je pars enquêter sur mon compte facebook. Il y a même plusieurs événements que j'ai raté. Et il me manque des amis. Il y a des postes super bizarres sur mon profil. Pourquoi ?
Je ne me souviens pas. J'ai peur.
[[- Tu t'es fait hacker ton compte|Kernel panic]]effet jouet a noel 19 janvier
veut toujours plus, desir appelle d'autre desir
rdv avec un mec sur le nouveau site de rencontre
le mec raconte qu'il s'est fait viré parce que boite a recup tracer gps qui montre qu'il vas trop en boite
elle en rigole
il rajoute que sa meuf a vu qu'elle le trompait sur fitbit
elle rigole moins et se casse
sensation que tout lemonde sait dans la rue qu'elle s'est fait roulé par cebg
remarque que son compte facebook s'est fait hacké
[[Kernel panic]] Mon cœur se serre. Si je perds mes comptes, je perds mon identité. C'est la seule chose qui me relie aux autres. C'est le dernier rempart contre l'instabilité du monde. C'est le seul "moi" qui me reste.
DU CALME ! Il faut changer de mot de passe, supprimer les posts bizarres et tout sera réglé.
Mes comptes sont sans dessus dessous. Des amis supprimés, d'autres ajoutés qui viennent d'Inde et d'Afrique du sud. Quel est le sens?
Je reçois un message sur facebook. C'est un message de moi-même !
Je l'ouvre.
//- I know who you are.//
Bravo. Bravo la vie. Non seulement la vie n'a plus de sens, mais en plus maintenant j'ai les jetons puissance dix milles. La lecture de ce message me provoque un violent tremblement.
//- You fucking evil bitch//
Wow.. Ça part carrément en sucette. J'allume les lumières de la chambre parce je me sens en danger. Je jette un oeil dans toute ma chambre voir si il n' y a pas des caméras, et je vérouille la porte de ma chambre. J'ai des sueures froides mais impossible de distinguer ce qui est de l'ordre du réflexe de survie utile et ce fait partie de la descente de drogue. Je tente une réponse raisonnable et pieds sur terre.
//- Are you the one who's messing with my accounts? Why are you doing that?//
Il prend du temps pour répondre.
//- Don't pretend, you rentless whore. I know you're a witch, i know you'r here to make people suffer. you're toxic//
Je t'épargne la suite. L'homme est un genre de stalker détraqué. Je n'ai aucune idée de comment il est tombé sur mon compte, mais toujours est-il qu'au travers de mes photos il s'est raconté une fiction. Il m'accuse d'être une sorcière maléfique qui puise son énergie dans la luxure et le malheur des autres. Il dit qu'il a déjà eu affaire à des sorcières comme moi par le passé, et que c'est la photo d'Espagne où je pose avec un jeune homme qui lui a mis la puce à l'oreille. Mon collègue sur la photo est apparemment mort deux jours plus tard. J'en avais pas du tout entendu parler.
Il dit avoir détecté mes manipulations et mes sortilèges dans mes messages et mes posts. Il m'ordonne d'exécuter un rituel de purification sur la webcam. Le rituel consiste à se trancher la paume de la main et de la plonger dans l'eau bouillante. Si je n’exécute pas sa demande, il postera publiquement mes nudes, pour ensuite supprimer tous mes comptes.
Mon malaise est des plus intenses à présent. Je m'enfile un machin sur le corps, et je me rue dehors comme une dérangée. Il fait terriblement sombre, et j'ai de plus en plus peur. J'ai l'impression d'être suivie. Sur mon portable tout est mélangé, les contacts ne correspondent plus, mon calendrier n'a plus aucun sens, les messages s'accumulent mais ils sont cryptés. J'essaye d'appeler une amie et je tombe sur une autre fille de Paris. Dans une détresse extraordinaire je cherche de l'aide de sa part. Elle me répond sèchement qu'elle est désolée mais qu'elle n'a pas le temps de m'aider et raccroche.
Je suis perdue. J’erre dans les rues alors qu'il fait de plus en plus noir.
Je pleure des larmes de mascara. J'ai l'impression d'être dans un show TV, les enseignes de néons glitchs sur mon passage, les passants me dévisagent, ils sont au courant. Le monde s'écroule, et je suis le dindon de la farce.
La tristesse est interdite dans le capitalisme. Le malheur est banni dans le capitalisme. Il est le minotaure que l'on cache dans un dédale.
Il est l'étranger que l'on condamne. J'ai tellement honte. Je me sens si ridicule.
Kernel panic.
Kernel panic.
System break down.
Je trouve dans ma poche un reste d'extasy. Je le regarde alors qu'il se met à pleuvoir plus fort dans mes yeux. Je pense à cet amour que j'avais ressenti.
I'm crashing.
I'm crashing.
J'avale le cachet.
I'm crashing. I'm crashing.
[[- ...|kernel kernle]]J’erre dans les rues, en sweat, les cheveux en bataille, le ciel noir de la nuit. Les inconnus sont mes ennemis. Les gens qui passent sont mes ennemis. Quand ils rient je sais qu'ils se moquent de moi. Je pleure davantage, enfoncée dans ma capuche. L'extasy ne me fait plus aimer. Il n'y a plus d'amour en moi. Il m'écartèle la tête, et j'ai ces sifflements qui continuent de plus belle dans mes oreilles. J’erre maintenant dans les parcs, je n'arrive pas à marcher, ni vraiment à voir. Je titube, toujours à deux doigts de tomber, gémissant.
System break down.
Must reboot.
Je m'étale sur un arrêt de bus. Dans un flou total j'arrive à commander un Uber. Le mec se ramène et me voyant dans cet état, il me gueule dessus.
//- Ah mais NON ! Je prends pas les déchets de soirée putain !//
Je suis un être pitoyable. Mes pupilles tressautent d'avant en arrière. J'arrive à peine à bouger mes mâchoires. Dans un effort titanesque, j'articule :
//- S'il vous plait.//
Le mec me fait monter. Au deuxième virage une sensation atroce me monte dans l'estomac. Je dégobille sur son siège. Le gars stoppe la voiture, dans une rage monstre, il me jette à l'extérieur, et je m'étale sur le trottoir.
Je sais pas ou je suis.
Je peine à me relever, j'aperçois un parc ouvert, et je me cache derrière un arbre en tremblant, pour y fermer les yeux. Après quelques heures dans des tréfonds de ce bad, à entendre des voix qui disent :
Demain, je me suicide. Demain, je me suicide.
Je m'endors.
[[- Es-tu en vie?|KERNELKERNELLLL]]Aaaaaaah
Il est 8 heures
Il fait jour à Paris.
Il fait nuit à Tokyo.
Il fait jour en Italie.
Il fait nuit à Toronto.
Il fait nuit à Sao polo.
Deux mises à jour Samsung sont disponibles.
Carrefour a mis en rayon un nouveau produit de la gamme nestlé.
Le taux de moustiques est assez bas pour cette période de l’année.
Le dernier Puma est mort.
Dix événements Facebook ont été mis en ligne sur Facebook.
Sur leboncoin francois78 a mis en ligne une annonce concernant sa voiture.
C’est une clio, il la vend 2300 euros.
Elle est verte sapin et affiche 100 000 km au compteur.
Maman a envoyé un message,
Elle me demande ce que je veux ce soir pour diner.
Je vais lui répondre des avocats.
Je rajoute un smiley à la fin de ce message.
Deux points et une parenthèse.
Longtemps j’ai cru maudire le souffle strident de mon ordinateur.
À présent il est l'hymne atmosphérique de mon existence.
Le silence n’existe pas dans les villes
Mon voisin se douche et je branche mes écouteurs.
Quel film pourrais-je voir ce soir?
Sur la plateforme souple et lisse de Netflix, je vagabonde sur ces affiches de film proposés HD 1080 16/9 vostr multilangues, hésitant entre le confort d’un navet d’action hollywoodien et les pleurs chauds d’une romance du même aquabit.
Que consommer que consommer je ne sais même plus,
Pâtes bolo, pesto, carbo, ketchup, mayo, huile, beurre, fromage ou nature
Peut être en fait irai-je à macdo,
Ce soir je me toucherai en pensant à machin,
Qui répond d’ailleurs jamais à mes textos.
Soyez pas triste d’ailleurs je trouve ça rigolo.
[[- Va draguer des nouvelles personnes| vas draguer]]
[[- Renvoie un message à Tom pour voir si on peut pas s'arranger quand même|tomtom]]
[[- Appelle ton ex pour te faire chouchouter|Appelle ton ex]]Ce voyage m'a permis d'apprendre à me débrouiller dans le monde. J'ai appris à être seule, et à accepter ce qui m'est offert. J'ai appris à braver des espaces arides, des terres inconnues, et aussi les affres de mon propre esprit, que je me créais moi même. Toute souffrance provient de soi.
Mais étrangement babylone me manquait. La jeunesse qui s'y trouvait peut être? Quelque chose encore à accomplir, je ne sais pas. Mon retour était plutôt ardu. Malgré ma grande présence et mon calme, parfois ce recul ne suffisait pas à affronter le quotidien avec une population de gens pressées, frustrés et terrifiés du futur. Rien de plus difficile que de sentir le nirvana à l’intérieur de soi tout en payant ses taxes d'habitation. Ma débrouillardise se limite à tout ces choses très vitales que de trouver de l'eau, construire une cabane et guérir un plaie avec des plantes.
Dans l'idée de retrouver des relations à la ville, j'ai pris contact avec une ancienne amie. Nous devons nous retrouver dans un salon de thé non loin d'ici.
[[- Nos enseignements s'effaceront t'ils avec le temps?|MEGACONCLUSION]] a vecu des tonnes d'experiences mais est jalouse de 1 qui se comprend alors qu'elle est trop perdu
[[MEGACONCLUSION]]Ça fait si longtemps que nous ne nous sommes pas vues. Hasard du destin, nous arrivons au café toutes les deux en même temps. Chacune se jette avec chaleur dans les bras des autres. Nous choisissons une table ronde de brasserie en bout de terrasse, illuminée par un des brins de soleil traversant les arbres. L'air est bon, l'après midi est faite pour de vieilles amies, enterrer les haches de guerre et échanger des morceaux de vie. Chacune à notre tour, nous racontons nos histoires, si différentes les unes des autres. Une s'étant séparée de la technologie, cherchant des réponses dans la nature et l'intuition. Une est devenue populaire grâce à la multiplication de ses réseaux sur le net. Chacune a eu ses expériences positives, ses apprentissages et ses déboires. Nous étions ravies d'écouter ces récits, si riches, divergents les un des autres par de simples accidents, imprévus, loterie du destin.
Mais au fond de moi, je l'enviais. Quelque part, j'avais l'impression qu'elle possédait une chose qui m'avait à moi, manquée.
Mon chemin à moi, comparé au sien, me paraissait bien futile, de bien peu de sagesse, bien trop peuplé d'erreurs identiques, des boucles dans lesquelles je ne faisais que retomber perpétuellement.
Mais n'est-ce pas inhérent à notre génération que d'être persuadé qu'il existe des solutions miracles ? La recette magique en 10 points à suivre qui garantit le bonheur à tout les coups? Qu'il faille trouver immédiatement le remède secret à tout maux, qu'il en existe qu'un seul et unique, avec des propriétés instantanées?
Peut être ces problèmes les avons nous inventer tout seuls? Car selon Eckhart Tolle, tous les problèmes sont des illusions du mental. "Il y a seulement des situations dont il faut soit s'occuper dans le moment présent, soit laisser telles quelles et accepter comme faisant partie de l'être-là du moment jusqu'à ce qu'elles changent ou qu'on puisse s'en occuper".
Peut être que d'une certaine manière, le bonheur, c'est se choisir des problèmes, pardon, des situations, puis de les résoudre ensuite.
Peut être que c'est par ces situations, qu'enfin, nous grandissons.
comment ca m'affecte
envie de tester d'autre monde tres riche
decide d'essayer seconde life
[[secondelife]]Double-click this passage to edit it.Pour devenir un utilisateur Tinder, rien de plus aisé. Il s'agit de mettre 3 ou 4 photos de sa personne, sa géolocalisation, ses goûts en matière d'humain, et une petite description.
Et les dés sont lancés ! Un premier visage masculin apparait sur mon écran. Une image en gros plan d'un humain de sexe masculin, "âge 26" précise l'appareil. L'application indique que nous sommes tout deux à une distance de 2km. S'il me sied, un simple geste du doigt vers la droite. Si il n'est pas à ma convenance, c'est par la gauche s'il vous plait. Ça s'appelle "swiper", issu de l'anglais "to swipe", faire glisser. Dans les deux cas, apparait ensuite un nouveau visage, et le processus recommence.
Si l'homme a également pris goût à mon faciès, c'est le match ! Nous voilà alors connectés.
Il apparait dans la rubrique message, et nous pouvons converser à loisir, pour peu que l'un d'entre nous se décide à faire le premier pas.
Il y a une telle population présente sur ce réseau. On peut swiper toute une journée sans jamais voir le même visage deux fois. Il y en a d'ailleurs un bon rayon qui part du côté poubelle. À force de patience, j'obtiens une collection de jolis minois. Au début c'est assez amusant. Mon humeur vacille entre la sensation tout à fait désagréable d'être mise en vente, et une forte exaltation de l'égo en raison d'une quantité affolante de bonhommes intéressés par mon corps. Je me plie au jeu en usant de mes plus beaux selfies, tout charme et tout sourire face à mon téléphone. Ça me donne l'impression de participer à un rituel tout à fait dégradant de commercialisation de ma personne.
Au bout de 9 visages, tout devient flou dans l'esprit. Vous ne savez plus vraiment quels sont vos critères, vous n'êtes plus très bien sûr si l'homme sur la photo est bien à votre goût.
Cette façon de choisir sa futur rencontre est tout à fait étrange. Rien d'intuitif pour choisir, il s'agit juste d'un choix esthétique. Je me sens soudain de plus en plus sale. Le choix interminable de visages... Une forme d'angoisse se réveille. On l'appelle l'angoisse SARTRIENNE. Quand il y a trop de choix, il devient très difficile pour le cerveau d'évaluer les différences. Alors on ne choisit plus. On devient totalement tourmenté par sa propre liberté. Moins on a de choix moins il nous ai possible de choisir. C'est "l'information overload", en français, surdose d'information. J'ai vu celà dans le podcast de Cyrus North :
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Il parle aussi d'Eva Illouz, lors de son passage à France Culture. Elle y expose sa pensée sur les "relations négatives", que l'on peut rencontrer sur Tinder. Une relation négative, "on y entre et on en sort très vite. Il faut que quelque chose circule, mais c'est une relation où l'on pratique le non-choix, c'est-à-dire le désengagement potentiel, parce que, au fond, on ne sait pas ce qu'on veut".
À la moindre incertitude, au moindre déplaisir, on va voir ailleurs.
Eva Illouz, c'est une sociologue féministe qui s'intéresse à la relation entre l'amour et le capitalisme .
Selon elle, " le sujet ne peut plus se concevoir sans objets..au point de se prendre lui-même comme objet de consommation : le développement personnel repose sur une culture du moi amélioré, dans laquelle le moi se produit et se consomme. "
On ne se définit plus par les choix qu'on fait, mais par les choix qu'on pourrait faire.
"Le moi moderne se définit par son aspiration à la liberté, à l'autonomie de ses choix" ( Pourquoi l'amour fait mal, Eva Illouz, 2012 )
De quoi m'égarer plus encore !
[[ - Essaye ! | retour dexp ]]adopte un mec c koiOn pourrait tout à fait considérer facebook comme un bon marché potentiel de gente masculine. On peut se balader à loisir au travers de pages d'inconnus, de photos en photos, d'amis commun en amis commun, un peu comme un jeu d’enquête. J'ai aperçu d'ailleurs l'autre fois avec Tom à la soirée Cumbia, le délicieux DJ qui pourvoyait l'ambiance de sa sélection musicale. Cheveux noirs tel un corbeau , corps élancé et longiligne d'animal nocturne. Le genre d'homme catégorisé mystérieux. Voyons si mes talents d'inspecteurs sur facebook me permettent de retrouver sa personne...
BINGO ! L'homme est prénommé Victor. Il fait encore usage de son compte privé sur facebook pour faire sa promotion en tant que disc-jockey, je peux ainsi l'ajouter en ami sans éveiller nul soupçon.
Par chance il se trouve également en ligne à cet instant, et quelques minutes plus tard, il accepte mon invitation.
Je peux maintenant accéder à ses photos, que je fait défiler devant mes mirettes. Technique suivante : j'en "like" une ou deux ou il exhibe son joli minois.
Voyons à présent où diable ira t'il faire à nouveau le dj en soirée. On peut voir les événements auxquels il participe sur son profil facebook. AH ! Il joue ce soir ! Dans un bar non loin, le dénommé Moloko.
Il n'est pas encore très tard, aussi je m'octroie une séance de gym concentrée sur les abdos. Ensuite je procède au nettoyage détaillé de ma corpulence, puis je poursuis ma toilette en suivant un tutoriel de maquillage nude make up, qui consiste à donner l'illusion qu'on est au naturel alors qu'en réalité on s'est barbouillé la figure d'un demi pot de peinture.
De retour sur facebook. VICTOR LE DJ M'A ENVOYÉ UN POKE ! C'est un genre de salutation qui nécessite très peu d'implication personnelle pour être envoyé. Un premier contact numérique sans risque. L'équivalent du clin d'oeil.
Séduire le DJ d'une soirée est le life-goal de toute bonne instagrameuse.. Quoique je n'ai pas encore de compte.
À noter pour plus tard : se mettre à instagram.
Mon ventre gronde. Je me commande une Poké Bowl sur deliveroo. C'est la nouvelle tendance alimentaire qui a su détroner les sushis. Il s'agit d'un mélange d'avocat, mangue, riz, saumon, ainsi que de quelques différents légumes crus, le tout assaisonné avec de la sauce soja, du sésame et du miel. C'est très doux et réputé bon pour la santé.
Le livreur de déliveroo ne se fait point trop attendre et arrive en à peine 15 minutes. Je lui ouvre avec ce look de déesse que j'ai mis la journée à travailler.
La porte s'ouvre et ma machoire se décroche à la vision de sa personne.
L'homme est d'une beauté ineffable. La sueur perle de son front, et il semble avoir du mal à reprendre son souffle, mais ça n’empêche pas mon cerveau d'embrayer sur une multitudes de fantasmes impliquant sa personne . Il me regarde et je le gratifie de mon meilleur sourire.
Il me tend la nourriture et ne s'attarde pas.. il file sans se retourner. Peut-être aurais je du mettre plus de rouge à lèvres?
Ainsi va la vie. J'avale la moitié de mon pokébowl ( régime oblige ) et il est déjà 21h, l'heure de partir.
Je repasse une légère couche de gloss sur mes lèvres, et je m'enfonce dehors dans la nuit. Le moloko comporte deux salles, celle du haut avec le bar et quelques tables, et celle du bas, la cave, aménagée pour y inviter des DJ et danser. Je rentre à l'intérieur, ça festoie déjà assez généreusement. L'ambiance est tamisée, les basses qui proviennent d'en bas font vibrer les parois et les frimousses du peuple. Je me fraye un chemin jusqu'au bar afin de me munir du gin tonic. Puis je descends dans la cave par le petit escalier en colimaçon. Une petite foule ondule devant les enceintes dans une salle voutée, faite de briques roses. Le son avale les voix des gens, un mélange rythmé de funk et de jungle. J'aperçois d'ailleurs l'homme aux commandes des platines. C'est le bien nommé DJ Victor! Je jubile intérieurement. Je traverse le peuple et viens me placer stratégiquement pour rentrer dans son champ de vision. J'effectue le déhanchement du bassin l'air de rien en m'abreuvant de temps à autre du gin précédemment obtenu. Au bout d'un moment il m'aperçoit et me dévisage. Je le fixe aussi, puis le gratifie du sourire. Le jouvenceau me retourne la pareille, puis s'affaire à nouveau aux platines. Hin Hin Hin.
Je suis excitée à l'idée de ce nouveau jeu de regard, et observe mes alentours. À ma gauche un groupe bien enthousiaste exécute une espèce de parade de danse. L'un se place dans le cercle crée par les autres et procède à ses meilleurs figures de danse. J'admets le caractère très amusant de ce type de proposition, et m'esclaffe en les observant. Une fille m'aperçoit rire, et m'entraine alors dans le milieu du cercle avec elle en m'inondant de sourires. Grisée par cette joie, je prodigue aux danseurs ma plus fine imitation de l'otarie. Ma nouvelle compagne apprécie mon dévouement au jeu, et me délivre à son tour une imitation du poulpe rarement vu à ce jour. Après quelques imitations supplémentaires, on rejoint le cercle pour laisser place aux danseurs suivants. Moults regards de ses amis se sont posés sur moi avec douceur et accueil, et mon allégresse n'en est que plus croissante. Mon amie tente alors de converser avec moi en me hurlant dans l'oreille pour que je l'entende malgré la musique. Finalement, plus simpliste, on décide d'aller dehors fumer, là ou le niveau sonore sera plus approprié. Je suis sa trace au travers de la foule, déplacement gracile qu'elle ponctue de quelques déhanchés, et ses collègues se joignent alors à nous, dans une joyeuse chenille qui se dirige vers la sortie. On atteint la sortie, et on s'étale devant les vitrines du bar, où j'obtiens les noms des divers danseurs. Cette bande est très adorable et accueillante, aussi je m'approprie avec aisance leurs façons et leur langage. Je chate à tout va, boutades, moqueries douces, le rire au bord de la lippe. Un des garçons de la troupe, Étienne, blond, rasé sur les cotés et le reste de ses cheveux enroulés en chignon, viens se chamailler avec moi à coup de doigt planté dans le bide. Je m'écarte en lui prenant les mains, puis il fait mine de me piquer mes affaires. Je sens que ma personne lui plait, et je le trouve aussi tout à fait adorable. On reste là longtemps avec cette bande, à jouer, à rire, à sautiller. Dans cette effervescence, ils décident de continuer la soirée ailleurs, où ils pourront faire usage de toute cette énergie. Ils ont pour plan de se rendre dans la plus grande salle de concert, à l'autre bout de la ville, et me proposent de les suivre. J'hésite et le blond me tire un peu par le T-shirt. Mais je repense à DJ Victor et son sourire de tout à l'heure. Je passe mon numéro à la fille, et lui assure que j'adorerais festoyer avec eux un autre jour, mais qu'aujourd'hui j'ai d'autres engagements. Ils se trissent et le blond me délivre un baise-main, bien que son visage trahisse une déception amère. Je retourne dans la boite, et je croise quelques connaissances que je salue.
Arrivée de nouveau en sous-sol, le DJ a changé. Mon bien-être se meut rapidement en inquiétude. Où es t-il? Je pousse les gens au hasard en errant dans la salle à sa recherche. Au bout d'une demi heure, je dois en conclure qu'il a plié bagage. Je suis fatigué et je n'ai plus d'énergie pour aller à la rencontre d'autre inconnus. Je me dirige alors chez moi, seule, avec l'impression désagréable d'être passé à coté d'un truc.
[[- Tu te rends compte le nombre de personnes qu'on rencontre en ce moment?|nouvelle rencontre]] Je me réveille à la clinique de la ville juste pour apprendre que j'ai développé le paludisme à un stade assez sévère. J'ignore s'ils ont tenté quelque traitement, en tout cas je meurs dans les heures qui suivent.
GAME OVERdrague a la salle de sport
recoit message de lea coke
[[soireelea]]Les habits font le moine en soirée. Conseil de Matthew Hussey. L'habillement est la seule caractéristique de l'humain sur laquelle il peut agir très rapidement pour obtenir un résultat tout à fait conséquent. L'autre gain pour ma part c'est aussi le plaisir de se contempler parés de jolis bouts de tissus. Ils me donnent confiance, je me sens belle rien qu'à sentir leurs étoffes neuves caresser ma peau. À combiner avec le maquillage mystérieux, on devient l'être irrésistible en soirée. Je me rends donc en centre commercial afin de procéder à des achats en quantité disproportionnée.
Je visite la boutique "The kooples" quand un vendeur tout bien fringué m'alpague :
//- Vous cherchez quelque chose en particulier mademoiselle?//
Il a un timbre très doux, des yeux bruns en amande, quelques mèches noires qui lui tombent sur le front, et il se penche vers moi avec un air franchement soucieux, du style "je suis le héros de cette situation".
//- Je cherche un truc sexy pour draguer en boite.//
FOUTU CERVEAU ! La chose est sortit d'elle même. Certes c'est la vérité, mais qui ose vraiment la dégoiser par les temps qui courent? Le vendeur me dévisage avec étonnement. Puis il digère l'info, et procède à m'octroyer un aimable sourire .
//- Je pense que j'ai ce qu'il vous faut.//
Il m'emmène au travers des rayons pour me dévoiler une robe ravissante. Fines bretelles dévoilant les épaules, coupe simple, noire mais de jolis jeux de textures superposées, tantôt tulle, tantôt pailleté, tantôt satiné. Elle descend jusqu'à mi-cuisse. C'est la robe parfaite pour dégager l'aspect sexy et classe à la fois, l'air de rien. Le quidam a bon goût.
//- Elle est parfaite !//
Il me salue et s’apprête à voguer plus loin vers d'autres clients. Je l'arrête avec une hâte une peu maladroite.
//- Attendez !
- Oui?
- Euh... Vous.. Tu as un numéro?//
Le gus me souris à nouveau.
//- Désolé mademoiselle, j'aime les hommes.//
Hmmmmmm.
[[-Allons à la soirée de Léa|soireelea]] Je rejoins Léa dans l'appartement de son bien aimé. Elle semble ravie de ma présence et ajoute même qu'elle envie mon courage d'être venue ici, dans cette soirée ou je ne connais personne. Je n'aurais pas dit courage personnellement. J'aurais plutôt parlé de détresse. D'obligation vitale à tout tenter pour me sauver de mes propres abysses. Mais je ne vais pas dire ça. Je vais plutôt dire :
//- Haha, merci.//
Léa est une cokewoman aboutie. Elle souhaite me mêler à son groupe aussi elle me remplit les narines de substance. Cette substance possède la capacité génial de relâcher ma pression et me laisser aller gaiement à la rencontre de l'autre. Pratique. Je fais ainsi connaissance de toute sa petite bande, pour la plupart des hommes. Très accueillants, ils me laissent sélectionner la musique d'ambiance sur l'ordinateur. Nous nous abbreuvons aussi d'un mélange ravissant de whisky-coca de façon continue. Au bout d'un certain moment, la fête bat son plein. Il est l'heure d'aller danser. Léa appelle deux UBER, pour nous rendre dans une warehouse, une soirée illégale dans un hangar abandonné. Nous arrivons là bas et Léa me redonne encore un peu de pouvoir. Il fait nuit noire dans le hangar, et la drogue a supprimé tous mes complexes. Je me mets à errer de groupe en groupe, pour rencontrer de nouvelles personnes. Je croise un premier Matthias, mignon, mais peut être pas encore suffisamment me dis-je. Je sens aisément qu'il s'entiche de moi, mais je ne suis pas décidée et continue mon tour. Je rencontre un autre oiseau sur la piste de danse. Toujours dans cette énergie fabuleuse, je me mets à danser avec lui. Il apprécie illico, et se rapproche de moi.
Trop facile.
Je déguerpis, presque refroidie par cette facilité.
Mon humeur frénétique et indécise m'entraine vers un tas de différents personnages, et jamais je ne trouve chaussure à mon pied.
En résultante, le jour se lève, et ma liberté a disparue. Je redeviens timide et hésitante, d'autant plus que j'aperçois à présent mon propre corps dans la lumière, sali par l'espace poussiéreux et l'alcool.
Je rentre en Uber avec Léa et pars me coucher seule.
[[- On as fait quand même plein de nouvelles rencontres !|nouvelle rencontre]] Je m’enivre seule, à l'aide d'un gin tonic, sur mon canapé-lit. Vers 3 heures du mat je prends la décision exemplaire d'envoyer un message à Tom. Une prose de quelques lignes dont voici le plus bel extrait :
//Tom jteaime jpeu pas vivr sen toi on sen fou d autr//
Suite à cela je pars vomir aux cabinets. Mon vomis se marie parfaitement avec mes larmes et l'eau de la cuvette, en une solution tout à fait homogène et parfumée. Je m'endors à coté du trône. Je me réveille le matin sans aucun souvenir et avec une gueule de bois digne d'un nouvel an. Je regarde mes messages et relis ce fabuleux poème que j'ai écris à Tom dans la nuit. La honte me terrasse, et je me dis que je ne pourrais survivre un tel désastre social. J'avale une trentaine de doliprane et meure paisiblement.
GAME OVERLe cœur lourd, je compose le numéro de mon ex que je connais encore par coeur. Il m'a toujours dit que si jamais je me sentais seule je pouvais le rappeler ( ne serait-il pas un chouia fou pour prononcer de telles choses ?). Comme je suis de retour à la case égouttoir de l'amour, j'ai l'impression que mon animal totem est le poisson pourri et une terrible solitude m'étreint. L'idée d'appeler cette personne ne m'a jamais effleuré l'esprit parce que rappeler cette personne représente pour moi l'échec, avoué de façon publique. Cet appel, il signifie " j'ai cru que j'étais quelqu'un mais bon je me suis trompé, donc viens lécher mes larmes, fidèle larbin".
Ça sonne dans le combiné, comme dirait l'ancêtre. Le gus répond.
Je sanglote un peu, en lui quémandant un soutient émotionnel assez explicite du style :
//- Je vais pas bien du tout, tu veux bien me remonter le moral? On pourrait prendre une bière.. //
L’intéressé répond de la sorte :
//- Désolé je peux pas ce soir, je vais au resto avec une meuf.//
Dans sa voix résonne l'accent de la victoire. Il savoure ma défaite, et prononce toute ces phrases avec le plus évident des délices. Une jouissance au bigophone que je lui octroie gratuitement. Ah, satané vie.
Le choc que me procure cette réponse me fait lâcher mon téléphone. Celui ci viens se cogner méchamment contre mon peton. Je hurle et attrape mon pied dans mes mains pour frotter la douleur. Debout sur un pied, je fais des petits bonds, trébuche puis tombe. Dans ma chute, ma tête frappe la table de la cuisine. Commotion cérébrale. Je meure en me vidant de mon sang sur le carrelage.
GAME OVERJe lance mon téléphone par la fenêtre, mais elle était fermée. L'appareil rebondit et me revient dans le crane. Je meure sur le coup.
GAME OVERDans mon rêve il y avait un femme. Je pense que c'était moi.
Une sorte de sorcière.
Pour se concentrer, elle avait une chanson. Un peu comme un rituel.
Dans l’effort de m’en souvenir, je n’ai retrouvé que la bribe des deux derniers vers.
Sur les quatre.
Ça faisait quelque chose comme :
" C’est bien parce que je suis lent
Que je peux prendre mon élan. "
Le jour se meurt tel un vieux combattant dans son bocal.
Quelques jours se sont écoulés depuis cette crise. Je suis rentrée chez moi bien amochée, corps et âme. Je me sens comme douchée. Comme si j'avais pris un ouragan en pleine figure. Mon cœur coulait encore de tout son noir.
J'ai compris que je me suis perdue à force d'essayer d'être quelqu'un d'autre. J'ai compris que je me suis égarée dans multiples paradis artificiels. Je n'existait qu'au travers du regard des autres, et dans la succession interrompue de désirs. J'ai dit oui à tout et je me soumettais sans rien rétorquer à tout ce qu'on voulait bien faire de moi.
J'ignore ce que je dois faire. Je suis encore perdue.
J'ai compris une chose. Au lieu de me comprendre, et de faire face à mes démons, j'ai fuis. J'ai couru dans l'autre sens. Ils m'ont rattrapé avec grand fracas. Mes peurs sont clarifiées à présent : solitude, rejet, peur du futur. Je dois les accepter à présent.
J'aimerais devenir plus forte, une femme qui sait ce qu’elle désire, qui fait ce que bon lui semble et qui n’a pas peur d’aimer.
Mes jours sont plus lents à présent. Dans l'idée de retrouver des relations saines, j'ai pris contact avec une ancienne amie. Nous devons nous retrouver dans un salon de thé non loin d'ici.
[[- Allons y ! |MEGACONCLUSION]] D'où proviennent les histoires?
Les histoires racontés sont des amalgames, de la même façon que le ferait un romancier. Il y'a des histoires personnels, des histoires empruntés à d'autres,
Quelle conclusion?
Quelle est l'intention?
Ayant d'
Pourquoi ce format?
Les références :
beep:https://www.dropbox.com/s/ck2o3efyixgh5s5/VERY%20SLOW%20VERSION%20OF%20TU%20ME%20MANQUES.mp3?dl=1À peine ai-je prononcé cette phrase qu'un bonhomme moustachu m'envoie une bouteille de vin dans le crâne. J'ignore son intention de départ mais ma mort est immédiate. Ciao le monde.
GAME OVER